Henri Verdier (Etalab) "Data.gouv.fr doit se donner les moyens de s'adresser à tous les publics"

Après le séminaire gouvernemental sur le numérique, le nouveau directeur d'Etalab détaille sa feuille de route pour 2013.

JDN. Comment a été reçue la feuille de route sur l'open data lors du séminaire gouvernemental sur le numérique du 28 février ?

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Henri Verdier, nouveau directeur de la mission Etalab © Olivier Chatel

Henri Verdier. Nous avons présenté cette feuille de route avec avec Jérôme Filippini, qui dirige le secrétariat général pour la modernisation de l'action publique (SGMAP, ndlr) dans lequel est désormais intégrée la mission Etalab. Notre projet a été bien accueilli et confirme la volonté du gouvernement de libérer davantage de données publiques. Le premier ministre a d'ailleurs lui-même confirmé la prochaine ouverture de nouveaux jeux de données comme celui détaillant les bénéficiaires des aides à la presse et un autre la liste des attributaires des marchés publics.

Quelle est la prochaine étape ?

La suite découlera de la demande de Jean-Marc Ayrault à tous les ministères de fournir leur feuille de route détaillée en matière d'ouverture des données publiques. Le SGMAP travaillera quant à lui avec le ministère du Budget à l'évaluation des redevances existantes et remettra une série de recommandations au premier ministre d'ici à la fin du premier semestre 2013.

Quelles sont les grandes orientations de la mission Etalab ?

"Notre objectif est de libérer les données les plus stratégiques pour la communauté des utilisateurs"

Jusque-là beaucoup de travail a été accompli mais la démarche de l'Etat en la matière était encore pionnière. Nous souhaitons passer à la phase d'industrialisation et faire un open data natif, c'est-à-dire en intégrant la démarche open data à tous les échelons de l'administration française. Cette démarche doit être sensée et au cœur d'un écosystème rassemblant divers acteurs. Notre objectif n'est pas de rendre disponible les données les plus faciles à produire mais de faire en sorte de libérer les données les plus stratégiques et les plus pertinentes pour la communauté des utilisateurs.

Comment allez-vous convaincre certaines institutions de libérer ces données dites "stratégiques" ?

D'ici à fin 2013, nous allons lancer six débats thématiques qui nous permettront de rassembler les acteurs concernés, par exemple dans le secteur de la santé, des transports ou de l'environnement. Nous allons également ouvrir ces débats en ligne à la communauté d'utilisateurs. L'objectif de ces concertations est de définir des zones de consensus sur des jeux de données qui jusque-là faisaient débats c'est-à-dire d'évaluer l'opportunité et les éventuels inconvénients de l'ouverture au public d'un jeu de données. Ces discussions seront organisées avec l'appui des ministères concernés et nécessiteront un rapporteur expert.

Dans votre feuille de route, vous évoquez la refonte de Data.gouv.fr. A quoi ressemblera cette seconde mouture ?

"Data.gouv.fr doit se donner les moyens de s'adresser à tous les publics et de proposer des API"

Je ne sais pas encore à quoi elle va ressembler. Je considère qu'aucun site "open data" qui existe dans le monde n'est encore parfait. Ils s'adressent principalement à l'écosystème de l'open data alors qu'ils devraient être conçus pour tous les publics et fournir également des outils permettant d'appréhender les données, comme des modules de datavisualisation. En ce sens Data.gouv.fr doit se donner les moyens de s'adresser à tous les publics et également de proposer des API. Cela rentre dans une stratégie à long terme puisqu'il faut promouvoir la démocratisation des flux de données dans les systèmes de l'administration publique en amont.

Certaines administrations sont encore réticentes quant à l'ouverture de leurs données ? Quels sont vos pouvoirs ?

On ne peut pas aller voir toutes les administrations et leur demander de tout ouvrir. Reste que l'Etat doit assumer sa responsabilité et accepter de motiver ses décisions et ses actions quand il s'engage à adopter une politique plus transparente. Certaines administrations rechignent à ouvrir leurs données de crainte qu'on découvre des erreurs dans leurs bases de données ce qui est pourtant commun à tout système d'information. Or moins une administration ouvrira ses données, plus on a de chances que sa base contienne des erreurs. Quoi qu'il en soit la statistique est une science qui permet de prendre de bonnes décisions même avec des données imparfaites.

De toutes les institutions avec qui vous travaillez, qui sont les bons élèves en matière d'open data ?

Je dirai qu'il y a différents cas de figure. La production de données fait partie des missions de certains ministères depuis longtemps comme il en est le cas pour celui de l'Agriculture. D'autres ministères ont besoin de davantage de confiance de la part des citoyens comme le ministère de l'Intérieur qui a très tôt réfléchi à construire ses données. Enfin certains ministères sont dans une situation plus complexe dans le sens où ils manquent eux-mêmes d'informations.

Diplômé de l'ENS, Henri Verdier rejoint Lagardère Active comme directeur de l'innovation en 2007 pour devenir deux années plus tard directeur de la prospective de l'Institut Télécom. Cofondateur de MFG-Labs et d'Odile Jacob Multimédia, il est également membre fondateur du pôle de compétitivité Cap Digital qu'il préside jusqu'à prendre ses fonctions de directeur d'Etalab service du Premier ministre au sein du secrétariat général à la modernisation de l'action publique, début 2013.

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