Le conducteur avait pourtant bien fait les choses. Depuis l'achat de sa Peugeot 5008 en 2019, il faisait entretenir son véhicule chaque année avec sérieux et lorsqu'un problème survient en 2022, c'est vers un garage agréé Peugeot qu'il se tourne. Il est alors loin d'imaginer que cette intervention va revenir le hanter trois ans plus tard.
A l'été 2025, alors qu'il roule sur l'autoroute, sa Peugeot 5008 tousse, puis s'arrête net. Le moteur est touché. La Peugeot familiale, équipée d'un moteur BlueHDi, est remorquée et finit au garage. Difficile d'imaginer qu'un objet oublié sous le capot par un garagiste trois ans plus tôt est à l'origine de la panne.
"En ouvrant le moteur, le mécanicien est tombé sur un morceau entier des restes d'une chaîne de distribution", raconte Matthieu Bertrand Neuser, juriste au sein de l'association Adéic. Ce morceau de métal n'avait rien à faire là. Comment a-t-il pu atterrir dans le moteur ? Le conducteur fait rapidement le lien.
En 2022, suite à un premier défaut moteur, sa Peugeot était passée entre les mains d'un garage agréé Peugeot. Une chaîne de distribution avait alors été remplacée. Problème : en refermant le moteur, le garagiste a dû oublier d'en retirer un morceau. Pendant tout ce temps et malgré des contrôles réguliers, ce bout de métal avait voyagé en silence à l'intérieur du bloc.
"Des erreurs de garagistes, on en voit passer au sein de notre association. Mais là, quand j'ai vu le dossier, je me suis dit que c'était quand même incroyable. Un morceau de chaîne de distribution laissé dans un moteur pendant trois ans, ça ne s'invente pas", affirme Matthieu Bertrand Neuser.
Mais la pilule est difficile à avaler. En plus de la frayeur sur l'autoroute, le conducteur se retrouve avec une facture de diagnostic de 753 euros à régler, une addition salée pour une erreur qui n'est pas la sienne. Il se retourne vers le garage Peugeot, seul professionnel à avoir touché à sa chaîne de distribution, pour obtenir réparation. Mais le garage fait la sourde oreille. C'est le début d'un bras de fer qui va durer plusieurs semaines.
Dans l'impasse, le conducteur se tourne vers l'association de consommateurs Adéic, et c'est Matthieu Bertrand Neuser qui gérera son dossier. L'association reprend tout depuis le début. Elle rassemble l'ensemble des factures depuis l'achat du véhicule en 2019 et l'Adéic adresse à son tour une mise en demeure au garage (de son côté le conducteur avait déjà adressé une mise en demeure, restée sans réponse, ndlr).
Le document de l'Adéic s'appuie aussi sur plusieurs arrêts de la Cour de cassation. Cette jurisprudence permet de soulever un point essentiel : "Dès lors que des désordres surviennent après l'intervention d'un garagiste, sa responsabilité est présumée et c'est à lui de prouver qu'il n'a pas commis de faute", résume Matthieu Bertrand Neuser. Le garage Peugeot n'avait pas d'argument. Quelques semaines après la réception du courrier, le garage accepte de régler la facture de diagnostic, de rapatrier le véhicule et d'effectuer les réparations nécessaires.
Les conditions de la réparation ont également été encadrées par l'association. Dans sa mise en demeure, l'Adéic n'a pas seulement exigé le remboursement du diagnostic et la prise en charge des réparations, mais elle a aussi anticipé des frais annexes. "On avait bien précisé que le garage Peugeot devrait couvrir tous les frais nécessaires à la réparation, y compris les frais de gardiennage", explique Matthieu Bertrand Neuser. Un détail qui peut sembler anodin, mais qui ne l'est pas.
Tant qu'un véhicule reste immobilisé dans un garage, des frais de gardiennage peuvent s'accumuler. "Lorsqu'on est en droit de le faire, il faut demander au garagiste de prendre en charge ces frais et de ne pas vous les facturer", précise Matthieu Bertrand Neuser. Une manière de plus d'éviter de payer pour une erreur que l'on n'a pas commise.