Plus grand que l'Europe, ce continent englouti s'étend sous le sol français : il abrite des espèces inconnues
Dix fois la taille de l'Hexagone, plus grand encore que la surface de l'Union européenne : un morceau de la Terre intrigue la communauté scientifique depuis le XIXe siècle. Malgré cela, il a fallu attendre 2017 pour qu'une étude en apporte pleinement les arguments scientifiques : le monde compte un nouveau continent du nom de Zealandia.
Situé dans l'hémisphère sud, au large de l'Australie, Zealandia mesure 5,37 millions de kilomètres carrés. S'il a fallu autant de temps pour mettre au jour ce territoire, c'est parce que Zealandia est un continent immergé à 95%. La Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Zélande sont les principales terres émergées de ce continent. D'où le fait que Zealandia porte également le nom de Te Riu-a-Māui, en langue māori, peuple indigène polynésien.
"J'ai mené une carrière de recherche de quatre décennies, et ce n'est que récemment que nous avons réuni une grande partie des preuves définissant Te Riu-a-Māui / Zealandia comme un continent, notamment grâce à de nouveaux outils comme les données satellitaires et les données de géologie marine", s'enthousiasme le géologue Nick Mortimer. Reste qu'encore aujourd'hui Zealandia n'a pas livré tous ses secrets.

Car le continent ne fascine pas que pour sa géologie : ses abysses abritent une biodiversité d'une richesse insoupçonnée. En 2024, une exploration à 4 800 mètres sous la surface a offert aux chercheurs un spectacle saisissant. Là où l'obscurité et la pression semblent, à première vue, condamner toute forme de vie, les scientifiques ont répertorié près d'une centaine d'espèces marines nouvelles ou potentiellement nouvelles : des dizaines de mollusques, de nouveaux coraux, ainsi que trois nouvelles espèces de poissons. Parmi ces découvertes, l'une a particulièrement intrigué les chercheurs.
Un spécimen inconnu a été remonté des profondeurs. Les chercheurs ont d'abord pris cet animal pour une étoile de mer, puis une anémone, avant de comprendre qu'il n'était ni l'un ni l'autre. Pendant un temps, les chercheurs ont pensé qu'il s'agissait d'un animal issu d'un groupe entièrement inconnu de la science, soit une découverte majeure. L'animal est finalement identifié, c'est une ascidie, déjà connu de la science mais jamais documenté auparavant dans les eaux néo-zélandaises.
Zealandia étant immergé à 95%, sa "découverte" n'a pas été le fruit d'une exploration maritime classique, mais plutôt d'une longue enquête menée au fond des océans. Dans les années 1990, les scientifiques ont pu étudier les roches sous-marines. Carottages, forages, études d'îles isolées : plus d'une cinquantaine de sites ont été passés au crible.
Résultat : là où l'on aurait pu s'attendre à trouver des roches caractéristiques des planchers océaniques, les chercheurs ont remonté des granites, des schistes, des grès, autant d'éléments typiques d'une croûte continentale. Les scientifiques ont ensuite pu relier ces roches sous-marines aux roches terrestres trouvées en Nouvelle-Zélande et en Nouvelle-Calédonie, prouvant qu'il s'agissait bien du même ensemble géologique.