Les voitures électriques atteignent 30% des immatriculations de voitures neuves en France en juin 2026
Le mois de juin 2026 marque un tournant majeur pour l’industrie automobile française. Les voitures électriques atteignent 30% des immatriculations de voitures neuves en France en juin. Ce seuil symbolique, jamais atteint auparavant, illustre l’accélération de la transition vers la mobilité décarbonée, sous l’effet conjugué des politiques publiques, de la conjoncture énergétique et d’une offre de modèles de plus en plus diversifiée.
Une dynamique de marché sans précédent
Selon la Plateforme automobile, les immatriculations de voitures électriques ont atteint le seuil de 30% en juin. Cette progression s’inscrit dans un contexte de croissance globale du marché : en juin, les immatriculations de voitures particulières et de camionnettes – toutes motorisations confondues – ont augmenté de 8,4%. Depuis le 1er janvier, la hausse est de 1,1%, à 1,04 million de véhicules. La proportion d’électrique dans les ventes de voitures particulières atteint 28,4%. Le diesel tombe à 2,6%. Les hybrides frôlent la part de 60%.
Pour Xavier Duchemin, directeur de Stellantis France, il s'agit d'"une bascule". Il précise : "Dans nos commandes, la part de l'électrique est encore plus élevée que dans les livraisons, le chiffre va donc encore progresser dans les prochains mois". Cette dynamique ne concerne pas uniquement le neuf : "Quelques concessionnaires ont vendu tout leur stock de voitures électriques d'occasion", se félicite-t-il également.
Facteurs d’accélération : énergie, climat et fiscalité
Plusieurs facteurs expliquent cette accélération. La nouvelle dynamique de ventes depuis la guerre au Moyen-Orient, la fermeture et la réouverture partielle du détroit d'Ormuz et l'envolée du prix des carburants changent la donne. Les deux vagues de chaleur historiques dans l'Hexagone, en mai et en juin, ont également provoqué un regain d'intérêt pour la mobilité décarbonée.
Le marché des véhicules utilitaires suit la même tendance. "Nous avons multiplié par deux la part de l’électrique, qui dépasse 20% de nos ventes", indique Xavier Duchemin. Peugeot et Citroën ont fait un gros effort commercial en mettant au même niveau les mensualités pour les camionnettes électriques que pour celles à moteur thermique.
Ce début de décollage du marché en France intervient "grâce à l'aide adossée sur les certificats d'économie d'énergie [CEE], qui peut atteindre 10 000 euros par véhicule", rappelle Xavier Duchemin. Les CEE, créés en 2006, sont financés par les fournisseurs d'énergie, dont l'activité émet du CO2, et peuvent être utilisés pour faciliter la rénovation énergétique des bâtiments et, plus récemment, la décarbonation des transports.
Le groupe Stellantis se prépare à participer, à partir du 16 juillet, à la troisième édition du leasing social, dispositif lancé par l’Etat et financé par les CEE, pour permettre à 50 000 ménages à revenus limités, grands rouleurs (qui travaillent à plus de 10 kilomètres de leur domicile), d’avoir une voiture électrique pour un loyer inférieur à 200 euros par mois. Deux autres dispositifs annoncés par le gouvernement sont en préparation : un soutien public à l’achat de voitures électriques d’occasion pour les professions médicales ou paramédicales et un soutien aux grands rouleurs.
Stellantis propose aussi une offre commerciale sur la 208 électrique qui promet d’offrir les prix du leasing social aux ménages qui n’y ont pas accès, comme les retraités. La bascule du marché français doit beaucoup à la politique fiscale, qui soutient les voitures électriques et, dans cette catégorie, les modèles made in Europe et légers, à travers l’Eco-Score, un label décerné par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Les entreprises, en particulier, ont intérêt à convertir rapidement leur flotte.
L’attrait pour l’électrique s’explique aussi par "un choix de modèles de plus en plus variés", insiste Marie-Laure Nivot, responsable de l’analyse de marché chez AAA Data.
Les marques et la concurrence internationale
En France, sur les immatriculations de voitures électriques en juin, Renault reste en tête des marques (avec quatre voitures dans les cinq premiers modèles électriques les plus vendus), suivi par Tesla, Peugeot, Citroën, BMW et Volkswagen. BYD talonne maintenant Audi et Skoda sur l’électrique, mais affirme surtout sa présence sur le marché des voitures hybrides rechargeables. La marque chinoise "signe la plus forte progression du mois, mais semble "acheter" une bonne partie de sa part de marché avec des ventes aux loueurs de courte durée ou aux concessionnaires", note le cabinet Dataneo dans son étude pour Mobilians. La part des véhicules électriques chinois représente 7% de part de marché dans le véhicule électrique en France.
Perspectives et enjeux environnementaux
Pour accompagner cette dynamique, l’ONG Transport et Environnement propose la création d’une agence publique de leasing ou de régies coopératives locales, afin de créer un choc d’offre pour les ménages à revenus modestes et moyens encore plus puissant que celui du leasing social, et de viser des durées de location pouvant aller jusqu’à onze ans au lieu de trois ans.
L’effet de cette électrification sur la baisse des émissions de CO2 est déjà perceptible à l’étranger. "Avec 35% de voitures électriques en circulation, la consommation de carburants fossiles en Norvège a diminué d’un tiers depuis son pic de 2015", illustre une étude de la société de conseil aux gouvernements Global Sovereign Advisory. En 2025, les 167 millions de véhicules électriques en circulation (voitures, deux-roues et trois-roues, bus, camions) "auraient permis d’éviter entre 1,66 et 2,33 millions de barils par jour de consommation pétrolière, soit 3 à 4% de la demande mondiale en carburants routiers", indique cette même étude.
L’Union européenne est le deuxième marché de l’électrique après la Chine. La crise énergétique joue aussi un rôle d’accélérateur au Brésil et fait bouger les lignes au Japon, où le thermique fait de la résistance. Aux Etats-Unis, ce sont les motorisations hybrides, moins gourmandes en carburant, qui remportent la mise, soutenant les ventes des constructeurs japonais ou coréens.