Le blocus des lycées s'étend à 180 établissements en France
Le mouvement s’est étendu, lundi, en dehors de l’Ile-de-France et a touché 180 établissements. Cette montée en puissance marque un tournant pour une mobilisation qui, jusque-là, restait cantonnée à la région parisienne. Désormais, des actions ont également été recensées à Marseille, Lille, dans la région lyonnaise, ainsi que dans le Var et les Alpes-Maritimes. En Ile-de-France, environ 12% des 468 lycées publics ont fait l’objet de tentative de blocage, et une dizaine ont été bloqués.
L’Union syndicale lycéenne (USL) appelle désormais à un blocage "dans tous les lycées" mardi 29 septembre, jour de mobilisation dans la fonction publique. Selon Ryad Rani, président de l’USL, "on a pris la décision de généraliser ce qui se passe en Ile-de-France, parce que ce sont des problématiques présentes sur tout le territoire", a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse (AFP). Les revendications des lycéens varient fortement d’un établissement à l’autre, allant du "manque de professeurs et de personnels", aux "lycées délabrés", aux "emplois du temps et classes surchargés" ou encore au "stress engendré par Parcoursup".
Le mouvement est né le 21 septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil, dans le Val-de-Marne, où plusieurs postes d’enseignants n’étaient pas assurés. Depuis, la mobilisation "s’est intensifiée", selon les rectorats de Créteil et de Versailles.
Violences et tensions : 164 interpellations
La journée de lundi a été marquée par des incidents. Le ministre de l'Intérieur a évoqué des "violences urbaines" ayant donné lieu à 164 interpellations. D'après les chiffres communiqués par Beauvau, une douzaine de lycéens ont été blessés, ainsi que huit membres de l'Education nationale, et douze membres des forces de l'ordre. La région Ile-de-France fait état auprès du Monde d'une "quinzaine de lycées ayant subi des dégradations".
Les rectorats ont noté que ces mobilisations ont pu donner lieu à des attroupements, à des mouvements de foule ainsi qu’à des dégradations matérielles de manière très occasionnelle et à l’usage d’artifices. Le ministre de l’Education nationale, Edouard Geffray, a estimé, lundi sur RMC, qu’"il y a aussi d’autres personnes violentes, qui arrivent cagoulées avec palettes et matelas et qui poussent les lycéens à se mobiliser de manière violente".
Une enquête de l’inspection générale de la police nationale (IGPN) a été ouverte après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo, tournée à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), montrant un policier tirant à bout portant sur un lycéen à l’aide d’un lance-projectile de type Cougar.
Blocages, réseaux sociaux et revendications multiples
La diffusion du mouvement est, à ce stade, "nébuleuse" selon les autorités. Des dizaines de tracts, la plupart générés par intelligence artificielle et portant des demandes spécifiques à un établissement, ont circulé ces derniers jours sur Snapchat, Instagram et TikTok. Une vidéo sur les blocages, publiée samedi par un compte TikTok appelé "Flash infos" a accumulé en 48 heures plus de 800 000 vues et plus de 120 000 likes.
Viginum, l’organisme chargé de la détection et de la lutte contre les ingérences étrangères, explique au Monde n’avoir constaté à ce stade aucune amplification artificielle des contenus liés aux blocus par des acteurs étrangers.
Une confrontation politique ouverte
Le gouvernement accuse LFI d'instrumentaliser la mobilisation tandis que Jean-Luc Mélenchon dénonce une "répression irresponsable". La mobilisation a reçu le soutien appuyé de plusieurs élus "insoumis", dont le député du Val-de-Marne Louis Boyard, qui s'était déplacé dès le 21 septembre à Créteil pour y soutenir les élèves du lycée Saint-Exupéry. Louis Boyard avait estimé dans les jours suivants que "le mouvement lycéen [devait] s'étendre" et que les "élèves veulent le bac, pas qu'on leur envoie la BAC [brigade anticriminalité]".
Sébastien Lecornu, dans un message publié sur le réseau social X, a déclaré : "Les difficultés des lycées doivent être entendues et traitées. La violence doit être condamnée sans ambiguïté et ses auteurs répondre de leurs actes." Les ministres de l’Intérieur et de l’Education nationale ont prévenu que les forces de l’ordre interviendraient en cas de violences et de blocage total.
Jean-Luc Mélenchon, sur X, a répondu : "Les lycéens en mouvement sont inoffensifs. Le gouvernement Lecornu a ordonné la répression. Cette férocité est irresponsable avec un arrière-goût raciste évident".
Valérie Pécresse accuse LFI d’instrumentaliser le mouvement lycéen pour faire de la jeunesse une "chair à canon électorale".
Sophie Vénétitay, à la tête du SNES-FSU, premier syndicat enseignant du second degré, réagit : "L'escalade politique entre le gouvernement et LFI manque de hauteur sur le sujet, dénonce-t-elle. Il faut faire en sorte d'éviter toute violence contre les élèves et les personnels, cesser la répression policière et créer un espace de dialogue avec les élèves qui ont des choses à dire".