Qonto lève 104 millions d'euros pour devenir une banque

Qonto lève 104 millions d'euros pour devenir une banque La néobanque pour professionnels va demander un agrément d'établissement de crédit, qu'elle espère obtenir en fin d'année. Elle prévoit de recruter 100 personnes d'ici fin 2020.

Et voici la première levée de fonds à trois chiffres pour la fintech française. Qonto annonce avoir bouclé un tour de table de 104 millions d'euros auprès du géant chinois Tencent, du fonds DST Global et de ses investisseurs historiques Valar Ventures et Alven. Le mastodonte asiatique a également participé à la récente levée de fonds de 40 millions d'euros de Lydia. Comme cette dernière, Qonto n'avait pas prévu de faire entrer un fonds chinois à son capital. "Tencent, tout comme DST, s'intéresse beaucoup aux néobanques et connaît bien ce modèle. Quand il a su qu'on levait des fonds, il nous a rapidement contactés", raconte Alexandre Prot, le patron de la néobanque pour professionnels. Deux business angels font également leur arrivée dans l'actionnariat : Taavet Hinrikus (cofondateur de Transferwise) et Ingo Uytdehaage (CFO d'Adyen). Ils ne siégeront pas au board mais auront un rôle de conseil et "d'aide informelle", précise le dirigeant. "Tous les deux accompagnent des entreprises en forte croissance qui sont passés par des moments qu'on est en train de vivre", souligne Alexandre Prot. "Et ce sont des entreprises européennes qui ont des développements internationaux, des bureaux en dehors de l'Europe et des clients partout dans le monde." Au total, Qonto a levé 136 millions d'euros depuis sa création en avril 2016.

Devenir banque principale 

Cette méga levée de fonds servira à obtenir un agrément d'établissement de crédit. En somme à devenir une banque. Jusque -là, la fintech était un établissement de paiement. N26 et Revolut avaient eux aussi d'abord obtenu un agrément d'établissement de paiement avant de demander une licence bancaire. "Le régulateur n'a pas été surpris qu'on fasse cette demande d'agrément. Nous espérons l'avoir d'ici la fin de l'année. Nous sommes confiants car nous avons un dossier solide, nous avons 65 000 clients demandeurs d'autres produits bancaires", indique Alexandre Prot.

"Le régulateur n'a pas été surpris qu'on fasse cette demande d'agrément"

Grâce à cette licence, que peu de fintech françaises ont obtenu à ce jour (Younited Credit l'a depuis 2011), Qonto pourra proposer des prêts, ce qui pourrait convaincre de nouvelles entreprises d'ouvrir un compte chez elle mais aussi persuader ses propres clients de faire de Qonto leur banque principale. Aujourd'hui, entre 30 et 40% des clients de la fintech tricolore ont un compte dans une autre banque. "Ces 30-40% ne le font pas forcément parce qu'ils ont un crédit dans une autre banque", nuance Alexandre Prot. "Ils aiment bien garder une partie de leur argent dans une banque traditionnelle pour dormir tranquillement. Ce qui est une fausse idée car nos fonds sont cantonnés chez Arkéa", ajoute-t-il. Un comportement qu'on retrouve également chez les clients des néobanques pour particuliers.

Le budget marketing bénéficiera de la levée de fonds. Aujourd'hui, 35 personnes travaillent dans le département marketing de la start-up. "Nous voulons nous diffuser dans encore plus de secteurs et régions différents", indique le dirigeant. Sur les 65 000 clients actuels de Qonto, dont la majorité sont français, 25% sont des start-up et le reste des TPE et PME de tous secteurs. Par exemple, entre 7 et 8% de leurs clients sont issus du secteur de la construction et du bâtiment. Et 60% des clients sont basés en Ile-de-France.

Une néobanque européenne 

Ce nouveau financement servira aussi à renforcer sa présence en Europe. Qonto est implanté en Espagne, Italie et en Allemagne depuis mi-2019. "Nous n'abandonnons pas la France, nous y mettons encore plus de moyens, mais nous avons envie de devenir européen", lâche Alexandre Prot, qui ne prévoit pas en revanche d'ouvrir de nouveaux pays en 2020. Côté recrutement, la néobanque passera de 200 à 300 salariés d'ici la fin de l'année. 

Entre 30 et 40% des clients de Qonto ont un compte dans une autre banque

Un gros chantier technique occupera aussi les équipes de la néobanque cette année. Courant 2019, Qonto a bâti sa propre plateforme bancaire pour remplacer celle de Treezor, sur laquelle elle opérait depuis son lancement. Un choix assez pragmatique qui va permettre à Qonto de maîtriser son propre système bancaire et donc d'être moins indépendant d'un acteurs tiers. Depuis mai 2019, les nouveaux clients de la start-up sont onboardés sur la nouvelle plateforme. D'ici fin 2020, tous les clients historiques devraient être migrés. "Les clients qui sont sur ce nouveau core banking (plateforme bancaire, ndlr) vont surtout pouvoir profiter de nouvelles fonctionnalités qui ne sont pas disponibles sur Treezor", fait remarquer le cofondateur, sans préciser quels produits ou services.

Avec cette offensive, Qonto coupe l'herbe sous le pied de Margo Bank, le projet de de Jean-Daniel Guyot (Captain Train) qui vise à créer un établissement bancaire destiné aux PME européennes. En mars 2018, la jeune société a annoncé une levée de fonds de 6,4 millions d'euros et le dépôt de son dossier à l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) pour un agrément d'établissement de crédit. La date de lancement n'est en revanche toujours pas connue. Qonto prend aussi de l'avance sur le plan européen par rapport à ses concurrents directs que sont Shine (50 000 clients actifs), Manager.one (qui pivote vers le BtoB) et le Belge Anytime (50 000 clients actifs). Mais d'autres néobanques étrangères ont déjà une belle empreinte sur le Vieux continent comme la finlandaise Holvi, rachetée par BBVA en 2016, ou encore l'allemande Penta, rachetée en 2019 par les start-up studio fintech Finleap. Sans compter les néobanques N26 et Revolut qui ont aussi des comptes business, peu développés pour le moment, mais qui drainent plusieurs dizaines de milliers de clients en Europe. Ce marché intéresse (enfin) les banques traditionnelles. Crédit du Nord lancera au premier trimestre 2020 sa néobanque dédiée aux professionnels, baptisée Prismea. En 2019, Qonto a processé 10 milliards d'euros de transactions et pense doubler ce chiffre en 2020. Elle ne communique pas sur son chiffre d'affaires.