Freelance, l'anti-héros de l'économie digitale

La montée en puissance du freelancing répond souvent au besoin de donner un vrai sens à son travail, mais aussi de trouver un équilibre entre sa vie personnelle et professionnelle. Mais quelle est la part de réalité dans ce fantasme de liberté ?

Qui n’a jamais rêvé de devenir freelance devant l’abondance de témoignages partagés sur les réseaux sociaux, allant d’une photographie d’un coworking avec vue sur les rizières à Bali, à un retour d’expérience d’un énième consultant devenu “free” car “il a tout compris” ? 

Le freelancing est trop souvent présenté comme un choix de vie qui concilierait liberté, flexibilité et quête de sens, par opposition à un salariat froid, rigide, et hiérarchique. Cette vision sans nuance, projetée sur Instagram et Facebook, cache une réelle (r)évolution du marché du travail, dont les défis sociaux et humains sont bien plus profonds.

Un désir indéniable de trouver un équilibre entre vie personnelle et professionnelle

Le freelancing est l’une des manifestations les plus visibles d’un désir indéniable d’une nouvelle génération : être autonome et trouver un sens à sa vie professionnelle. Avec l’aide des nouvelles technologies (haut débit, ordinateurs portables, plateformes de mises en relations, formations en ligne), une communauté entière s’est constituée et a sauté le pas : se mettre à son compte.

Devenir travailleur indépendant n’est, toutefois, pas la seule option et les entreprises ont été promptes à réagir : plan de rotation de postes pour les hauts potentiels, importance de l’onboarding, bienveillance au travail via les célèbres Chief Happiness Officers, renouvellement des strates hiérarchiques… l’Entreprise avec un E prend un tournant pour conserver la motivation de ses employés et répondre à leurs aspirations.

Le freelance : un (anti) héros du quotidien ?

Le freelancing regroupe des réalités différentes, la plus visible étant celle du “développeur star” sur-sollicité par la communauté de start-up. N’oublions pas, à l’extrême inverse, le livreur, le chauffeur Uber, ou le graphiste basé dans un village, qui peine à développer son réseau et souffre de l’isolement social.

Certains montent leur structure par foi, quand d’autres subissent la situation et optent pour cette voie après une longue période de chômage. Ceux qui ont sauté le pas ont choisi de se lancer sans les filets de sécurité du salariat (revenus réguliers, protection sociale, garantie d’interactions sociales quotidiennes…) et font face à des défis quotidiens : trouver et conserver ses clients, gérer sa structure d’un point de vue administratif et financier, se former en continu pour rester compétitif.
Est-ce alors plus simple de trouver le fameux équilibre vie privée / vie professionnelle en travaillant jour et nuit pour se faire connaître, ou en rentrant retrouver sa famille en début de soirée, avec la sérénité de toucher son salaire en fin de mois ?

La réalité du freelancing

Le freelancing n’est donc pas une option parfaite, qui résoudrait miraculeusement des aspirations personnelles et des contraintes économiques parfois contradictoires. Être freelance continuera de faire rêver, à raison. Toutefois, il est primordial, et du devoir de chacun, freelance ou salarié, de peindre un portrait plus réaliste : pour mieux renseigner les candidats au freelancing et pour rendre hommage aux batailles quotidiennes menées par les indépendants, sans qui les entreprises n’auraient pas été poussées à renouveler leurs méthodes de management et leur état d’esprit.

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