Start-up crypto : cinq conseils pour lever des fonds en equity

Start-up crypto : cinq conseils pour lever des fonds en equity Pour convaincre les fonds d'investissement et family offices, les jeunes sociétés du secteur des crypto-monnaies doivent remplir quelques cases.

Sale temps pour le bitcoin… et les ICO. Entre janvier et septembre 2018, les montants levés via les levées de fonds en crypto-monnaies ont baissé de 68% (source : Smith and Crown) tandis que les financements apportés par les VC dans les secteurs des crypto et de la blockchain ont bondi de 280% sur la même période, d'après le cabinet spécialisé Diar. Les fonds d'investissement et family offices apparaissent désormais comme une source de financement à ne pas négliger. Mais face à un secteur peu mature et des cours en baisse, voici quelques conseils de VC et start-up pour lever des fonds rapidement et efficacement quand on est une start-up crypto.

1. Cibler des fonds crypto-friendly

Proof of stake, token, clé privée… le lexique de la crypto-monnaie n'est pas simple à comprendre. Même pour des sociétés de gestion. "Le venture capital est un métier où on connait peu de choses sur beaucoup de choses. C'est difficile d'avoir une bonne expertise sur un sujet", confie Pascal Gauthier, ancien VC et actuel CEO de Ledger, société qui développe des solutions de sécurisation de crypto-monnaies. Pour trouver les VC avec un minimum de connaissance sur le monde de la blockchain, les start-up doivent tout d'abord identifier des fonds spécialisés. Le cabinet américain Crypto Fund Research, qui a référencé plus de 600 fonds crypto dans le monde, propose une liste complète (portefeuille, montant sous gestion, contacts…) pour 187 dollars, ou un échantillon gratuit.

"Tout le monde chez Serena est plus ou moins crypto sensible"

Il est aussi conseillé d'identifier les fonds tech qui ont développé un intérêt pour la blockchain. Pas de liste cette fois mais un coup d'œil dans leurs portfolios donne quelques indications. Parmi les fonds crypto-friendly, on compte Draper Esprit (du nom de l'investisseur américain Tim Draper), Korelya Capital (le fonds de Fleur Pellerin) ou encore Serena Capital. "Tout le monde chez Serena est plus ou moins crypto sensible", confirme Kamel Zeroual, qui a mené l'investissement dans Acinq, une entreprise qui développe une technologie pour rendre les transactions en bitcoin instantanées. Même si le fonds a des notions crypto ou blockchain, il faut que la start-up fasse preuve de beaucoup de pédagogie. "Les fonds crypto connaissent le marché des cryptos mais encore beaucoup de gens ne connaissent pas la blockchain. Il faut se battre pour leur faire comprendre le lien entre les deux", souligne Morgan Pierce, directrice marketing de la future crypto-banque SEBA Crypto AG.

2. Trouver le bon timing

La baisse de l'ensemble des cours de crypto-monnaies n'est pas forcément propice à l'investissement. L'idéal est d'effectuer son roadshow pendant une période de hausse ou bien de stabilité. Ce facteur n'est évidemment pas maîtrisable mais il joue énormément. "Nous avons bouclé notre levée de fonds en seulement quatre mois, cela s'est fait très rapidement. Le marché était très porteur à l'époque, le bitcoin explosait", se souvient Pascal Gauthier. La start-up française a en effet bouclé son tour de table au moment où le bitcoin frôlait les 20 000 dollars. Certaines start-up crypto ont des "exemptions". "On était conscient du risque du marché, de la volatilité. Mais Ledger n'est pas trop corrélé sur le cours et développe d'autres marchés (la start-up s'est lancé dans l'IoT et sécurise notamment les plateformes solaires et éoliennes d'Engie, ndlr)", indique Eleonore Butler, associé chez Draper Esprit, qui a participé au tour de table de 75 millions de dollars en janvier 2018. Le timing du fonds est aussi à prendre en compte. "Si le VC est en fin de fonds, il y a peu de chance qu'il mettre un gros ticket sur une boîte crypto, c'est assez risqué", estime Pascal Gauthier.

3. Présenter un cas d'usage simple… ou un projet d'infrastructure solide

Parmi les fonds intéressés par la blockchain et les cryptos, il y a deux écoles. D'abord ceux qui cherchent à financer des produits simples et faciles à appréhender. C'est le cas de Serena Capital, en investissant dans Acinq. "Il faut un sous-jacent extrêmement rationnel. Le lightning network (la surcouche développée par Acinq, ndlr) est en fait un nouveau moyen pour payer. Derrière Acinq, il y a une idée simple : permettre aux marchands de vendre à leurs clients avec des cryptos sans attendre trois heures", résume Kamel Zeroual. "En revanche, investir dans une technologie blockchain pour juste la technologie n'est pas notre stratégie", complète-t-il.

"Je conseille aux start-up de ne pas construire un produit consumer mais de travailler sur de l'infrastructure"

 

Ensuite, il y a les fonds qui préfèrent miser sur les bases de la blockchain. "Je conseille aux start-up de ne pas construire un produit consumer mais de travailler sur des projets d'infrastructure, d'aller chez Consensys (un start-up studio spécialisée dans le développement d'applications décentralisées sur Ethereum, ndlr)", souligne Cyril Paglino, partner de Starchain Capital, un fonds d'investissement spécialisé dans la blockchain et les cryptos.

4. Montrer son respect des réglementations

Pour rassurer les potentiels investisseurs, les start-up de la crypto doivent mettre en avant leur respect des réglementations en vigueur. "Il faut reconnaître que les lois et la régulation existent pour protéger les gens. Ce ne sont peut-être pas les bonnes mais il faut le respecter", lâche Morgan Pierce, qui travaille avec les équipes compliance de SEBA Crypto AG pour obtenir une licence bancaire auprès du régulateur suisse, avant de se lancer. "C'est un aspect important. De toute façon, le marché est de plus en plus réglementé", renchérit Eleonor Butler. En France, l'Autorité des marchés financiers (AMF) et l'Autorité de contrôle prudentiel (ACPR) ont tous deux des équipes qui conseillent les start-up. La Suisse et les pays nordiques ont également des guichets dédiés.

5. S'entourer d'une équipe ultra technique

Face à un secteur si complexe, l'équipe fondatrice doit montrer patte blanche d'un point de vue technique. "Les deux fondateurs d'Acinq étaient d'anciens ingénieurs de Morpho, une entreprise spécialisé dans la sécurité. Ils ont donc un niveau d'expertise important dans le domaine. Nous les avons tout de suite considérés comme un acteur fiable", souligne Kamel Zeroual. Etre bon en technique ne signifie pas seulement être ingénieur ou cryptographe. Dans le monde des cryptos, il est aussi rassurant pour les investisseurs d'avoir des interlocuteurs issus de la finance. "Cela montre qu'on connait bien les réglementations et le fonctionnement de l'industrie classique", indique Morgan Pierce. Les fondateurs de SEBA Crypto AG sont des anciens dirigeants d'UBS. 

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