Les banques françaises se rêvent en Amazon des services financiers

Les banques françaises se rêvent en Amazon des services financiers BPCE, Crédit du Nord et Société Générale commencent à distribuer des produits bancaires via des tiers. Objectifs : capter de nouvelles sources de revenus et maintenir la relation avec le client.

"Société Générale va évoluer en plateformes." Le mot a été lâché par le directeur général de la banque française, Frédéric Oudéa, dans une interview aux Echos fin 2017. Face à la concurrence des néobanques et autres fintech spécialisées, les établissements financiers européens cherchent de nouveaux modèles. Et celui de plateforme est le plus privilégié. Comprendre une marketplace de produits et services financiers dans laquelle sont distribués les propres offres des banques et parfois même celles de concurrents.

"Il ne faut pas oublier que la finalité d'une banque est de distribuer des produits", rappelle Steve Fogue, CEO de Particeep, une start-up qui propose aux institutions financières des API de services bancaires. "Les banques ont tout intérêt à se tourner vers ce modèle car cela leur permet de garder la main sur la relation client. Elles continueront à pouvoir collecter de la donnée client et la transformer en levier de croissance", complète-t-il. Cette ouverture est poussée par la DPS2, la directive européenne sur les moyens de paiement (entrée en vigueur en janvier dernier), qui oblige les banques à partager les données de paiement de leurs clients à des acteurs tiers via des API. Ces dernières sont au cœur de ces marketplaces bancaires.

Multiplier les API

Société Générale a lancé un chantier d'APIsation de son système d'information en 2014 pour une utilisation en interne et travaille depuis 2017 sur un usage externe. "Nous complétons le catalogue d'API à destination d'acteurs tiers. En fait, nous appliquons la même logique qu'Amazon et la Fnac", explique Philippe Hubert, directeur de la stratégie du système d'information des réseaux France chez Société Générale.

"Les néobanques vont développer leurs gammes avec ou sans nous, donc autant être partie prenante"

 

Le type d'API n'est pas encore connu mais la banque de La Défense compte s'adresser en particulier aux néobanques. "Elles ont une gamme d'offres assez limitée - compte courant, virement, paiement… - et cherchent actuellement à en développer de nouvelles comme le crédit, l'épargne…. De notre côté, nous avons plus de 150 produits et services tous marchés confondus qui leur permettraient de compléter leur gamme", indique Philippe Hubert. L'établissement financier a déjà expérimenté ce modèle avec Orange Bank. En mars dernier, la banque mobile de l'opérateur télécom a lancé une offre de crédit conso, qui est en fait un produit "made in Société Générale", intégré dans l'application d'Orange Bank via une API. Une réussite d'après les deux acteurs. "Cela nous a permis de mutualiser des investissements significatifs", assure Philippe Hubert.

Cette initiative est encore inhabituelle en France mais Société Générale croit fermement à ce modèle. "Qu'on le veuille ou non, les néobanques existent. Nous sommes convaincus qu'elles vont développer leurs gammes au fur et à mesure avec ou sans nous, donc autant être partie prenante. En plus, d'autres établissement financiers le feront certainement", imagine Philippe Hubert. "Quand Free est arrivé sur le marché, il a fait un partenariat avec Orange pour le réseau. Résultat, Orange a généré des revenus significatifs", complète-t-il.

Ces nouveaux partenariats via des API génèrent effectivement une nouvelle source de revenus pour Société Générale. "Les modèles de facturation sont très variés dans le monde des API. Souvent, c'est une facture à la consommation mais cela peut coûter très cher s'il y a beaucoup de volumes. Pour notre part, nous faisons du cas par cas pour chaque client", révèle Philippe Hubert. Pour Orange Bank, Société Générale a donc appliqué un tarif sur-mesure. La banque de La Défense réalise actuellement des travaux pour développer ce modèle dans d'autres entités du groupe et prévoit d'ouvrir une grande plateforme d'ici fin 2018 ou début 2019.

S'intégrer à des sites e-commerce

BPCE mise aussi sur les API. Elle lancera une offre dédiée (la date de sortie n'est pas communiquée) comprenant les API rendues obligatoires par la DSP2 mais aussi celles d'autres produits et services de la banque. Grâce à cette offre, le groupe distribuera ses produits financiers à des fintech, e-commerçants ou d'autres acteurs marchands pour qu'ils les proposent eux-mêmes à leurs clients. "Le but de cette stratégie Open API est de porter des services bancaires, vers des acteurs tiers, via des API. Dans ce cadre, nous ne prévoyons pas de publier un catalogue exhaustif de services unitaires bancaires", prévient Erwann Guigonis, responsable plateforme open banking chez BPCE. "Notre priorité sera de développer des applications pour les particuliers comme le paiement pour le compte de tiers, le crédit et la vérification d'identité", ajoute le dirigeant.

"Certaines API seront gratuites car réglementaires et d'autres avec des commissions à la consommation"

Cette ouverture n'est pas non plus le Far West pour BPCE. "Il y aura des conditions d'éligibilité pour pouvoir utiliser nos API, notamment sur des critères réglementaires - si l'acteur à un agrément ou non par exemple. Il est nécessaire d'avoir un accord des deux parties pour convenir du partage de ces services et des conditions tarifaires. S'il n'y pas d'accord sur ce partenariat, on n'ouvre pas le service.  Chaque API product à son propre business model : gratuit, freemium ,à la consommation, au forfait… qui peut également  évoluer dans le temps.", estime Erwann Guigonis.

BPCE anticipe également des usages avec des acteurs non financiers. "Les services bancaires pourront être accessibles via les sites d'autres acteurs, dans une application immobilière ou sur un site de voyage par exemple. Quand le client aura besoin de faire un crédit, il n'aura pas besoin de repasser par l'application de sa banque, tout se fera sur le site du commerçant. D'ici quelques années, il sera possible de faire son crédit immobilier très simplement sur le site web d'un partenaire sélectionné", illustre Erwann Guigonis.

Donner accès à des partenaires

Tous les établissements bancaires ne sont pas convaincus par les API pour le modèle de plateforme. C'est le cas de Crédit du Nord, filiale de Société Générale, dont les deux tiers de sa clientèle sont des professionnels (chefs d'entreprise, artisan, PME…), alors que sa maison-mère compte deux-tiers de clients particuliers. "Il est possible de mettre en place un modèle de plateforme sans pour autant l'orienter spécifiquement autour des API. Bien sûr, aujourd'hui cela fait sens mais l'on peut aussi s'inscrire dans une logique au cas par cas", se défend Gérald Manzanares, directeur du marketing et de l'innovation de la banque. Cependant, Crédit du Nord assure que les API font tout de même partie de leurs réflexions.

"Crédit du Nord travaille avec plus de des assureurs et asset managers pour offrir d'autres prestations"

 

En attendant, Crédit du Nord privilégie une approche de partenariat. "Historiquement, nous ne sommes pas seulement des distributeurs de produits financiers, on se veut fournisseur de solutions pour répondre aux besoins de nos clients", indique Gérald Manzanares. "Notre stratégie est de chercher pour nos clients ce qui se fait de mieux sur la place pour offrir d'autres types de prestations, que ce soit en matière d'épargne, d'assurance-vie et de placements financiers. Nous travaillons pour cela avec plusieurs assureurs et asset managers", précise le dirigeant. Crédit du Nord est partenaire de la solution de prélèvement Slimpay ou encore de Lyra pour le paiement. 

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