Patricia Villoslada (Transdev) "Nous commencerons à tester notre navette autonome en mars"

La vice-présidente de la division Systèmes de transports autonomes de l'opérateur de transport en commun explique pourquoi il développe ses propres capacités de conduite autonome.

JDN. Où en est le développement d'i-Cristal, la navette autonome que vous concevez en partenariat avec le constructeur de systèmes de transport industriels Lohr ?

Patricia Villoslada est la vice-présidente des systèmes de transport autonomes chez Transdev. © Transdev

Patricia Villoslada. Nous travaillons sur notre premier prototype, qui sera testé sur circuit à partir de mars. Nous ferons ensuite rouler notre navette là où nous testons déjà des véhicules autonomes : à Saclay à partir de septembre puis à Rouen en fin d'année. La sortie commerciale est prévue pour 2019. Nous sommes partis de la navette Cristal déjà conçue par notre partenaire Lohr, mais qui possède un volant et des pédales. Puisqu'il s'agit d'une navette sans conducteur, il a fallu revoir l'aménagement intérieur, les systèmes de direction et de freinage, ainsi que toute l'intelligence du véhicule. Il y aura toujours un opérateur à bord pour l'arrêter en cas de problème car c'est obligatoire, mais nous souhaitons ne plus y avoir recours dès que la loi nous le permettra. Nous sommes prêts techniquement.

Pourquoi faire appel à l'industriel français Lohr plutôt qu'aux start-up de navettes autonomes comme EasyMile ou Navya, avec lesquelles vous travailliez déjà ?

Nous voulons rester agnostiques de la technologie de conduite autonome. Nous opérons aujourd'hui toutes les navettes : celles des Français Navya et EasMile, mais aussi du Néerlandais WEpods. Ce sera toujours le cas. La navette que nous développons sera une quatrième parmi d'autres que nous proposerons à nos clients. Le choix du modèle leur appartiendra. Ce qui nous intéresse chez Lohr, ce sont ses capacités de production en petite et moyenne série, supérieures à celles des start-up.

En quoi cette navette sera-t-elle différente de ce que proposent EasyMile et Navya ?

L'objectif est d'atteindre une vitesse commerciale de 50 km/h, alors que nous sommes actuellement à 10-12 km/h en pratique sur les navettes que nous opérons. Les modèles actuels ont un fonctionnement plus proche de la robotique : ils ne peuvent pas très bien contourner les obstacles. Même s'ils ont progressé aujourd'hui, ils sont assez rapidement limités. Nous souhaitons que notre navette puisse pleinement s'insérer dans la circulation, gérer facilement les croisements et les ronds-points, plutôt que se déplacer sur des parcours protégés et balisés.

"L'objectif est d'atteindre une vitesse commerciale de 50 km/h"

Ce partenariat doit aussi vous permettre de développer de nouvelles compétences dans le véhicule autonomes. Lesquelles ?

L'une des briques technologiques stratégiques est la plateforme qui permet de réserver et dispatcher les navettes. Nous adaptons au véhicule autonome la solution que nous avions créée pour les taxis. Nous sommes aussi en train de développer un savoir-faire interne sur la supervision du véhicule, c'est-à-dire sa communication avec l'infrastructure intelligente (feux, routes etc.) et la connexion avec un poste de commande piloté par des humains. Pour acquérir ces compétences, il faut avoir accès à une navette assez ouverte pour pouvoir y connecter nos technologies d'opérateurs. La seule manière d'y arriver était d'en co-développer une, car les fabricants de navettes ne permettent pas un tel niveau d'accès à leurs véhicules.

"Nous voulons offrir le meilleur service possible, que ce soit avec notre véhicule ou ceux de nos partenaires habituels."

 

Faut-il aussi y voir une volonté de ne pas être dépendants des futures innovations des fabricants de navettes pour proposer vos services d'opérateur de transport ?

Exactement. Il est dur de savoir pour l'instant à quoi ressembleront leurs technologies dans les années à venir. Nous voulons offrir le meilleur service possible à nos clients, que ce soit avec notre véhicule ou ceux de nos partenaires habituels. Notre but n'est pas de gagner de l'argent avec cette navette, ce n'est pas le cœur de notre stratégie. Il est possible que d'autres acteurs deviennent capables d'en construire des biens moins chères et plus performantes et dans ce cas, nous serons ravis de les utiliser.

Les constructeurs auto et entreprises tech comme GM ou Waymo deviennent à la fois opérateurs de transports, fabricants de véhicules et développeurs de technologies de conduite autonome. Essayez-vous, vous-aussi, de dépasser votre mission historique ?

Il est vrai que tout le monde est en train de sortir de son bout de chaîne de valeur dans lequel il se trouvait depuis des années. C'est normal : aux débuts d'une nouvelle technologie, chacun cherche quelle sera sa place à la fin. Nous sommes opérateurs, mais il ne suffit pas d'avoir une appli qui envoie des messages au véhicule autonome, il faut mettre le nez dedans. Nous sommes responsables de la sécurité de nos passagers. Nos bus sont conduits par des chauffeurs formés et salariés par Transdev. Si c'est la machine qui conduit, nous sommes obligés de nous intéresser à ses technologies pour continuer à fournir ces garanties de sécurité.

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