Nous sommes un samedi matin, le téléphone de Volny Moget se met à vibrer. A 44 ans, ce chef de projet numérique déverrouille son écran et constate qu'il a été contacté sur Linkedin par un recruteur américain. "A sa photo, c'est un homme d'une cinquantaine d'années avec des lunettes et les cheveux en bataille. Il avait plusieurs expériences sur son profil, rien d'anormal", observe Volny. Les deux hommes commencent à échanger en anglais. 

Le recruteur se dit mandaté par une société américaine peu connue. Il cherche des profils correspondant à un poste de consultant en analyse et organisations. "Il me dit que c'est un poste en distanciel depuis la France avec un CDI de droit français et une fourchette salariale entre 35 000 et 50 000 euros bruts annuels. Tout était cohérent et paraissait plausible", confie Volny qui ajoute toutefois que le chasseur de tête semblait pressé de boucler l'affaire.

Une fois l'intérêt réciproque établi, le recruteur demande à Volny un CV à jour. "On venait de parler de mes compétences, mais je me suis dit qu'il avait besoin de les formaliser auprès de l'entreprise. Là encore, ça paraissait logique", ajoute le quadragénaire. Ni une ni deux, il s’exécute et fournit le curriculum vitæ au chasseur de tête. 

Malgré le déroulement parfait de l'opération, quelques détails titillent Volny. "Il voulait vraiment aller vite alors que nous étions un samedi matin, et surtout, il affirmait qu'il ne pouvait pas donner le nom de la société pour laquelle il voulait me recruter en évoquant des raisons de confidentialité", décrit le chef de projet numérique. Suspicieux, Volny se tourne vers Gemini, l'intelligence artificielle de Google.

Il décrit précisément toutes les étapes de son échange avec le recruteur. Et là, l'IA le prévient. "Gemini m'a averti en m'indiquant qu'il s'agissait très probablement d'une arnaque et qu'on allait maintenant me demander de l'argent pour continuer le processus de recrutement", raconte Volny. Quelques secondes plus tard, la prédiction de Gemini se confirme. 

"Le recruteur voulait maintenant que je remplisse mes qualifications dans un tableau qui serait soumis à l'entreprise. En plus du CV et de nos échanges, ça me semblait vraiment bizarre, c'était de trop. Et au moment où j'ai ouvert le tableau pour voir ce qu'il en était, on m'a demandé de payer 50 euros pour postuler", révèle le chef de projet. 

Refusant de payer, il interroge le chasseur de tête qui lui confie que cet argent sera remboursé au moment du recrutement et qu'il n'a pas à s'inquiéter car son profil correspond parfaitement à ce que recherche l'obscure entreprise. Volny refuse d'aller plus loin et signale le chasseur de tête à LinkedIn. Son profil a depuis été désactivé sans laisser de trace.