Les émissions de gaz à effet de serre de Google et Amazon explosent avec l'essor de l'IA
Google et Amazon font face à une forte hausse de leurs émissions de gaz à effet de serre, conséquence directe de la construction effrénée d'infrastructures d'intelligence artificielle. Cette tendance éloigne les deux groupes de leurs promesses de neutralité carbone, alors même qu’ils s’étaient fixé des objectifs ambitieux. Google s'est engagé à réduire ses émissions de moitié d'ici 2030. Pourtant, selon le bilan publié mardi 30 juin, les émissions de gaz à effet de serre de Google ont bondi de 82% depuis 2019 (+18% sur la seule année écoulée). Celles d'Amazon, dévoilées mercredi 1er juillet, ont grimpé de 58% sur la même période (+16% en un an), alors que le groupe a promis d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040.
Cette augmentation s’explique principalement par la multiplication des centres de données nécessaires au fonctionnement de l’intelligence artificielle. Ces installations sont particulièrement gourmandes en électricité, en eau de refroidissement, en béton, en acier et en puces. La course mondiale à l’IA, qui s’est accélérée après le succès de ChatGPT fin 2022, pousse les géants de la tech à multiplier les centres de données, aggravant leur empreinte écologique.
Une consommation énergétique comparable à celle de pays entiers
La consommation électrique de Google a doublé en trois ans et approche celle d’un pays comme la Grèce. Selon une étude onusienne, les centres de données ont consommé 448 térawattheures d’électricité en 2025. S’ils constituaient un pays, cela les placerait au onzième rang mondial, derrière la France. Google affirme avoir rejeté l’an dernier 18,8 millions de tonnes équivalent CO2, provenant de ses centres de données et de ses bureaux, mais surtout de la fabrication des processeurs et de la construction de nouveaux sites géants pour les héberger. Numéro un de l’informatique en ligne, Amazon en a émis 80,85 millions, du fait des mêmes activités, auxquelles s’ajoutent ses entrepôts, sa flotte logistique et ses livraisons à travers le monde.
L’essentiel de cette pollution est indirect : 85% de l’empreinte de Google et 76% de celle d’Amazon proviennent de leurs chaînes d’approvisionnement, largement situées en Asie et encore très dépendantes des énergies fossiles.
Face à cette situation, la crédibilité des engagements environnementaux de Google et Amazon est de plus en plus contestée. Google a retiré de son rapport 2026 la feuille de route qui chiffrait les étapes avant 2030, signe que l’atteinte des objectifs fixés devient incertaine. Les deux groupes continuent pourtant de mettre en avant leurs initiatives en faveur des énergies renouvelables. Google dit avoir signé en 2025 un volume record de contrats d’énergies renouvelables (12 gigawatts), tout en investissant dans le nucléaire et la géothermie. Amazon se présente comme le premier acheteur mondial d’énergies renouvelables pour la sixième année consécutive. Il investit aussi dans de petits réacteurs nucléaires et revendique plus de 52 000 camionnettes électriques.
Malgré ces efforts, "le déploiement d'infrastructures d'IA s'accélère actuellement plus vite que le réseau électrique ne se décarbone", reconnaît Kate Brandt, directrice du développement durable de Google, citée dans le bilan environnemental annuel du groupe.
Le 23 juin, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a appelé les patrons de l'IA à "dire toute la vérité" sur le coût écologique des centres de données. Il a lancé une initiative qui leur demande de publier leur empreinte (carbone, eau, foncier) puis de passer aux renouvelables d'ici la fin de la décennie.