François Béharel (Randstad) "2 300 candidats présélectionnés par notre chatbot ont été positionnés sur des offres d'emploi"

Le président de Randstad France se félicite de la digitalisation de son groupe mais alerte sur les promesses alléchantes des start-up des ressources humaines, notamment en matière de recrutement.

JDN. En février, vous avez lancé au plan national le chatbot Randy, qui permet de présélectionner des candidats à l'emploi via une série de tests. Comment l'avez-vous conçu ?

Frabçois Béharel, président du groupe Randstad France. © Ranstad

François Béharel. Randstad s'est associé, et est même devenu actionnaire d'Illuin Technology, une société de conseil spécialisée dans l'intelligence artificielle. Nous avions le sentiment que dans ce domaine, nous allions toucher nos limites. Illuin Technology a conçu la brique d'IA qu'intègre Randy. Ce chatbot était en phase de test l'année dernière et il a effectivement été lancé au plan national il y a quelques semaines.

Le but est donc de préparer le recrutement en agence ?

L'idée était d'avoir un nouveau canal de prérecrutement qui permette d'offrir une expérience candidat inédite et complémentaire de celle de nos agences afin d'attirer de nouveaux profils. C'est un chatbot apprenant : plus il discute avec des candidats, plus il améliore ses réponses. Il est capable d'évaluer les compétences, les hard et les soft skills. Et ce, sans donner de CV. Notre stratégie est basée sur le tech and touch. C'est-à-dire qu'à la fin, on classe les candidats selon nos besoins et on les envoie à nos agences qui prennent le relais immédiatement pour un rendez-vous. On bascule alors dans le monde du touch, le monde réel, un consultant va recevoir le candidat pour valider définitivement sa candidature et procéder à son recrutement.

Combien de candidats ont déjà été présélectionnés pour vos clients ?

Nous avons déjà 56 000 conversations initiées pour 6 000 candidatures scorées, c'est-à-dire que nous avons considéré que ces 6 000 candidatures correspondaient à un de nos besoins assez urgents. Pour ces candidats, nous avons estimé que ça valait le coup de démarrer notre process de recrutement. Ces derniers ont été rappelés par notre réseau d'agences pour un entretien physique. Et au final, plus de 2 300 candidats ont été positionnés sur des offres d'emploi que des entreprises nous avaient confiées.

Pourquoi être passé par un chatbot ?

Il y a des gens qui cherchent un job mais ne veulent pas forcément le faire pendant leurs heures de travail. Il y a aussi ceux qui veulent être recrutés en utilisant les réseaux sociaux et ne feront pas forcément la démarche d'entrer dans une de nos agences. Ce chatbot permet donc de toucher un nouveau public. Il s'agit souvent de personnes plus jeunes, plus à l'aise avec ces environnements et que nous ne touchons pas par les canaux traditionnels. Ces personnes se disent : "Pousser la porte d'une agence de travail temporaire, c'est un peu l'ancienne économie et je n'ai pas envie de ça".

Randy n'est pas capable de présélectionner des candidats pour tous les métiers. Que se passe-t-il si un candidat postule pour un métier non inclus dans votre liste ?

Randy peut traiter 28 métiers. Mais on ne gérera jamais les quelques centaines de fonctions inscrites dans nos bases de données. Car il faut être capable de calibrer le chatbot. Nous pensons aller jusqu'à une quarantaine de métiers à terme, ce qui fait déjà plus de 80% de notre chiffre d'affaires. En phase de test, nous avons senti qu'il pouvait y avoir un côté déceptif. Les candidats étaient attirés par la conversation avec un vrai chatbot qui réagit à ce qu'on lui dit. Mais Randy pouvait leur répondre "je ne suis pas capable de traiter votre métier". Désormais, même  Randy ne peut pas traiter un métier spécifique, il le dit au candidat tout en l'orientant vers des offres d'emploi en lien avec son profil et dans son secteur. Mais nous ne traiterons jamais 100% des métiers

Extrait d'une conversation avec Randy. © Randstad

Randy fait passer des tests de personnalité pour évaluer les traits de caractère, les soft skills du candidat. Mais peut-il être aussi précis qu'un consultant en agence ?

C'est un outil de présélection. C'est ce qui fait que sur les 6 000 candidats présélectionnés par Randy, 2 300 ont été placés par notre réseau d'agence. Il y a d'autres critères comme la posture, l'attitude, l'expression… Par exemple, si on veut travailler dans un call center, c'est l'entretien avec un consultant en agence qui va permettre de voir si vous correspondez au niveau d'attente de l'offre. Randy présélectionne à partir de hard skills et des basiques de softs skills, mais le dernier mot revient au consultant.

Comment Randstad s'est digitalisé dans la gestion de ses intérimaires ?

75% de nos flux avec nos clients et candidats sont dématérialisés. L'intérimaire n'a plus besoin de passer à l'agence pour déposer son relevé d'heures puisqu'il le remplit toutes les semaines via nos applications. Et les certificats sont envoyés sur l'application mobile de l'intérimaire. Plus besoin d'envoyer sa fiche de paye par courrier, elle leur arrive sur un coffre-fort électronique.

D'une manière générale, le secteur du recrutement a-t-il été bouleversé par la digitalisation ? Les agences physiques d'intérim vont-elle être remplacées ?

Dans le monde des start-up, tout le monde explique qu'il y a une innovation géniale grâce à laquelle le chômage va disparaître. Evidemment, nous en sommes très loin. Et puis, on ne parle pas des dizaines de start-up qui travaillent sur cette promesse et qui disparaîtront. Le niveau de digitalisation de Randstad est élevé au regard du niveau moyen de notre profession et Randy est un outil extraordinaire. Mais pour l'instant, le niveau de transformation (le nombre de candidats présélectionnés par rapport au nombre de candidats ayant contacté le chatbot, ndlr) est équivalent à celui de notre réseau traditionnel. Nous ne ferons pas tout de suite notre résultat net grâce à Randy. Il existe des outils incroyablement innovants mais les start-up qui les utilisent ne publient pas leurs comptes, elles ne gagnent pas encore d'argent avec ça. L'outil peut être impressionnant d'efficacité mais sans pouvoir séduire son marché. Attention au miroir aux alouettes. Une immense part de notre résultat est réalisé parce que nous avons des consultants en agence et ça ne changera pas demain matin.

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