La Cour des comptes pointe l'efficacité limitée du plan France 2030

La Cour des comptes pointe l'efficacité limitée du plan France 2030 Près de la moitié des projets financés auraient vu le jour sans aide publique, selon un rapport publié mercredi, qui interroge l'efficacité du plan à 54 milliards d'euros.

Présenté en octobre 2021 par le président Emmanuel Macron, le programme France 2030 prévoit 54 milliards d'euros pour permettre à la France de combler son retard dans plusieurs filières industrielles. Ce plan entend accélérer la transformation de secteurs centraux de l'économie française, dont la décarbonation de l'industrie, le nucléaire, l'hydrogène vert et l'innovation technologique. Mardi 27 octobre 2026, à l'occasion de son cinquième anniversaire, la Cour des comptes publie un premier bilan à mi-parcours de ce dispositif d'investissement public.

Un déploiement rapide, mais des résultats mitigés

A la fin de 2025, l’Etat avait conclu un contrat avec les porteurs de plus de 7 300 projets, pour une enveloppe globale de 33,4 milliards d’euros. Près de 14 milliards avaient déjà été décaissés sur ce total. Il restait 19 milliards à verser aux bénéficiaires. La Cour des comptes salue une "montée en charge rapide du plan".

Cependant, l’institution pointe des limites importantes. Selon le rapport, près de la moitié des 7 377 projets financés aurait vu le jour même sans le soutien de l’Etat. Ce constat soulève la question des "effets d’aubaine" : certaines entreprises ont pu profiter d’aides dans le cadre de France 2030 pour des projets qu’elles prévoyaient de réaliser même sans le soutien de l’Etat. Une enquête du Secrétariat général pour l’investissement (SGPI) citée par la Cour indique que 53% des lauréats du plan interrogés estiment que leur projet n’aurait pas pu être mis en œuvre en l’absence du renfort de France 2030.

Selon la Cour des comptes, les subventions sont trop souvent privilégiées au détriment des prêts, qui pèsent moins sur les finances publiques. Elle relève aussi que les entreprises bénéficiaires les plus importantes, pourtant dotées de moyens financiers conséquents, sollicitent paradoxalement le plus d’aides publiques. Les magistrats expliquent qu’elles sont "plus internationalisées, ce qui leur permet de mettre les Etats en concurrence et de conditionner l’implantation de leurs activités à l’octroi de conditions avantageuses, comme l’attribution de subventions".

La Cour des comptes signale aussi un manque d’agilité du programme, avec une difficulté notable à stopper en cours de route le financement des projets se révélant finalement moins convaincants. Les magistrats font état de "longues discussions sur des projets dont les perspectives industrielles ou économiques se sont dégradées, sans qu’une décision claire d’interruption ou de révision substantielle du soutien soit arrêtée". Les projets identifiés comme abandonnés en cours de déploiement sont au nombre de 91 seulement, et rarement sur décision des pouvoirs publics.

Soutenabilité budgétaire et recommandations

Dans son analyse, la Cour des comptes alerte sur un "mur d’engagements budgétaires à financer dans les années à venir" ainsi que sur un "enjeu de soutenabilité" pour les finances publiques. Elle recommande d'utiliser des leviers non financiers, comme la réglementation, la normalisation et l’achat public. Le versement de subventions n’est envisagé "qu’en dernier recours".

En juin, Gabriel Attal, candidat Renaissance à la présidentielle, a proposé un "plan France 2040 pour l’IA et l’innovation" de 200 milliards d’euros, afin de devenir "la première puissance européenne en matière d’IA" d’ici dix ans. De son côté, la Cour des comptes refuse de se prononcer sur l’opportunité d’un nouveau plan d’investissement. Elle insiste néanmoins sur la nécessité de tirer les enseignements du bilan de mi-parcours de France 2030.