Exits records et acheteurs en pagaille : que révèle la grande braderie de la fintech européenne ?

Exits records et acheteurs en pagaille : que révèle la grande braderie de la fintech européenne ? Le président de France FinTech et le fondateur du fonds d'investissement Truffle Capital analysent les nombreuses opérations de fusion-acquisition qui touchent le secteur.

Il n’y a pas qu’au supermarché que l’on peut faire ses emplettes. La fintech européenne ressemble elle aussi à un marché à ciel ouvert, où les bonnes affaires ne manquent pas. C’est du moins ce que suggère une étude d’Avolta publiée en avril. Selon ce rapport de la banque d’affaires spécialisée dans la tech européenne, 399 opérations d’exit ont été recensées dans la fintech sur le vieux continent en 2025. Un niveau nettement supérieur aux années précédentes (197 en 2024, 183 en 2023 et 210 en 2022). Autre élément notable : près de 90% de ces sorties correspondent à des opérations de fusion-acquisition. Ces chiffres traduisent une dynamique de consolidation du marché, mais pas uniquement.

"Les chiffres sont impressionnants", confirme Bernard-Louis Roques, cofondateur de Truffle Capital, fonds d'investissement spécialisé dans la fintech. Mais c’est surtout le nombre d’opérations, plus que leur taille, qui marque les esprits : "En valeur absolue, les montants restent limités, autour de 10 milliards de dollars, loin des plus de 50 milliards de dollars observés avant la crise de 2021-2022. Les deals moyens sont plus petits, avec une moyenne de 28 millions de dollars. En revanche, les multiples de valorisation se redressent, autour de 4,2 fois le chiffre d’affaires. Cela montre que le marché résiste bien au SaaSpocalypse".

Maturité et plateformisation

Une dizaine d'années après les débuts des principales fintech, le secteur "arrive à maturité", selon Alain Clot, président de l'association France FinTech. "Pour elles, la priorité est d'atteindre une taille critique rentable ce qui peut passer par des acquisitions". Notre expert voit également dans l'explosion du nombre de M&A la traduction du phénomène de plateformisation : "Les acteurs les plus ambitieux se transforment en plateforme de services financiers et certains d'entre eux rachètent des fintech pour ajouter une nouvelle brique à leur offre". Un mouvement notamment illustré par la convergence entre comptatech et néobanque, comme le montre le rachat du logiciel de comptabilité Regate par Qonto.

Si les fusions-acquisitions ont connu une telle hausse, on le doit aussi à la grande variété d'acheteurs. Fintech, corporates, fonds d'investissement : tous se bousculent au portillon pour trouver la meilleure opportunité. "Un acquéreur sur deux est une fintech. On observe également certaines acquisitions majoritaires des fonds d’investissement, en vue d’accélération. Cette formule séduit les entrepreneurs car elle leur permet de se concentrer sur le développement commercial et le management. Enfin, banques et assureurs retrouvent de l’intérêt pour le rachat de fintech. Le mouvement s’était un peu ralenti , mais il repart aujourd’hui", analyse Alain Clot. Deux derniers points illustrés par le rachat de la plateforme de gestion pour les PME Fortnox par le fonds suédois EQT et celui du spécialiste de la gestion financière Anytime par le Crédit Coopératif.

Acheteurs anglo-saxons

Outre la nature des acheteurs, leur nationalité mérite aussi d'être analysée. Selon Bernard-Louis Roques, les deals ont été portés par des acquéreurs anglo-saxons. "Si les multiples repartent à la hausse, ils restent encore plus faibles qu'aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. Le marché européen représente pour eux l'opportunité de réaliser une bonne affaire". On peut citer comme exemple l'acquisition de la plateforme de trading SmartTrade par le fonds américain TA Associates.

Quoi qu’il en soit, la vague de M&A envoie un signal positif pour le secteur : "Le marché retrouve de la liquidité, ce qui était nécessaire. Il existait un véritable besoin de restituer du capital aux actionnaires. Si les multiples restent inférieurs à ceux d’avant la crise covid, ils demeurent à des niveaux loin d’être humiliants, y compris pour les plus petites fintech." Reste un petit point noir : "Les IPO sont encore peu nombreuses. Mais les conditions pour une reprise des introductions en bourse semblent désormais réunies", indique Alain Clot. A lire au prochain épisode.