Le gouvernement français face à une crise majeure d'incendies
Le gouvernement français est confronté à une situation sans précédent alors que les incendies ravagent le pays depuis le début de l’année. Plus de 115 000 hectares sont partis en fumée sur l’ensemble du territoire, dont plus de 42 000 hectares dévastés par le "mégafeu" de Gironde, le plus dévastateur dans le pays depuis au moins cinquante ans. Face à l’ampleur de la catastrophe, l’exécutif mobilise des moyens exceptionnels, dont l’armée, tout en subissant de vives critiques sur sa préparation et sa gestion de crise.
Une mobilisation gouvernementale totale
Le "mégafeu" de Gironde mobilise le gouvernement Lecornu, qui a envoyé l’armée en renfort et se voit accusé d’impréparation par les oppositions. Emmanuel Macron doit présider lundi matin une nouvelle réunion de crise, alors que la tension reste vive au sein de l’exécutif. Ce dernier Conseil des ministres avant la pause estivale s’est transformé en réunion d’urgence, dans une ambiance lourde, marquée par la mobilisation contre des incendies exceptionnels.
Le chef du gouvernement a présidé deux cellules interministérielles de crise ce week-end, alors qu’une trentaine de feux étaient simultanément actifs dans le Var, les Landes, la Haute-Corse, les Hautes-Alpes et d’autres départements. Les ministères des Armées, de l’Economie, de la Santé et des Transports sont sur le qui-vive. La circulation des trains au départ de Bordeaux vers le sud a été coupée, illustrant l’impact direct de la crise sur les infrastructures.
En Gironde, plus de 220 000 personnes ont été évacuées, 240 habitations détruites, et 75 sapeurs-pompiers blessés. Les fumées traversent le pays d'ouest en est, tandis que de fortes chaleurs sont attendues dans la région à partir de mardi.
Pour la première fois, l’avion militaire A400M a été utilisé samedi contre les incendies. Emmanuel Macron a également demandé d’activer le mécanisme européen de protection civile afin de renforcer les moyens de lutte. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, apparaît en première ligne dans la gestion de crise, chargé de coordonner le travail des sapeurs-pompiers, de la Sécurité civile et des forces de l’ordre. Invité du "20 Heures" de France 2 dimanche, il a assuré que sa priorité reste "la protection des populations" et a demandé à chacun de faire preuve de "la plus grande vigilance".
Concernant les moyens aériens, Laurent Nuñez a rappelé que deux Canadair supplémentaires doivent être livrés en 2028, puis deux autres en 2032. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a précisé que "adapter les A400M est un peu plus long et complexe qu’un jeu de Lego pour enfants".
Pression politique et critiques
Malgré l’appel du président à l’unité nationale – "Dans ces heures où les flammes éprouvent durement notre pays, la France révèle ce qu’elle est : un peuple uni, qui se serre les coudes", a écrit samedi sur X Emmanuel Macron –, les oppositions multiplient les critiques. L’Insoumis Jean-Luc Mélenchon a exprimé sa "rage" de ne pas avoir vu l’A400M mobilisé plus tôt, un regret relayé par le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella.
La gauche écologiste demande au gouvernement de prendre exemple sur le Premier ministre socialiste espagnol, qui a plaidé dimanche pour un "grand pacte d'Etat face à l'urgence climatique". Marine Tondelier, candidate des Ecologistes, estime que "l'incompétence et l'inconséquence des macronistes en matière d'écologie nous mènent aujourd'hui à ce cauchemar". Sur l'adaptation au changement climatique, "on n'a pas été assez loin", a concédé jeudi, auprès du Télégramme, l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin.
La crise a bouleversé l'agenda gouvernemental. Le traditionnel déjeuner avec les ministres et leurs conjoints, prévu au palais de l'Elysée, a été annulé. Le pouvoir exécutif veut renvoyer l'image d'un gouvernement consacré à la gestion de feux dantesques. Les ministres doivent s'en tenir à des règles strictes pendant la pause estivale : en cas d'absence, une permanence doit être assurée par le directeur de cabinet ou son adjoint, et la destination des ministres doit être "compatible avec leurs responsabilités". "Quand on est ministre, on ne coupe jamais vraiment, explique au Figaro la porte-parole Maud Bregeon. Il faut être attentif à tout, le monde ne s'arrête pas de tourner l'été."
Dans ce contexte, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a annoncé remettre sa démission, avant de rester en fonction à la demande du président de la République, "face à l’urgence d’agir contre les conséquences du changement climatique qui frappent durement notre pays".
Vers une accalmie ?
Après cinq jours d’enfer, une première accalmie se dessine en Gironde, mais la situation reste fragile. Sébastien Lecornu a brièvement quitté la gestion de crise dimanche pour participer aux commémorations du 10e anniversaire de l’attentat islamiste de Saint-Etienne-du-Rouvray, lançant un appel à la "fraternité", dans un discours prononcé par le préfet de Normandie et de Seine-Maritime, Jean-Benoît Albertini.