Otage en Iran : "A mon retour en France, les impôts m'ont demandé pourquoi je n'avais rien déclaré"
Il est 11h03 lorsque Benjamin Brière décroche à notre téléphone. Depuis 1 062 jours maintenant, le Lyonnais a quitté l'Iran pour la France, libéré après avoir passé presque autant de temps - 1 079 jours - derrière les barreaux de la république islamique. En 2022, à 4 000 kilomètres de Paris, le touriste est condamné à huit ans et huit mois de prison pour espionnage et propagande contre le régime.
Mais étonnamment, sa libération n'a pas signé la fin du calvaire. "C'est difficile à concevoir mais être libéré, c'est très dur, c'est aussi violent que d'être arrêté, lance Benjamin Brière. Moi, après trois ans de détention, je reviens dans un autre monde." Relations sociales, impôts, réinsertion professionnelle : selon lui, les anciens otages français sont seuls pour retrouver un mode de vie "normal", l'accompagnement de l'Etat serait défaillant.
Exemple frappant, quelques semaines après son arrivée en France. Benjamin Brière quitte l'hôpital et entame des démarches pour réintégrer les systèmes de l'Etat. "En fait, j'étais radié de partout. Je n'existais plus aux yeux de la Sécurité sociale et de France Travail. J'ai dû me battre pour tout réactiver, à commencer par les impôts." Ce qui a donné lieu à un échange lunaire.

Avec les impôts, Benjamin Brière souhaite "repartir de zéro" et recommencer ses déclarations. "On m'a demandé pourquoi je n'avais rien déclaré depuis quatre ans. J'ai expliqué que j'étais en prison, que je n'avais pas pu le faire. Ce à quoi l'agente des impôts me dit que même en prison, on fait sa déclaration… Oui enfin moi j'étais dans une prison iranienne : 'Dans ce cas, votre famille aurait pu le faire', m'a-t-on répondu."
Problème : "La première année de détention, je n'ai pas pu dire un mot à ma famille et la deuxième année, j'avais un quart d'heure de téléphone toutes les quatre à six semaines. Autant dire que les impôts, c'était loin d'être ma priorité." Au final, Benjamin Brière a pu reprendre ses déclarations lors de l'année suivante. Mais ces batailles contre l'administration ne faisaient que commencer.
Une fois ces démarches faites avec le fisc, il se tourne vers France Travail (à l'époque Pôle emploi). C'est qu'à son retour au pays, Benjamin Brière est en manque cruel d'argent. Il se retrouve sans rien pour "vivre, manger, se loger" et payer ses séances de psy (plus de 500 euros par mois). Il est contraint de demander de l'argent à ses parents et vit un temps sur le canapé de sa mère. Heureusement, Benjamin se souvient qu'il lui reste huit mois d'indemnisation chômage. Il devra remuer ciel et terre pour les toucher.
A son retour, il n'est pas considéré comme étant au chômage, ni en arrêt maladie et Pôle emploi Lyon lui annonce qu'il n'a pas le droit à ses indemnités parce qu'il a mis trop de temps à les réclamer.
Débute alors une bataille de plusieurs mois. Il saisit le médiateur régional, qui refuse de lui ouvrir ses droits après des semaines de délibération et se tourne vers le médiateur national, qui rejette également sa demande. "J'étais prêt à aller camper devant le ministère du Travail", lâche Benjamin Brière.
C'est grâce à un coup de chance qu'il pourra toucher ses 8 000 euros d'indemnités. Grâce à un contact dans l'industrie du spectacle, Benjamin Brière s'entretient avec Eric Bothorel, député des Côtes-d'Armor. Pour débloquer ses droits au chômage, le député appelle directement le ministre du Travail de l'époque.
"Dès le lendemain, la directrice du Pôle emploi Lyon m'appelle : mes droits ont été réactivés." Heureux de la situation, Benjamin Brière n'en est pas moins gêné. "Je me sentais un peu honteux d'avoir dû déranger un ministre pour seulement huit mois de chômage à 1 000 euros par mois."
Ces deux situations résument parfaitement les batailles que doivent mener les anciens otages français, batailles qui démarrent évidemment pendant la détention : "Pour obtenir libération, il faut avancer beaucoup, beaucoup de frais, confie Benjamin Brière. Il faut engager des avocats parce que l'Etat français exige que la famille joue le jeu de la justice locale, ce qui génère des milliers d'euros de frais".
Parfois, un membre de la famille doit mettre sa vie en pause "pour s'occuper de votre cas, vous faire connaître dans la presse, défendre votre dossier auprès du ministère des Affaires étrangères. Mais après un an ou deux ans, comment peuvent-ils continuer, avec quels moyens ?" L'Etat a déjà demandé à certains otages ou à leur famille de payer les billets d'avion pour leur retour sur le territoire.
Pour améliorer la situation des anciens otages en France, Benjamin Brière et l'association SOS Otages souhaitent voir créer un statut juridique spécifique clair. Dans le même temps, ils souhaitent voir la mise en place d'une allocation spécifique pour permettre aux anciens otages de manger, se loger et vivre le temps de leur réinsertion, sans dépendre des proches ou des droits au chômage. Un combat long, éreintant, que Benjamin Brière mène depuis de longs mois.
"Si je continue, ce combat va devenir toute ma vie. Est-ce que j'en ai vraiment envie ?" Il ajoute : "Manger, boire et dormir 'otage', ce n'est pas bon. A un moment, ça va me péter à la tronche."