Les prix du gaz en Europe atteignent 74 euros le mégawattheure, un plus haut depuis janvier 2023
Les prix du gaz se sont établis mercredi à 74 euros du mégawattheure en Europe, soit un plus haut depuis janvier 2023. Cette envolée des prix intervient dans un contexte de grande incertitude sur les marchés de l'énergie, alors que la volatilité des prix du gaz est accrue par la sensibilité aux déclarations politiques et à la situation géopolitique, notamment au Moyen-Orient.
Jusqu'à la mi-juillet, les prix évoluaient dans une zone de 48 à 50 euros du mégawattheure, illustrant la rapidité et l'ampleur de la hausse récente.
Tensions géopolitiques et conséquences immédiates
La reprise des frappes américaines sur l’Iran et la riposte de Téhéran sur la Jordanie, Bahreïn et le Koweït ont des conséquences immédiates sur les prix des hydrocarbures. La zone représentait 20% des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL) avant le début des hostilités, en février. Les grands acteurs du marché gazier prennent acte d’un éloignement des espoirs de retour à la normale, alors que la situation au Moyen-Orient demeure incertaine.
A date, les stocks français sont remplis à 71%, les italiens à 83%, les allemands à 53%. En moyenne, les réserves européennes sont pleines à 71%. Il y a un an, les niveaux de remplissage étaient respectivement de 86%, 80% et 72% pour ces trois pays, avec une moyenne européenne à 78%. Malgré ces niveaux historiquement bas pour la période, les opérateurs se veulent rassurants : "Le rythme des injections reste compatible avec l’atteinte de l’objectif réglementaire de remplissage de 85% au 1er novembre." La situation est un peu plus tendue au Royaume-Uni avec des réserves pleines à 31% seulement.
En France, le prix repère de vente du gaz aux particuliers a augmenté de 5,6% au 1er septembre. Cette hausse vient s’ajouter à la pression ressentie par les ménages, alors que 40% des besoins de chauffage sont couverts par le gaz. Si cette énergie joue un rôle de plus en plus marginal dans la production d’électricité, elle demeure essentielle pour faire face aux pics de consommation hivernaux.
Le gouvernement mise aussi sur son grand plan d’électrification pour réduire la dépendance de la France au gaz, qu’il s’agisse de se chauffer ou d’assurer certaines productions. Cependant, la transition vers l’électrique, notamment dans l’industrie, reste un processus long.
Les deux grands fournisseurs de gaz pour l’Europe sont la Norvège et les Etats-Unis, représentant respectivement 32% et 26% du total des importations européennes au deuxième trimestre selon les données recueillies par le site Bruegel. Le solde provient essentiellement d’Algérie (13%) et de Russie (13%). Les importations en provenance de la Russie devraient s’éteindre progressivement en 2027, dans le cadre des sanctions imposées à Moscou en réponse à l’invasion de l’Ukraine, même si la Hongrie et la Slovaquie pourraient bénéficier de dérogations.
Les principales voies d’approvisionnement restent sûres pour l’instant, qu’il s’agisse des gazoducs reliant l’Europe à la Norvège et à l’Algérie, ou des livraisons de GNL par bateau depuis les Etats-Unis, qui développent massivement leurs capacités de liquéfaction.
Perspectives pour l’hiver et recommandations
La question centrale pour les prochains mois n'est pas tant la disponibilité du gaz que son prix. Les marchés internationaux, très sensibles à la demande asiatique, notamment chinoise, pourraient faire basculer les prix en fonction de la vigueur de l'économie en Asie. En 2022, ils avaient atteint 330 euros du mégawattheure.
Face à ces incertitudes, nombre d’experts recommandent aux entreprises de sécuriser des contrats d’approvisionnement à long terme pour se mettre à l’abri d’une éventuelle flambée des prix du gaz.