"Je me faisais humilier pour 600 euros par mois" : cette stagiaire a été traumatisée par sa patronne dans une entreprise de mode

"Je me faisais humilier pour 600 euros par mois" : cette stagiaire a été traumatisée par sa patronne dans une entreprise de mode Magalie pensait débuter un travail dans une entreprise parisienne. Elle y a découvert la réalité brutale d'un management tyrannique, entre missions humiliantes et conditions de travail dégradées.

C'était le rêve de Magalie (prénom d’emprunt) : rejoindre une entreprise parisienne dans la mode pour voir de l'intérieur un secteur qui la passionne. Après cinq ans d’études de gestion, elle décroche un stage de six mois dans une entreprise bien implantée.

Cette petite structure d’une dizaine de salariés a pignon sur rue et se situe dans le Ier arrondissement de la capitale, cœur vibrant du secteur de la mode parisienne. En septembre 2022, la jeune fille de 22 ans à l'époque est recrutée pour apprendre le métier de consultante.

Sur le papier, c’est le stage parfait : missions intéressantes et gros clients. Une aventure qui “claque” sur le CV de la jeune diplômée et pourrait même donner lieu à une embauche au bout des six mois, en tout cas elle “l'espère”. Mais dès son arrivée, les chefs la préviennent : lorsque la directrice sera de retour de vacances, il faudra absolument la vouvoyer et “être aux petits soins”. Magalie ne le sait pas encore, elle vient d’entrer dans une entreprise où l’humeur de la patronne conditionne la journée de travail des employés.

Sa première expérience marquante, c’était un matin, Magalie venait d’arriver au travail : “une personne s’est fait un café et a laissé tomber une goutte à côté de la machine. La directrice arrive au bureau, remarque cette tache et s’énerve. Elle nous a fait un sacré rappel à l’ordre : tout doit être immaculé dans la cuisine”. C’est le début d’une tyrannie que la jeune stagiaire va subir pendant six longs mois.

En plus de ses missions de stagiaire - faire des études de marché et démarcher de nouveaux clients - Magalie doit réaliser des “quêtes secondaires” au service de la directrice : aller faire cirer ses chaussures, livrer un colis à son domicile à l'extérieur de Paris, aller chercher son déjeuner.

“A mon arrivée, on m’a expliqué qu’il fallait tout accepter, ‘ça fait partie du job’. Problème : mes missions de stagiaire me prennent déjà toute la journée et je ne peux y déroger. Ces missions supplémentaires me faisaient perdre du temps et rentrer tard, le tout pour une indemnité de 3,90 euros de l’heure.”

A ses quêtes annexes s’ajoute une ambiance de travail franchement dégradée : forte concurrence interne, coup de sang de la cheffe et pression sur les stagiaires. Pour Magalie, un exemple lui reste en tête : “Chaque semaine nous recevions un panier de fruits à disposition des salariés. Pendant mon stage, j'étais en charge de ce panier - commande, livraison, etc.” Comme à son habitude, Magalie prévient les équipes et la directrice que le panier a été livré et qu'elles peuvent se servir. Grosse erreur.

La patronne entre alors dans une colère noire : “Elle regrettait que je ne l’aie pas prévenue avant que les fruits soient livrés, car, pour la première fois, elle voulait en faire directement cadeau à l’équipe.” La directrice n’avait jamais donné un tel ordre à Magalie auparavant. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

La directrice envoie un mail “très salé” à toute l’entreprise : Magalie ne doit plus jamais s’occuper des fruits. Face à la colère de la directrice, les chefs organisent une réunion de crise. “J’étais en pleurs au bureau. Je me suis sentie comme une moins que rien nparce qu’on m’a dit que j’étais une incapable. J’ai essayé de me justifier toute l’après-midi auprès de la directrice, mais j’étais face à un mur.”

Magalie a de toute façon vite compris que dans cette entreprise, elle n’avait “pas d’allié” : “Ma cheffe directe était tantôt gentille, tantôt d’une violence inouïe. Je voyais bien que le comportement de la directrice déteignait sur les chefs de service.”

Malgré cette ambiance, Magalie travaille beaucoup et la directrice est “assez contente” d’elle. A tel point qu'à la fin du stage, la patronne propose à Magalie de prolonger l'expérience, mais pas en stage, ni en CDI, ni même en CDD. Elle lui propose de créer une auto-entreprise et de travailler trois mois supplémentaires : sans complémentaire santé, donc, ni de remboursement de transport en commun, pour un salaire bien inférieur au SMIC. “Je me suis sentie insultée et de toute façon je ne serais pas restée”, confie Magalie au JDN.

Trois ans après cette expérience, Magalie est toujours marquée. “Pendant un an au moins, ça a été dur. Au travail, je me sentais incapable et jamais à ma place.” Aujourd’hui, elle a toujours cette petite appréhension lorsqu’elle traverse le quartier où siège l'entreprise.