Comment MangoPay veut rattraper Adyen et Stripe

Comment MangoPay veut rattraper Adyen et Stripe Le prestataire de paiement dédié aux marketplaces et sites de crowdfunding compte accélérer son internationalisation et doper sa communication.

En quelques années, ils sont devenus les nouvelles coqueluches du paiement. L'irlando-américain Stripe, valorisé 35 milliards de dollars, et le néerlandais Adyen, valorisé 18 milliards d'euros, se sont faits des noms en Europe, y compris en France. Adyen revendique une centaine de clients français (Intersport, Vestiaire Collective, Birchbox…) et Stripe des dizaines de milliers (Leroy Merlin, ManoMano, Meero…). Des succès qui ont presque éclipsé un jeune acteur français : MangoPay. Fondé en 2013 par la patronne de Leetchi, Céline Lazorthes, ce prestataire de paiement (PSP) s'est à l'origine spécialisé sur les plateformes de crowdfunding et les marketplaces. Des segments qu'attaquent aussi nos deux stars du paiement. "La concurrence avec Adyen et Stripe commence à être très forte", concède Romain Mazeries, CEO de MangoPay et président du directoire du groupe Leetchi. "Notre stratégie commerciale est duale : nous visons à la fois les petites start-up, et sommes donc en concurrence avec Stripe, et les grands comptes, la cible d'Adyen. Et Checkout.com va venir nous attaquer", ajoute-t-il. Checkout.com, surnommé "the new Adyen" par la presse, a ouvert un bureau en France en octobre 2018 et lancera une solution pour les marketplaces d'ici la fin de l'année, comme nous l'a indiqué en mai dernier Jean-Marc Nourel, DG France de Checkout.com et… ancien country manager France de MangoPay.

Pour contrer les trois gros prestataires de paiement, MangoPay compte doper sa communication, aujourd'hui quasi inexistante. "On doit arriver à prendre les devants, à mieux communiquer. On est un beau succès, c'est dommage de ne pas en parler et de ne pas en profiter", observe le patron de MangoPay, qui revendique 2 500 clients dont de belles référence comme La Redoute, Rakuten ou encore Rue du Commerce. En 2018, la fintech tricolore a enregistré un volume d'affaires de 2,2 milliards d'euros et vise les 4 milliards d'euros en 2019. Impossible de comparer ces résultats avec ceux d'Adyen et Stripe qui ne communiquent pas sur des chiffres locaux. Enfin, MangoPay assure être rentable depuis le début de l'année.

"Nous avons moins de dix commerciaux qui font de la pure prospection"

La jeune pousse compte aussi communiquer sur la directive sur les services de paiement (DSP2), entrée en application le 14 septembre dernier. D'une part sur le volet authentification forte, qui inquiète beaucoup les marchands et sur lequel Adyen et Stripe sont omniprésents à coup de communiqués et d'études. D'autre part sur l'initiation de paiement (ordonner l'exécution d'un paiement d'un compte externe), qui en est encore à ses prémisses mais qui promet de nouveaux usages comme la possibilité de ne plus passer par la carte bancaire pour des paiements (et donc éviter les frais de CB, Mastercard et Visa). "On a une task force sur le sujet DSP2 qui nous a permis d'envoyer nos premières initiations de paiement cette année. Nous prévoyons d'être full initiation de paiement en 2020, si les banque sont prêtes", avance Romain Mazeries. Or, les API des banques françaises (qui permettent aux fintech de faire de l'agrégation de paiement et de l'initiation de paiement) ne sont toujours pas prêtes.

La communication et le marketing ne seront peut-être pas suffisants. MangoPay va aussi augmenter son équipe commerciale. "Nous avons moins de dix commerciaux qui font de la pure prospection", indique le dirigeant de MangoPay, qui compte 21 commerciaux au total sur un total de 126 salariés. D'ici fin 2019, le PSP comptera 146 salariés, dont 27 commerciaux.

Direction le nord de l'Europe

Autre volet sur lequel MangoPay compte accélérer : l'internationalisation. Aujourd'hui, il opère dans 26 pays européens, Stripe dans 40 pays dans le monde (dont les Etats-Unis) et Adyen ne donne pas ce chiffre. Le siège de MangoPay se situe au Luxembourg (elle a donc un agrément luxembourgeois) et est composé d'une quarantaine de personnes qui s'occupent majoritairement des aspects bancaires et compliance. Elle possède également des bureaux à Berlin, Londres et Cork, en plus de Paris. Prochaine étape : les Pays-Bas, la Suisse, l'Espagne, l'Italie et les pays nordiques "car on n'a pas mal de clients là-bas et qu'il y a plein de marketplaces", précise Romain Mazeries. Dans le nord de l'Europe, MangoPay pourra compter sur le soutien de son partenaire suédois Klarna, spécialiste du Pay Later qui revendique 130 000 clients marchands dans 14 pays. "On travaille avec eux en Allemagne depuis plusieurs années sur Sofort (moyen de paiement allemand très populaire, ndlr)", relate Romain Mazeries. MangoPay compte aussi sur ses clients pour accélérer son expansion internationale. "Les marketplaces sont en croissance et grossissent en Europe et au-delà. Nous les accompagnons donc quand elles partent à l'étranger", précise le dirigeant. Les chaises musicales du paiement européen ne sont pas terminées.

Comment MangoPay veut rattraper Adyen et Stripe
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