Les fonds se ruent sur les crypto-monnaies, une bonne nouvelle ?

Les fonds se ruent sur les crypto-monnaies, une bonne nouvelle ? En France, Eiffel Investment Group, Otium Capital et Tobam ont alloué des enveloppes au bitcoin. Quelles conséquences pour les petits et gros investisseurs ?

Les détenteurs de bitcoin ne se limitent plus aux geeks. L'envolée du cours de la célèbre crypto-monnaie a attiré de plus gros poissons : les fonds d'investissements. Selon le cabinet spécialisé dans les services financiers Autonomous Next, plus de 80 hedge funds investissent dans la crypto-monnaie à travers le monde. En France, aucun chiffre n'est disponible mais plusieurs acteurs assurent avoir constitué des enveloppes dédiées aux crypto-monnaies.

Le fonds spécialisé en early-stage Otium Capital a déjà investi "quelques millions d'euros" dans cinq actifs digitaux dont le bitcoin et des initial coin offering (ICO), des levées de fonds en crypto-monnaies. Eiffel Investment Group a placé "quelques dizaines de milliers d'euros" dans le bitcoin, l'ether et des ICO et envisage de lancer un fonds en crypto-monnaies en 2018. La société de gestion française Tobam, qui gère 10 milliards de dollars, vient de lancer un fonds commun de placement en bitcoins, une première en Europe.

Les sommes allouées sont relativement faibles pour des acteurs qui gèrent des centaines de millions voire des milliards d'euros mais ce n'est qu'un début. "Nous allons probablement élargir notre enveloppe dédiée aux crypto-monnaies car l'écosystème français se développe", indique Pierre Entremont, principal chez Otium Capital. "La croissance de ce secteur ne fait que commencer. Les vrais flux seront effectifs dans les années qui viennent avec l'arrivée des investisseurs institutionnels", assure de son côté Jean-Benoît Gambet, portfolio manager chez Eiffel Investment Group. Mais cet afflux de capitaux dans le monde des crypto-monnaie est-il une bonne nouvelle ?

Un écosystème enfin mûr

"Cela donne une indication de la maturité du secteur", se réjouit Jérôme de Tychey, blockchain tech lead chez ConsenSys France, un start-up studio dédié aux applications décentralisées sur la blockchain Ethereum. Depuis la création du bitcoin en 2009, les acteurs financiers traditionnels avaient plutôt tendance à sous-estimer voire à mépriser le bitcoin. Progressivement, ils se sont intéressés aux systèmes décentralisés. "Les fonds français ont déjà investi dans des start-up de la blockchain. L'intérêt pour les crypto-monnaies est donc une continuité. C'est clairement une opportunité plus que de la spéculation pour eux", estime Jérôme de Tychey. Injecter de l'argent en equity dans des crypto-monnaies ou via des ICO a un effet boule de neige selon lui. "Il y a par conséquent plus d'argent dans l'écosystème, plus de projets financés et pour plus longtemps. Le financement est un des moteurs de l'innovation", rappelle-t-il.

Mais l'arrivée des fonds d'investissements dans le petit milieu des crypto-monnaies n'a pas que des effets positifs pour les particuliers, notamment parce que les sommes injectées par les sociétés de gestion sont bien plus élevées que celles des petits investisseurs. "Quand les institutionnels vont mettre 0,5% de leur allocation dans le bitcoin par exemple, cela va faire la différence et faire monter son prix. C'est mécanique", prédit Jean-Benoît Gambet. "Des gros assureurs comme Axa, Aviva et Allianz n'ont pas encore prévu d'acheter des bitcoins, ils ne font que regarder. Par contre, les family offices, les petites mutuelles, les sociétés plus petites en général sont très intéressées pour mettre des tickets d'un million d'euros", assure-t-il. Le patron de la société de gestion Tobam confirme la force de frappe des institutionnels : "Nous gérons 10 milliards de dollars. Nous ne lançons pas notre fonds en bitcoins pour nous contenter de gérer 50 millions de dollars mais pour des tailles substantielles par rapport à nos encours." Le montant précis de l'enveloppe n'est cependant pas communiqué.

"Quand les institutionnels vont mettre 0,5% de leur allocation dans le bitcoin cela va faire monter son prix, c'est mécanique"

Les sociétés de gestion créent les fonds dans lesquels les institutionnels investissent. Mais qui surveille les dits fonds ? L'Autorité des marchés financiers (AMF) ? Pour l'instant, seul Tobam a pu créer un fonds en bitcoins. "Nous avons donné une autorisation spécifique pour ce genre de stratégie, mais nous se sommes pas le régulateur du fonds. En cas de problème, l'investisseur ne pourra pas se tourner vers l'AMF comme dans le cas d'un fonds agréé", précise Xavier Parain,  secrétaire général adjoint en charge de la direction de la gestion d'actifs chez le régulateur. Le fonds de Tobam fait partie de la catégorie des "autres fonds d'investissements alternatifs (FIA)" qui sont des sociétés anonymes classiques non régulés pas l'AMF, ce qui signifie que seuls les investisseurs qualifiés peuvent prendre part au fonds. Ces fonds sont les seuls qui peuvent potentiellement détenir des crypto-monnaies en France. Les organismes de placements collectif en valeurs mobilières (OPCVM) et les FIA ne peuvent quant à eux pas investir dans les crypto-monnaies. "L'AMF est compétente sur la société de gestion et le dépositaire mais pas sur le fonds en bitcoin. Ces acteurs doivent nous prouver qu'ils ont les compétences pour structurer et être dépositaire d'un fonds sur le bitcoin", complète Xavier Parain.

Eiffel Investment Group a essayé de créer un fonds en bitcoins mais le dossier a été retoqué à l'AMF. "On voulait créer un fonds FPS (fonds professionnels spécialisés, ndlr) mais celui-ci ne peut pas détenir légalement de bitcoins. Nous avons donc rassemblé des dépositaires et avocats pour trouver dans quelle coquille on peut mettre ça. Soit on monte un fonds au Luxembourg qui détient directement les bitcoins soit un véhicule non régulé en France. Mais on veut que ce soit régulé par l'AMF. Pour les investisseurs c'est plus rassurant", souligne Jean-Benoît Gambet. Les crypto-monnaies sont encore loin d'être des actifs comme les autres.

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