Comment la blockchain s’impose dans la financiarisation de l'économie

Après le crowdfunding, c’est au tour des ICO (Initial Coins Offering) de faire leur entrée sur le marché du numérique en s’imposant parmi les nouveaux leviers de financement innovants.

À la différence du financement participatif traditionnel, les ICO consistent en l’acquisition de tokens (jetons numériques) par un service en échange d’actifs numériques ou crypto-monnaies telles que des bitcoins ou des ethers. Parmi les plateformes d’échanges les plus utilisées, on retient ShapeShift, une entreprise suisse fondée en 2013. Grâce à ces systèmes d’échanges de monnaies fiduciaires, il est désormais possible de financer des milliers de projets d’applications par des blockchains. Une opération encore impossible à réaliser il y a une dizaine d’années.

Le principal atout des cryto-monnaies réside dans leur capacité à se développer principalement en surcouche et dans leur personnalisation à l’infini. Par exemple, il est possible de créer et d’émettre des "LeclercCoins" à partir d’une transaction bitcoin via le protocole ColoredCoins, pour en faire des points de fidélité numériques. Ce méta-protocole, apparu peu après la naissance de bitcoin, permet l’association d’une information externe aux opérations classiques du protocole bitcoin, tout en profitant de la sécurité du réseau. ColoredCoins fait l’objet d’une tendance déjà bien implantée dans l’univers économique et financier. Depuis Juin 2015, le Nasdaq l’utilise sur sa plateforme de chaîne de blocs Linq, un système qui permet de stocker et garantir l’authenticité des informations.

Loin d’être embryonnaire, le phénomène des ICO renvoie en réalité à une technologie très mature, dont l’ampleur pour l’économie mondiale reste considérable. À New York déjà, la révolution est en marche avec l’organisation du premier sommet dédié aux ICO, le "Token Summit". Un événement qui met aussi en valeur l’innovation première des blockchains : la gouvernance. 

La véritable innovation, c'est la gouvernance

Le numérique est sur le point de révolutionner la structure des entreprises avec l’émergence de modèles de gouvernance horizontaux. Les entreprises du CAC 40 se sont fondées sur un processus organisationnel pyramidal. C’est à dire, avec une organisation bien établie chargée d’acheminer l’information vers un seul et unique sommet décisionnel. Mais aujourd’hui, la tendance à séparer les applications secteur par secteur est de plus en plus obsolète.

La véritable avancée s’observe dans l’approche transversale et la fusion de plusieurs applications dans un programme informatique qui prend la forme d’une seule et unique unité de compte : le token numérique. Autrement dit : un actif unique appartenant à un registre numérique qui permet le stockage de valeurs. Celui-ci rend possible l’échange de valeurs, l’identification, le vote et la spéculation. Parmi les initiatives déjà mises en place, on note le Blockchain Lab initié par PwC France et Afrique francophone. Un projet qui rassemble une équipe de 25 experts issus de secteurs innovants tels que la cybersécurité, le big data , la data science et l’audit pour révolutionner les processus au sein des entreprises grâce à la blockchain.

De la nécessité de former à un nouveau métier : l’architecte de registres distribués

Les blockchains induisent des transformations majeures tant au niveau opérationnel et culturel que sociologique. Une récente étude prospective de PwC sur les fintech révèle que plus de 77 % des établissements financiers internationaux s'attendent à ce que les blockchains soient adoptées dans leurs systèmes de production, à l’horizon 2020. Une perspective qui, d’emblée, met en avant la nécessité de se doter de nouveaux savoir-faire. 

L’obtention de nouvelles compétences professionnelles est la clé du changement si l’on souhaite insuffler un nouvel élan aux processus des firmes. Des qualifications plus concrètes et immédiates font déjà leur chemin et promettent une bonne compréhension de l'audit des différents protocoles informatiques ; de l’écriture ; du test et du déploiement d'une application décentralisée, de l’organisation et de la sécurisation d'un portefeuille d’actifs numériques programmables ; et enfin, de l'analyse de données de chaînes de blocs. Sur ces protocoles, la formation professionnelle joue un rôle essentiel dans l’économie. Car, c’est lorsqu’un certain nombre de personnes seront formées sur ces notions qu’elles auront un impact significatif sur les secteurs existants.

À l’heure actuelle, malgré un vif intérêt pour la blockchain sur le marché, l’on constate pourtant une importante pénurie de talents qui menace son déploiement. En réalité, d’un point de vue économique, les pertes et créations d’emplois nouveaux sont des conséquences de toute révolution technologique. Ainsi, avec la blockchain, d’autres métiers innovants émergent naturellement, de la même manière qu’Internet a engendré de nouvelles professions. Parmi eux, on note l’architecte de registres distribués qui crée, organise et pilote les projets sur ces protocoles. Un nouveau métier dont la formation sera dispensée à l’ESGI dès septembre 2017.

L’architecte de registres distribués est une profession qui se décline en plusieurs spécialités. Il touche d’autres domaines qui dépassent la composante purement technologique et qui nécessitent l’acquisition de bases solides en économie et en sociologie. Comme l’explique Simon Polrot, avocat fiscaliste, expert en blockchain et formateur à Eureka Certification, la blockchain est "un système qui ne peut se comprendre que selon une approche holistique".

Le véritable enjeu n’est pas de recréer la roue, mais plutôt de réussir sa transition numérique vers un monde qui se financiarise chaque jour un peu plus. Les entreprises et acteurs qui composent les écosystèmes innovants se doivent d’acquérir et de maîtriser de nouvelles techniques. Pour l’heure, le recrutement de spécialistes blockchains et la formation professionnelle s’intensifient et constituent déjà un premier élan. Mais l’ambition est d’ouvrir davantage les champs de compétences pour permettre aux entreprises de concevoir et déployer les environnements "blockchains" performants nécessaires à leur continuité.

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