Guillaume Borie (Axa) "Nous réfléchissons à coupler des offres avec des grands groupes d'électricité et de gaz"

Le directeur de l'innovation du groupe livre ses priorités en termes d'investissement et de développement.

JDN. Axa a annoncé fin 2017 vouloir consacrer une enveloppe de 200 millions d'euros chaque année dans l'innovation. Où sera alloué ce budget ?

Guillaume Borie, directeur de l'innovation du groupe Axa. © Benjamin Bocas

Guillaume Borie. Il s'agit d'un effort spécifique sur la partie acquisition. Ce n'est donc qu'une partie de nos efforts en matière d'innovation. Lorsque nous cherchons à développer de nouveaux services et produits pour accélérer la transformation du modèle d'Axa, nous avons différents instruments : ce que nous pouvons faire nous-mêmes, ce qu'on peut faire en partenariat avec des acteurs de plus ou moins grande taille, de la start-up à des grands groupes industriels. Le troisième instrument est l'acquisition de nouvelles sociétés et start-up afin d'acquérir de nouveaux talents et de nouvelles technologies. En 2018, nous allons structurer notre roadmap d'acquisitions pour déterminer où investir ces 200 millions d'euros, notamment dans quelle zone géographique et sur quel type de technologie.

Avez-vous déjà procédé à une acquisition ?

Oui, nous avons racheté Maestro Health. C'était une acquisition sur laquelle on travaillait depuis l'été 2017. Maestro Health est une start-up américaine qui développe une plateforme de services pour des employeurs qui ont fait le choix d'être dans un mécanisme d'auto-assurance, c'est-à-dire qu'ils se couvrent eux-mêmes pour fournir les prestations d'assurance-santé à leurs collaborateurs. Concrètement, Maestro Health fournit la plateforme qui permet de gérer ses plans de santé, le paiement des prestations, la perception des cotisations…

Côté start-up, à combien se sont portés les investissements en 2017 ?

Notre fonds d'investissement dans les start-up, Axa Venture Partners (ex-Axa Strategic Ventures), dispose d'un budget de 450 millions de dollars. Il a commencé à investir début 2016 et le budget n'est pas encore entièrement dépensé. Dans les 450 millions, il y a une poche d'investissement direct dans les start-up de 275 millions de dollars et une autre de 175 millions de dollars qui est un fonds de fonds afin que nous puisons être exposés à des portefeuilles plus grands. Nous ne communiquons pas sur le montant investi chaque année mais je peux vous dire que, depuis 2015, nous avons investi dans 33 start-up pour des tickets compris entre 300 000 et 20 millions de dollars.

Dans quels types de start-up comptez-vous investir en 2018 ?

Nous allons continuer à regarder les sujets de cybersécurité et tous les sujets qui permettent par le leverage de nouvelles technologies de mieux accompagner les PME dans l'univers des risques, comme les risques climatiques. Le deuxième thème prioritaire pour nous est la santé. Ce marché est en pleine disruption avec beaucoup de nouveaux acteurs que ce soit dans la prévention, la chirurgie, le diagnostic, notamment avec l'intelligence artificielle. D'une manière générale l'IA nous intéresse fortement. Nous allons aussi essayer de développer notre portefeuille dans le secteur des mobilités car nous voulons accompagner nos clients dans leurs trajets et faciliter leurs voyages.

Est-ce que ce budget servira aussi à développer votre start-up studio Kamet ?

Non, nous avons alloué un budget spécifique à Kamet de 100 millions d'euros sur cinq ans. Ce budget est utilisé pour aller à la recherche de nouvelles idées, constituer des équipes d'entrepreneurs et développer des prototypes. Une fois que ce produit est prêt, soit on décide de passer en phase de commercialisation soit on décide d'arrêter. Nous avons déjà arrêté un certain nombre de projets car le marché n'était pas adressable ou le produit pas satisfaisant. Dans le cas contraire, cela conduit à la création de start-up. Ensuite, la start-up vit sa vie mais Axa a la possibilité d'investir dans chacune des sociétés au fur et à mesure de leur round d'investissement. Si on ne le fait pas, la start-up peut évidemment aller chercher des capitaux ailleurs.

Dans combien de start-up de Kamet avez-vous investi ?

Sur les sept ventures actifs à ce jour, nous avons investi dans trois d'entre-elles qui ont fait leur série A. Nous avons notamment investi 6 millions d'euros (en mai 2017, ndlr) dans Qare, une start-up de télémédecine qui donne accès à une clinique virtuelle. Les quatre autres ont eu suffisamment de cash via le budget d'incubation et nous n'avons pas eu besoin de réinvestir dedans. Mais nous pourrons le faire le moment venu.

Mis à part les start-up, où seront concentrés les investissements d'Axa dans l'innovation ?

La santé et l'accompagnement de nos clients PME. Tout ce qu'on accomplit vise à développer des offres de services qui viennent compléter le rôle de l'assureur. Dans ce cadre, nous réfléchissons à des partenariats industriels significatifs pour mettre ces services à disposition du plus grand nombre. Par exemple, nous discutons avec des grands groupes d'électricité et de gaz avec lesquels nous pourrions combiner nos offres. On peut très bien imaginer proposer un service de télémédecine avec une offre d'électricité. Après tout, il est pertinent de combiner deux offres pour répondre à des besoins du quotidien. Sinon, notre enjeu est d'industrialiser un certain nombre de services et d'offres bâties ces dernières années. Et nous allons le faire en priorité sur le marché français. Nous travaillons notamment sur une nouvelle offre d'assurance pour protéger les PME contre les cyber risques.

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