Veille sur l'IoT : comment les grands groupes s'organisent

Veille sur l'IoT : comment les grands groupes s'organisent Trois leviers majeurs permettent aux entreprises de suivre les évolutions de la technologie pour concevoir leurs innovations en matière d'objets connectés.

Avec Eideris, Engie Home Services (la filiale d'Engie spécialisée dans la maintenance) dispose depuis septembre 2018 de sa première chaudière connectée sous sa marque. Ce dernier grand projet IoT du groupe a vu le jour grâce au travail de veille technologique de ses équipes pour se tenir au courant de l'évolution des objets connectés. "C'est en suivant l'actualité du distributeur américain Honeywell, qui propose notamment des thermostats connectés, et du constructeur italien Cosmogas que nous avons eu l'idée de lancer ce service assemblant nos trois savoir-faire", se souvient Amaury Lamarche, head of B2C innovation and smart home chez Engie Digital.

Bien sûr, la filiale d'Engie n'est pas seule à pratiquer une veille sur l'Internet des objets. Et pour cause, "c'est un moyen de prendre une longueur d'avance", reconnaît Maurice Pitel, chef de projet Innovation chez Schneider Electric, groupe industriel français spécialisé dans la gestion de l'énergie. Cette activité est même un sujet sensible pour certaines entreprises, comme le constructeur français Vinci qui ne communique pas sur son organisation.

Mais les firmes s'organisent de manière similaire, en s'appuyant sur trois leviers. Leurs équipes en sont l'élément principal. "L'IoT évolue continuellement, on ne sait pas ce que sera la technologie dans 18 mois. Cela implique de travailler en mode agile pour ne pas se laisser devancer. Même si nous disposons d'une structure dédiée à l'innovation, c'est à chacun des salariés, à tous les niveaux, de veiller sur ce qui se passe sur le marché", assure Jérôme Boissou, responsable du programme Eliot (dédié aux objets connectés) chez Legrand, le spécialiste français des infrastructures électriques.

Une activité chronophage

Les business units surveillent les évolutions des hardwares, des réseaux, des logiciels, mais aussi de la réglementation et de l'adoption. C'est à ce moment que les entreprises évaluent l'intérêt de leurs solutions sur le marché, étudient les offres concurrentes et anticipent les tendances. "Dans l'organisation quotidienne, il est important qu'une personne se spécialise sur un domaine spécifique pour ne pas se disperser et être pertinent", ajoute Amaury Lamarche, chez Engie Digital. Les collaborateurs de l'énergéticien français se rendent à des salons et colloques pour développer leur réseau et contactent des spécialistes du sujet pour avoir une idée des perspectives.

Les partenaires technologiques représentent le deuxième point fort des sociétés pour décupler leurs sources d'information. "Cette activité de veille est chronophage et compliquée car le sujet est transverse. Il est indispensable d'être aiguillé en parallèle par des spécialistes", admet Maurice Pitel, chez Schneider Electric. Le fabricant français d'objets connectés pour la maison intelligente SmartHome s'appuie ainsi sur son fournisseur américain Texas Instruments pour avoir connaissance de l'évolution des composants. Les projections font aussi partie des questions récurrentes : "Les grands groupes nous demandent des conseils sur l'évolution des réseaux de communication car lorsqu'ils conçoivent un boîtier IoT, le projet peut mettre jusqu'à deux ans de la conception à la commercialisation. Ils n'ont donc pas le droit à l'erreur dans leur choix de fabrication", raconte Frédéric Salles, président de Matooma, spécialiste dans le domaine de l'IoT et la connectivité par carte SIM multi-opérateur.

"Il faut aussi évaluer techniquement celles que l'on pourra intégrer" 

La collaboration avec des start-up est le troisième outil des grands groupes pour se tenir informés. Schneider Electric travaille en open-innovation avec différentes jeunes pousses pour leur proposer leurs produits dans ses propres services. "Nous scannons les créations de start-up pour évaluer celles qui pourraient nous apporter de la valeur et les aider à se développer", précise Maurice Pitel. Schneider Electric a lancé en ce sens en novembre 2018 son fonds corporate pour investir entre 300 et 500 millions d'euros en cinq ans dans des start-up innovantes.

Mais identifier les start-up ne suffit pas. "Il faut aussi évaluer techniquement celles que l'on pourra intégrer avec une analyse précise du produit, des usages et de l'équipe", conseille David de Amorim, directeur de l'innovation esanté chez Docapost. Deux salariés de la filiale de La Poste participent au programme interne French IoT pour effectuer une veille nationale. Ils sont épaulés dans cette activité par les équipes régionales.

"Certaines entreprises publient même sur leur site des articles en lien avec leurs sujets de veille pour informer leurs partenaires et gagner en crédibilité auprès de leurs clients", observe Chékib Gharbi, directeur général du cluster lillois CITC dédié à l'IoT. La veille, en plus d'aider les équipes dans leurs projets d'innovation, contribue ainsi à augmenter leur niveau d'expertise.

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