La Data Governance Alliance veut impliquer le citoyen dans la gestion de l'énergie

La Data Governance Alliance veut impliquer le citoyen dans la gestion de l'énergie La nouvelle association française s'est fixée pour objectif de définir un référentiel et de mener des expérimentations pour une gestion de la donnée faisant appel à de nouveaux modèles d'affaires.

La crise énergétique et la réglementation européenne amènent le citoyen à occuper un rôle plus actif dans la gestion de la donnée énergétique. Le Data Act notamment insiste sur l'établissement d'un consentement des utilisateurs. "Nous sommes actuellement en France dans un modèle top-down très jacobin. Mais il faut faire évoluer la situation car la data énergétique est basée sur les usages. Si on ne prend pas en compte le citoyen et ses besoins en temps réel, on risque d'aboutir à de mauvaises surprises. C'est le cas par exemple avec la sobriété énergétique, vécue comme une contrainte par les Français alors que cela pourrait être le moyen de nouvelles opportunités de revenus d'effacement, permettant notamment de réduire leurs factures grâce à une gouvernance locale des données à laquelle ils seraient associés", explique Emmanuel François, cofondateur en 2012 de l'association Smart Buildings Alliance for Smart Cities (SBA).

C'est face à ce constat qu'il a décidé de créer la Data Governance Alliance for smarter citizens (DG4SC). Cette nouvelle association, lancée en avril 2023, vise à assurer une bonne gouvernance de la donnée dans tous les secteurs, la souveraineté de cette data, et à encourager des expérimentations pour faire émerger de nouveaux modèles d'affaires impliquant le citoyen et le rémunérant en fonction des externalités positives. Elle réunit dès à présent une vingtaine de membres, dont les ESN Capgemini et Equans ou l'éditeur français de logiciels de sécurité informatique Wallix, et devrait en compter "une cinquantaine au cours du premier trimestre 2024", assure Emmanuel François.

La première réalisation des membres est la rédaction d'un référentiel en dix points, appelé Data4U, pour garantir la bonne gestion des données des utilisateurs de manière générale. Ce référentiel prône l'innovation, l'établissement d'un consentement éclairé, la transparence et la sécurité des données, leur traçabilité, leur mutualisation, un usage des données éthique, la prise en compte de la durabilité, de la sensibilisation et de la participation citoyenne et une rétribution équitable des revenus de la donnée. Des collectivités comme la ville de Nevers l'ont signé, s'engageant à respecter ces principes.

Parmi les dix groupes de travail constitués, Laurent Schmitt, cofondateur de la DG4SC et PDG de la branche européenne de la société franco-canadienne Dcbel, mène celui sur "l'énergie et le carbone". Les membres vont s'emparer des sujets autour de la participation du citoyen aux marchés de la flexibilité, aux nouvelles approches de gestion d'un consentement décentralisé du citoyen ou encore sur la supervision de l'empreinte carbone des citoyens. "J'ai immédiatement fait le lien entre l'association et le nouveau design du marché électrique, qui introduit de nouveaux principes de fonctionnement et de gestion énergétique à l'échelle du particulier pour le positionner au centre du marché énergétique et permettre une minimisation des coûts de l'électricité. Nous aimerions rendre le citoyen acteur avec des modèles d'affaires basés, par exemple, sur de la gamification", précise-t-il.

Une boucle d'énergie à Coye-la-forêt

La réglementation européenne encourage de nouveaux systèmes énergétiques. © DG4SC

Le groupe de travail se fixe ainsi pour objectif, dans sa feuille de route 2024, d'anticiper le nouveau cadre européen de la donnée, de définir de nouvelles approches d'interopérabilité et de portabilité des données, de travailler sur des architectures open source mais aussi de faciliter le déploiement de projets pilotes en France intégrant le citoyen dans des communautés énergétiques émergentes.

Une première expérimentation est menée dans l'Oise, avec la ville de Coye-la-forêt. Il s'agit d'un projet de boucle d'énergie avec un modèle en peer-to-peer est à l'étude pour améliorer la performance des bâtiments. La ville est actuellement en train de dresser un bilan des capacités solaires, avant la mise en place d'un premier projet pilote couvrant le pilotage de la flexibilité des usages et du stockage (véhicule électrique et stockage stationnaire, ndlr). L'architecte Jean-Marc Porche est associé au projet pour contribuer à repenser certaines questions d'urbanisme. Les premiers résultats devraient être dégagés en 2025. Ce projet doit par ailleurs représenter un passage à l'échelle au projet européen Eddie, que mène en parallèle Laurent Schmitt sur la création de dataspaces, des environnements de partage de données dans le cloud.

L'autoconsommation collective à Sassenage

De son côté, l'ESN Kardham Digital a rejoint l'association pour garantir que la donnée générée par le bâtiment reste dans un environnement souverain et sécurisé. "Le bâtiment doit être capable d'échanger des données dans des environnements sûrs, avec de la traçabilité et de l'éthique au niveau de la ville. Il faut par ailleurs une sensibilisation des occupants au traitement de la donnée, ce qui est nouveau. Aujourd'hui les citoyens ne connaissent pas à quoi correspond leur patrimoine data", réagit Pascal Zératès, CEO de Kardham Digital. L'entreprise mène une expérimentation d'autoconsommation collective à Sassenage, près de Grenoble. Un hôtel-restaurant, un garage et un imprimeur, tous équipés de panneaux photovoltaïques, se sont regroupés autour d'une personne morale organisatrice (PMO) pour se partager des puissances produites par le solaire comprises entre 200 et 500 kilowatts crête. "Aujourd'hui les données ne sont pas assez monétisées. La rétribution équitable des sources de revenus à partir de l'énergie sera une étape future", estime Pascal Zératès, qui entend montrer que les engagements de la Data4U ont des répercussions concrètes sur le smart building et la smart city.

La DG4SC compte faire émerger de nouveaux usages grâce à l'IoT. "Le problème de l'IoT est d'avoir été limité jusqu'à présent à un usage par déploiement. Il faudrait plutôt déployer des capteurs pour récupérer des données à mutualiser pour être utiles à plusieurs usages", affirme Emmanuel François. Ce qui ouvre les axes de recherche de la DG4SC, qui va lancer quatre autres comités de travail, sur l'eau, l'industrie, la culture et l'éducation.