Les flottes d'entreprise en autopartage, pourquoi ça coince ?

Les flottes d'entreprise en autopartage, pourquoi ça coince ? Manque de technos, peur de la casse, complexités juridiques… Les raisons qui découragent les entreprises de partager leurs véhicules avec le grand public ne manquent pas, malgré des avantages financiers considérables.

Quel gâchis. Tous les weekends, des flottes entières de véhicules d'entreprises inutilisés dorment au garage. Or les entreprises pourraient en tirer des revenus conséquents qui les aideraient à amortir leurs achats ou à réduire leur facture de location si elles réussissaient à louer ces véhicules en autopartage auprès du grand public. Mais cette idée, séduisante sur le papier pour des sociétés n'ayant aucune activité le weekend, se heurte à des réalités qui compliquent sa réalisation et en font pour l'instant une pratique très marginale.

La première est purement logistique. La véhicules de la plupart des entreprises sont garés dans des  sites privés, plutôt que dans l'espace public. Impensable pour nombre de sociétés de laisser des inconnus pénétrer dans leurs locaux, ne serait-ce que pour accéder au parking. Autre difficulté, les parking sous-terrain : en l'absence de réseau 3G, difficile d'y placer des véhicules équipés des boîtiers connectés permettant l'ouverture du véhicule depuis un smartphone.

Nouvelles compétences

Même pour les entreprises qui n'auraient pas ces problèmes, d'autres difficultés se présentent. "Il faut prendre en compte l'assurance", prévient Alexandre Bol, co-fondateur d'Openfleet, une start-up de gestion de flotte et d'autopartage en entreprise. "Les tarifs assurantiels sont négociés pour un usage professionnel de la flotte, son ouverture aux particuliers pourrait donc les faire augmenter." Certains contrats de location longue durée peuvent aussi proscrire l'autopartage. "Comment s'assurer qu'une personne extérieure ne vas pas endommager le véhicule, et auquel cas, comment faire en sorte de lui prélever une partie de la franchise que devra payer l'entreprise ?", ajoute Pascal Roux, président de Mobility Tech Green, une autre plateforme d'autopartage en entreprise. Il rappelle que certains professionnels sont très attachés à la disponibilité de leur flotte, essentielle à leur activité, et ne veulent donc pas prendre le risque d'avoir des véhicules inutilisables le lundi.

Par ailleurs, s'ouvrir aux particuliers nécessite de nouvelles compétences que ne possède pas un gestionnaire de flotte d'entreprise : gérer le marketing BtoC pour populariser l'offre, s'assurer de la solvabilité des utilisateurs ou encore mettre en place un service client pour gérer toutes sortes de problèmes. Impossible de rentabiliser une telle activité à l'échelle d'une entreprise ou d'un site. Le modèle le plus intéressant est de nouer un partenariat avec une plateforme d'autopartage grand public, qui s'occupera de ces aspects du business. C'est ce que tente de faire le leader français du secteur, Drivy.

B2B et B2C se rejoignent

La start-up a développé une interopérabilité avec la plateforme de gestion de flotte B2B de Valéo, Mov'InBlue, afin de proposer des véhicules d'entreprises en location sur sa plateforme. Lancée en janvier, l'offre est pour l'instant testée sur quelques sites de grands groupes avec des flottes de 2 à 3 000 véhicules, dont environ une centaine sont mis en location. affirme Drivy, sans donner le nom des entreprises en question. Malgré toutes les difficultés que pose cette ouverture aux particuliers, les entreprises ont tout à y gagner, assure Quentin Lestavel, directeur France de Drivy. "Une voiture louée sur Drivy peut générer 70 euros de revenu par weekend, soit 280 euros par mois, alors qu'un leasing coûte entre 200 et 300 euros mensuels."

"Une voiture peut générer 70 euros de revenu par weekend, soit 280 euros par mois, alors qu'un leasing coûte entre 200 et 300 euros"

Drivy reconnaît que les peurs des entreprises sont "légitimes" et qu'elles devront adapter leur organisation, par exemple pour disposer des véhicules de réserve en cas de problème. Mais Quentin Lestavel estime que la contrepartie financière est si intéressante que cela en vaut largement la peine. Pour développer cette activité, la stratégie de Drivy est de passer par le réseau B2B de Valéo, qui proposera à ses nouveaux clients de compléter son système d'autopartage interne Mov'InBlue par des locations le weekend sur Drivy.

Avant de se lancer dans une complexe ouverture aux particuliers, il faut avancer par étapes, conseille Alexandre Bol. "Le concept de l'autopartage est encore nouveau pour les entreprises. Elles doivent d'abord mettre en place une plateforme d'autopartage reliée à des boitiers connectés pour optimiser l'usage professionnel de la flotte, puis autoriser leurs employés à se servir des véhicules sur leur temps libre."

Cette seconde étape recèle déjà son lot de complexités juridiques, notamment en matière de tarification, poursuit Alexandre Bol. "Les entreprises doivent faire de ce service un avantage en nature, ni bénéficiaire, ni proposé à perte. Le mieux pour y arriver est d'appliquer le barème fiscal kilométrique." Plus simple à mettre en place que l'ouverture au grand public, cette méthode est aussi moins rémunératrice puisque l'entreprise ne peut pas réaliser de bénéfice. Mais elle permet tout de même de "diminuer de 10 à 15 % le coût de possession d'un véhicule", estime Pascal Roux. Il relève que cette pratique commence d'ailleurs à prendre chez ses clients : 20% des véhicules gérés par la plateforme de Mobility Tech Green peuvent être utilisés par les employés sur leur temps libre. Avec autant de "si", les particuliers devront attendre encore longtemps pour profiter massivement des flottes d'entreprises.

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