Donald Trump impose de nouveaux droits de douane à une soixantaine de pays
Le 20 février, la Cour suprême a estimé que les droits réciproques sont anticonstitutionnels, imposés sans l’accord du Congrès. Ce revers majeur pour l’administration Trump a contraint la Maison-Blanche à revoir sa stratégie commerciale. Dans un premier temps, l’administration a utilisé la section 122 de la loi sur le commerce (Trade Act) de 1974 pour relever les droits à 15%, mais Donald Trump a tranché à 10%. Cette mesure s’appuyait sur le prétexte d’un problème de balance des paiements et n’était que temporaire : la solution était limitée à cent cinquante jours. Si rien n’est fait avant ce vendredi 24 juillet, les droits de 10% tombent de facto.
Passage à la section 301 : travail forcé et surcapacité dans le viseur
Pour contourner la limite temporelle, l’administration Trump a lancé une nouvelle enquête sous la section 301 de la loi de 1974. Cette procédure vise soixante pays, accusés de ne pas lutter suffisamment contre le commerce de biens fabriqués avec du travail forcé. Washington va jusqu’à arguer que la loi européenne qui renforce l’interdiction du travail forcé n’est pas suffisante. Le couperet est tombé ce vendredi 24 juillet : une soixantaine d’économies, dont les pays de l’Union européenne, la Chine ou le Royaume-Uni, sont visées par des droits de douane de 10% ou 12,5%.
Parallèlement, une deuxième enquête sous la section 301 cible seize partenaires commerciaux, dont la Chine, la Corée, le Japon, l’Union européenne, la Suisse, le Mexique et l’Inde, accusés de surcapacité de production.
Cette semaine, l’administration Trump a utilisé la section 338 de la loi de 1930 (Smoot-Hawley Tariff Act), jamais utilisée auparavant, pour menacer le Canada de droits de douane de 50% sur certains produits, notamment l’automobile, les produits laitiers et les alcools, au nom de pratiques jugées discriminatoires. Cette offensive intervient alors même que le Canada est protégé par l’accord nord-américain, l’Aceum, que Donald Trump souhaite renégocier pour le rendre plus favorable aux intérêts américains.
Sur le plan économique, les droits de douane ont généré plusieurs dixièmes de points d’inflation. Le déficit commercial américain sur le mois de mai atteignait 70 milliards de dollars, contre un déficit hors tech de 10 milliards, qui s’est beaucoup réduit. Les droits sectoriels sur l’acier, l’aluminium et le cuivre pénalisent les industriels américains.
Sur le plan juridique, la multiplication des fondements légaux suscite de nombreuses critiques. "L'argument juridique ne résistera pas à des recours, mais cela prendra beaucoup de temps", analyse Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG School of Management. D'autres spécialistes estiment qu'"il n'y a plus vraiment de fondement juridique", soulignant la fragilité de la stratégie de l'administration, qui cherche à éviter le passage par le Congrès, seul compétent pour décider des droits de douane.
Pour certains observateurs, cette politique s’inscrit dans une logique de pression constante sur les alliés des Etats-Unis. "Cela fait partie de la stratégie de Trump, de toujours faire peser une menace sur ses alliés, par exemple pour obtenir que l’Europe achète toujours plus de GNL", commente Bastien Drut, responsable stratégie et analyse de CPR Asset Management.