Tristement célèbre, l'arnaque au faux conseiller bancaire fait des ravages depuis plusieurs années en France. Sa fréquence a bondi de 34% rien qu'en 2025, selon l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement de la Banque de France. Le mode opératoire est désormais bien connu : un escroc contacte un particulier par téléphone en se faisant passer pour un employé de sa banque et en le mettant en garde contre une tentative de piratage sur son compte bancaire. Il manipule ensuite la victime pour qu'elle communique ses codes secrets ou valide un virement frauduleux.
Une fois le compte en banque siphonné par le faux conseiller, la victime se tourne généralement vers sa banque pour demander le remboursement des sommes dérobées. Mais souvent la banque refuse, invoquant une "négligence grave" de la part du client. S'ensuit alors une longue bataille, parfois judiciaire, opposant l'établissement bancaire et son client pour déterminer s'il peut y avoir ou non indemnisation du préjudice. Les tribunaux sont maintenant remplis de ce genre d'affaires.
Néanmoins, un récent litige opposant une cliente à sa banque a apporté une nouveauté en la matière. Les faits remontent au 17 novembre 2023. Ce jour-là, Vanessa (le nom a été modifié) reçoit un appel téléphonique d'un individu se présentant comme un conseiller de sa banque, la BNP Paribas. L'escroc l'a alertée sur un prétendu paiement frauduleux effectué depuis son compte courant. Vanessa ne se méfie de rien car le numéro affiché sur son téléphone est bien le numéro officiel de la BNP Paribas.
Suivant les instructions de son interlocuteur, Vanessa divulgue le mot de passe et le code secret de son espace client. 3 jours plus tard, le 20 novembre, elle a découvert que deux virements frauduleux avaient été réalisés depuis son compte, pour des montants de 8 296 et 565 euros. Le 30 novembre 2023, Vanessa a demandé par courrier le remboursement de ces sommes à BNP Paribas, mais la banque a refusé sa demande le 15 décembre suivant. Face à ce refus, la cliente a décidé d'assigner sa banque devant le tribunal judiciaire de Paris le 6 septembre 2024.
Seulement la procédure a pris un tour inattendu lorsque BNP Paribas a elle-même assigné en justice Bouygues Telecom, l'opérateur téléphonique de Vanessa. Selon la banque, si Vanessa a été dupée, c'est avant tout parce que Bouygues Telecom n'a pas bloqué un appel frauduleux qui usurpait le numéro officiel de la BNP Paribas.
Un argument retenu par les juges qui ont rappelé que la loi Naegelen impose aux opérateurs de mettre en place un système d'authentification des numéros. Selon les magistrats, Bouygues Telecom aurait dû détecter que le numéro de BNP Paribas avait été usurpé et bloquer l'appel.
Dans sa décision, rendue le 15 janvier 2026, le tribunal judiciaire de Paris a condamné la BNP Paribas à rembourser à Vanessa les 8 661 euros subtilisés, avec les intérêts. La banque a également été condamnée à verser 2 000 euros à sa cliente au titre des frais de procédure. Cependant, le tribunal a également condamné Bouygues Telecom à garantir BNP Paribas de sa condamnation, ce qui signifie que l'opérateur doit rembourser à la banque les sommes qu'elle a été contrainte de verser à Vanessa.