Avec l'avènement de l'IA, l'âge d'or des soft skills

Lefebvre Dalloz Compétences

Les conséquences de " la révolution de l'IA " sur le marché du travail. A l'inverse des préconçus, l'essor de l'IA se traduit en entreprise par une valorisation de plus en plus forte des soft skills.

Les conséquences de « la révolution de l’IA » sur le marché du travail ne cessent de bousculer les préconçus. Parmi celles qui peuvent sembler contre-intuitives, l’accélération du développement des « softs skills », habituellement traduites par « compétences douces » alors que l’on devrait plutôt parler « d’habiletés sociocognitives » comme le suggère la terminologie de l’Afnor. Parmi celles-ci, on peut notamment citer la communication, la gestion du stress ou encore l’intelligence émotionnelle et l’adaptabilité.

C’est en effet ce que montre la 6ème édition du baromètre soft skills de Lefebvre Dalloz Compétences[1]. En 2025, 65 % des répondants envisagent de former ou de recommander de former un ou des collaborateurs aux soft skills dans l’année à venir, dont 17 % « impérativement », soit 14 points de plus que l’an passé. Or, l’essor de l’intelligence artificielle est cité comme première raison liée à la volonté de former à ces compétences.

Si l’on pouvait penser que l’avènement de l’IA irait de pair avec une « technicisation » de l’organisation, c’est le contraire qui est vrai et c’est ce que comprennent les entreprises. En effet, se saisir intelligemment des outils IA requiert du capital humain avec des compétences indispensables comme l’adaptabilité pour accompagner le changement.

Plus encore, l’intégration d’outils IA entraîne un recentrage des activités des entreprises sur leur cœur de métier et sur ce qui fait leur spécificité, la dimension humaine. Si la dimension humaine a toujours joué un rôle majeur dans le développement professionnel d’un individu, elle doit désormais être intégrée comme une compétence indispensable pour tous les collaborateurs.

À cela s’ajoute que face aux défis auxquels est confrontée la société comme la montée des incertitudes économiques et géostratégiques, les soft skills sont vécues comme particulièrement nécessaires par les dirigeants. Et pour cause, disposer d’habilités sociocognitives est indispensable pour naviguer dans l’incertain et être à même de mener les transformations nécessaires aux organisations.

Au-delà de la volonté de former à ces compétences, c’est également la perception même des soft skills qui évolue au sein de l’entreprise. Longtemps associées à des compétences relationnelles parfois indissociables des traits de caractère et donc difficiles à évaluer, la gamme des compétences associées aux soft skills s’est étendue. Ainsi, lorsque l’on parle de soft skills, les compétences émotionnelles et relationnelles restent les premières catégories de compétences qui leur sont associées par 79% et 73% des répondants, mais elles sont désormais complétées par les compétences cognitives et conceptuelles à 64% et 58%.

Autrement dit, les soft skills ne sont plus seulement perçues comme liées à la sensibilité et au relationnel, mais aussi à l’intellect. Ce sont des compétences opérationnelles, véritables leviers de performance et de compétitivité pour l’entreprise. C’est un changement de prisme majeur. Et qui dit « vraies » compétences implique « vraie » formation tout au long du parcours professionnel. Les grandes entreprises sont les premières à s’être emparées de ce sujet et la propension à former aux soft skills et à l’IA augmente avec la taille de l’entreprise.

Alors que la conjoncture semble s’inverser, il apparaît que les soft skills et la nécessité d’y former ses collaborateurs ne sont pas remises en cause, bien au contraire. Avant le budget, les freins cités au développement des soft skills en entreprise sont le manque de disponibilité des collaborateurs, le manque de conviction managériale ou de la direction ainsi que le manque d’appétence des équipes.

Un constat qui rappelle que le chemin est encore long pour faire accepter que les soft skills sont au cœur de l’arsenal des compétences à valoriser en entreprise et non pas un « plus » ou un luxe. Une réalité encore plus vraie en temps de crise.

[1] Baromètre élaboré à partir d’une enquête en ligne menée auprès de 553 personnes travaillant dans des entreprises privées, entre le 2 juin et le 31 août 2025.