Marine Le Pen maintient le retour à la retraite à 62 ans
Marine Le Pen a confirmé, jeudi 27 août 2026, lors du débat organisé par le Medef avec les candidats putatifs à la présidentielle, son intention de maintenir l’un de ses derniers marqueurs "sociaux" : le retour à la retraite à 62 ans, voire 60 ans pour certains salariés. Cette annonce, faite devant les chefs d’entreprise réunis à la Rencontre des entrepreneurs de France, acte une rupture nette avec la ligne défendue par Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN) et présenté par Marine Le Pen comme son futur Premier ministre en cas de victoire à la présidentielle.
Un marqueur social réaffirmé
La candidate du RN a officialisé son souhait de conserver la retraite à 62 ans, voire 60 ans, lors de ce débat, précisant ainsi les contours d’une réforme déjà présentée lors des élections législatives de 2024. Elle a déclaré : "La réforme des retraites que je propose part d’un principe qui n’est pas comptable : elle part d’une évidence, c’est que le taux d’emploi en France est trop bas (…). La facilité, c’est de dire qu’il faut faire travailler les gens très longtemps, sans reconnaître qu’il est difficile de les faire travailler au-delà d’un certain âge (…). La réforme des retraites que je propose est une incitation [à travailler tôt]."
Dans sa version rappelée lors des élections législatives de 2024, cette réforme rétablit un âge de départ minimal à 62 ans, voire à 60 ans pour les personnes ayant occupé "un premier emploi significatif" à 20 ans ou moins. La durée de cotisation exigée pour obtenir une retraite à taux plein est de quarante ans pour ces derniers, et s'allonge progressivement jusqu'à quarante-deux ans – contre quarante-trois ans dans la réforme votée en 2023, et suspendue par l'Assemblée nationale en 2025.
Le coût de cette réforme est aujourd’hui estimé à quelque 9 milliards d’euros en rythme de croisière par Marine Le Pen, contre environ 35 milliards d’euros par l’Institut Montaigne en 2024.
La décision de Marine Le Pen intervient alors que Jordan Bardella, président du RN, avait plaidé pour l’abandon de la mesure d’âge de départ à la retraite et l’établissement d’un pilier de capitalisation, une orientation à laquelle Marine Le Pen n’a fait aucune allusion lors du débat. Mi-juillet dans Le Figaro, après l’annonce de la candidature de Marine Le Pen, Jordan Bardella avait insisté sur sa vision en la matière, jugeant globalement "notre système des retraites à bout de souffle".
L’un des concepteurs de la réforme de 2022, l’ingénieur François Durvye, qui avait poussé en faveur de cette modification, a annoncé ce jour quitter le rôle de conseiller spécial de Jordan Bardella et ne pas participer à la campagne de Marine Le Pen.
Des incitations pour les seniors, sans référence à la pénibilité
Marine Le Pen prévoit d'ajouter une incitation pour les salariés les plus âgés à continuer de travailler, en supprimant pour ces employés les cotisations retraite et chômage. Cette réforme serait dénuée de toute référence à la pénibilité du travail, a-t-elle précisé, "sans multiplier par l'âge du capitaine le nombre de fois où l'on s'est penché dans la journée".
Dans le raisonnement du RN, les emplois les plus pénibles sont occupés par les personnes ayant commencé à travailler avant 20 ans, qui bénéficieraient donc d'une durée de cotisation inférieure au reste des Français. Cet argumentaire n'est toutefois pas soutenu par la science, estime l'économiste Gilbert Cette, professeur à Neoma Business School et spécialiste des systèmes de retraite.
L’incertitude demeure sur le nombre de bénéficiaires d’une retraite à 60 ans dans le cadre de cette réforme. Le RN prend pour repère le premier emploi significatif au sens de l’Insee, soit un contrat de six mois au minimum, avec des critères horaires et de salaire qui écartent les "jobs étudiants" ou l’apprentissage. Interrogé à ce sujet en 2025 par Le Monde, François Durvye avait estimé que cela ne représentait que 1,5% d’une classe d’âge, soit 10 000 personnes par an environ.
Contexte politique
Le rétablissement de la primauté de Marine Le Pen, malgré sa condamnation en appel pour détournement de fonds publics, a abouti au maintien de sa réforme proposée en 2022, moyennant quelques dispositifs complémentaires à préciser.