Lors d'une succession, l'épineuse question du partage de l'héritage revient systématiquement. Les héritiers doivent se répartir le patrimoine financier et immobilier légué par le défunt et s'acquitter des éventuels droits de succession. Mais comment fait-on lorsqu'il n'y a pas d'héritiers connus, c'est-à-dire pas d'héritiers légaux ou désignés par un testament ? "Contrairement à ce que l'on pourrait croire, cette situation est assez fréquente", constate Elisa Aubert, notaire et directrice générale de la start-up Clésame.
"Entre les adultes qui meurent sans avoir eu d'enfants, les descendants qui partent vivre à l'étranger, des frères et sœurs qui ne se parlent plus, des cousins/cousines qui ne se connaissent pas, la complexité des familles recomposées, les changements de noms de famille… il n'est pas toujours évident pour un notaire de retrouver les héritiers d'une personne décédée", explique Elisa Aubert. "Chaque année, près de 200 millions d'euros d'héritage ne sont pas réclamés par les ayants droit", précise la notaire.
Lorsque le défunt n'a aucun héritier connu, le notaire chargé de sa succession peut alors décider de passer par un généalogiste successoral. Son rôle : retracer l'arbre généalogique de la personne décédée pour identifier tous les bénéficiaires potentiels de la succession. Ce travail d'enquête permet donc de retrouver des héritiers "oubliés". "Cela mène souvent à des situations cocasses où nous contactons une personne pour lui apprendre qu'elle peut toucher l'héritage (parfois colossal) d'un parent éloigné qu'elle connait à peine, voire pas du tout", indique Julien Llorca, président de Guénifey, une entreprise spécialisée dans la généalogie successorale.
"J'ai été confronté à une situation similaire il y a peu", se souvient le président de Guénifey. En 2024, à Castillonnès dans le Lot-et-Garonne, Paul Narce, un octogénaire en situation de handicap, est décédé dans l'Ehpad dans lequel il résidait. A priori, le défunt n'avait pas d'héritier connu : pas de descendants, pas d'ascendants, pas de frères ni de sœurs. "La succession n'était pas très élevée : une maison valant moins de 120 000 euros et un peu d'argent sur un compte en banque", détaille Julien Llorca.
Cependant, quelques jours après le décès, le notaire en charge de la succession a reçu l'appel d'un commissaire-priseur qui avait l'habitude d'envoyer ses catalogues de ventes à Paul Narce. Le spécialiste des enchères a demandé au notaire ce qu'il était advenu de la collection de pièces de monsieur Narce. "Ne sachant pas de quoi le commissaire-priseur parlait, nous avons longuement fouillé toute la maison de Paul Narce et sommes tombés, au milieu d'un débarras, sur un coffre scellé", se remémore le président de Guénifey.
Ce coffre renfermait un véritable trésor : des centaines de pièces de monnaie soigneusement étiquetées, certaines datant de l'Antiquité, du Moyen Âge, de la Renaissance ou du XXᵉ siècle. Dans ce coffre, il y avait également 172 pièces de 20 francs or, ainsi qu'une pièce, frappée en seulement 40 exemplaires à l'occasion de l'exposition universelle de 1889 à Paris, qui valait à elle seule 20 500 euros. Le butin du numismate a été vendu aux enchères pour une valeur totale de 2,5 millions d'euros.
Après avoir mené une étude généalogique, Julien Llorca et les équipes de Guénifey ont pu retrouver 9 cousins et cousines de Paul Narce. "Ces cousins au 5ᵉ degré, dont certains ignoraient même l'existence du défunt, ont alors tous été déclarés éligibles à toucher une partie de la succession", indique Julien Llorca. Une succession à plusieurs millions d'euros.