Souveraineté numérique : la puissance européenne passera par l'écosystème
L'Europe dispose de technologies, d'infrastructures et de talents. Ce qui lui manque encore, ce n'est pas une énième solution souveraine, mais la capacité à faire de ses forces un écosystème.
Il est temps de tordre le cou à un vieux complexe d’infériorité numérique. Selon le Baromètre de la souveraineté numérique 2025 d’EY et Hexatrust, 79 % des organisations françaises estiment que la souveraineté deviendra un critère majeur dans le choix de leurs solutions numériques. Une organisation sur deux a même déjà écarté une solution IT pour cette raison. Dans le même temps, une étude Xerfi pour Signaturit révèle que 59 % des entreprises françaises jugent désormais les solutions numériques européennes capables de rivaliser avec les solutions américaines. Il existe donc bien un paradoxe européen : nous commençons enfin à croire en nos technologies, mais nous persistons trop souvent à les penser séparément. Cloud ici, logiciels là et cybersécurité ailleurs. Data d’un côté, IA de l’autre... Une collection de champions ne fait pas une équipe. Et une addition de technologies n’aboutit pas davantage à une puissance numérique.
L’Europe n’a plus à choisir entre souveraineté et performance
Les vieux réflexes sont tenaces : la souveraineté numérique est encore trop souvent réduite à une adresse de data center : où sont mes données ? Sous quelle juridiction ? Qui détient les clés de chiffrement ? Ces questions, pour essentielles qu’elles soient, ne sont en réalité que le premier étage de la fusée.
Être souverain, cela consiste tout à la fois à maîtriser ses dépendances technologiques, ses logiciels, ses infrastructures et sa capacité à changer de fournisseur. Être souverain, c’est pouvoir choisir… et surtout être libre de partir. Cela doit-il se faire au détriment du prix d’une technologie qui serait moins performante et datée ? Assurément pas. L’Europe dispose de clouds robustes, de logiciels innovants, d’expertises en cybersécurité, de technologies open source, de plateformes data et de compétences en intelligence artificielle. La voici de plus en plus capable de produire des alternatives technologiques solides et de qualité. Encore faut-il être capable de les faire fonctionner ensemble. Car la puissance est générée par un écosystème et une capacité à agir de conserve. Les Américains l’ont compris depuis longtemps…
Face aux empires technologiques, construisons un écosystème européen
Un hyperscaler n’est jamais seul. Autour de lui gravitent des milliers de partenaires, start-up, intégrateurs, cabinets de conseil, éditeurs, investisseurs et communautés technologiques. Ce fournisseur de services cloud appartient à une galaxie, et c’est cet horizon vers lequel l’Europe doit désormais se tourner.
Organisons-nous, et cessons ainsi de combattre en ordre dispersé. La prochaine étape de notre souveraineté consiste à faire coopérer nos acteurs : rendre les technologies interopérables, connecter les offres, créer des alliances industrielles et permettre à une entreprise française, luxembourgeoise, allemande ou néerlandaise de construire simplement une architecture européenne de bout en bout.
Ce mouvement est en marche. Depuis quelques mois, la Schengen Cloud Alliance a pour objectif de créer un écosystème de partenaires actifs et opérationnels. Initiée par DEEP avec OVHcloud et Clever Cloud, elle vise non pas bâtir une forteresse technologique fermée, mais à proposer des services ouverts, complémentaires et interopérables. C’est ce modèle qui, à n’en pas douter, doit faire école et être démultiplié à l’envi.
Gardons-nous donc de l’image du sauveur providentiel, et sachons jouer la carte de la collaboration. La souveraineté européenne ne naîtra pas d’un champion capable de tout faire seul. Elle naîtra lorsque nous cesserons de chercher notre équivalent aux géants américains pour commencer à construire ce qu’ils ont déjà compris : une puissance collective.
L’Europe a les briques, les talents, les clients. Il est maintenant temps de construire l’édifice.