Parier 10 euros sur une victoire de la France ou 50 sur un doublé de Mbappé peut vous faire perdre beaucoup plus que votre mise. Car les banques surveillent ces transactions de près, au moment d'étudier un dossier de prêt immobilier.

"Lorsque vient la demande de crédit, les banques vont analyser les revenus, l'épargne, le taux d'endettement ainsi que les incidents de paiement", explique Olivier Torjman, ancien banquier et aujourd'hui courtier chez Vous Financer. Mais parmi tous les éléments étudiés, l'un est presque systématiquement bloquant : les paris sportifs.

Parier sur le football, les courses hippiques ou tout autre sport, "c'est un facteur de risque pour les banques et peut être un motif de refus à lui seul, sauf cas très particuliers", précise Olivier Torjman. "Lorsque j'ai commencé ce métier, l'une des premières choses que j'ai apprises, c'est 'attention aux paris sportifs'."

C'est avant tout la récurrence des dépenses de jeu qui alerte les banques, quelle que soit la somme. "Une personne qui dépense par exemple 50 à 60 euros tous les mois dans les jeux, cela peut être bloquant si elle n'a pas, en face, des revenus très importants. Par exemple, si une personne dépense 200 euros par mois mais qu'elle exerce une profession médicale libérale, la profession préférée des banquiers, la banque ne l'embêtera pas."

Olivier Torjman se veut rassurant : "Si une personne joue une seule fois une petite somme (comme un pari de 10 euros) pour s'amuser pendant la compétition, ce n'est pas considéré comme grave par les banques." Pour défendre son client, le courtier peut même s'appuyer sur des relevés de compte plus anciens pour "prouver à la banque qu'il s'agissait d'une dépense ponctuelle" liée à l'événement, et que le client n'a pas continué à jouer par la suite.

Reste qu'un achat immobilier se prépare en amont. Comme les établissements bancaires demandent l'analyse des trois derniers mois complets de relevés de compte, il peut être intéressant d'arrêter totalement les dépenses liées aux jeux d'argent au minimum quatre mois avant d'effectuer la demande de prêt, afin de garantir une période d'abstinence visible sur les documents fournis.

Un conseil d'autant plus difficile à suivre que chaque compétition fait un carton chez les parieurs. 177 000 nouveaux joueurs ont ouvert un compte en ligne lors du Mondial 2022. Ils étaient 232 000 nouveaux en 2018. Un engouement qui présente un risque : les paris sportifs combinent argent, accessibilité permanente et potentiel addictif, regrette l'Association de recherche et de prévention des excès du jeu (Arpej). Son directeur général, Emmanuel Benoit, note que "le joueur se retrouve piégé lorsqu'il pense qu'il va pouvoir récupérer ses pertes et se refaire, ce qui est une illusion". Lors de la Coupe du monde 2022, 70% de ces comptes joueurs affichent un bilan négatif, selon les chiffres de l'Autorité nationale des jeux.