PME, promoteurs, particuliers... A qui vaut-il mieux prêter ?

PME, promoteurs, particuliers... A qui vaut-il mieux prêter ? Le nombre de plateformes qui proposent aux épargnants de faire fructifier leur épargne en prêtant à des tiers a explosé ces dernières années. Mais les niveaux de risque et de rentabilité varient considérablement d'un emprunteur à l'autre.

Avec des banques moins frileuses et des taux d'intérêts bas, difficile de concurrencer les établissements bancaires sur leur principal terrain de jeu : le crédit. Pourtant, il n'est pas rare qu'un acteur économique – particulier, entrepreneur, promoteur, etc. – doive compléter un prêt bancaire par d'autres sources de financement et se tourne vers des tiers. De l'autre côté, pour un épargnant qui souhaite diversifier son portefeuille, le prêt peut se révéler attractif. Tout dépend des conditions dans lesquelles il est réalisé et, surtout, à qui il est accordé.

Le prêt aux particuliers, risqué et peu rémunérateur

Premier cas de figure, le prêt est consenti à un particulier. Il peut notamment s'agir d'un proche du créancier. "Il est conseillé de recourir à une compagnie d'assurances et de fixer un taux d'intérêt ne dépassant pas le taux d'usure, déterminé chaque année par l'Etat, de sorte que l'on ne puisse pas prendre ce prêt pour une donation déguisée", avertit Arthur Poisot, conseiller en gestion de patrimoine et membre du réseau Fiducée Gestion Privée. Le taux d'usure varie selon le type de prêt consenti, sa durée et le montant prêté. Par exemple, pour un crédit à la consommation de plus de 6 000 €, le taux d'usure en vigueur est de 5,85%. Pour un prêt immobilier à taux fixe de plus de 20 ans, il s'élève à 3,36%. Attention, il est également recommandé de prêter uniquement à quelqu'un que l'on connait bien et de rester prudent : ce type de prêts est risqué, car il met en relation un unique emprunteur et un unique prêteur qui, si le premier fait défaut, devra assumer seul l'intégralité de la perte.

"Le taux de rentabilité oscille entre 1 et 3% pour un risque encouru élevé"

Des plateformes en ligne permettent de contourner le problème en proposant aux investisseurs de mutualiser le risque en passant par des fonds commun de titrisation (pour les avertis uniquement) ou des comptes à terme - moins risqué que le fonds commun, mais moins rémunérateur - pour financer les particuliers. La plus connue, Younited, accorde des prêts à la consommation. "La prise de risque est très grande", avertit Nicolas Lesur, fondateur et dirigeant de la plateforme de financement participatif Unilend. Sans compter qu'il est difficile d'estimer un quelconque retour sur investissement, tant le taux de défaut varie d'un emprunteur à l'autre. Ainsi, bien que la plateforme communique des taux de rendements moyens, certains titres sont en moins-values, d'autres en plus-values, ce qui rend difficile la prévision du retour sur investissement. "Et même pour ceux qui sont positifs, le rendement oscille entre 1 et 3%, ce qui n'est vraiment pas très haut compte tenu du risque encouru", complète Arthur Poisot.

Prêter aux TPE et PME, une pratique en expansion

En décembre 2017, le crowdlending (ou prêt participatif) a de nouveau enregistré des performances en hausse avec près de 18 millions d'euros récoltés auprès des particuliers épargnant sur différentes plateformes. Ce qui porte à plus de 121 millions d'euros le montant total collecté en 2017. Il faut dire que ce type d'investissements a de quoi séduire :  l'emprunteur remboursant tous les mois une partie du montant prêté en plus des intérêts, le capital n'est pas entièrement immobilisé durant une période donnée. La période d'immobilisation est d'ailleurs plutôt courte – pas plus de 3 ans en règle générale – et le rendement attractif – entre 4 et 5% en moyenne, voire 9% sur certains projets. La conjoncture économique, quant à elle, ne fait que renforcer la confiance des prêteurs, le taux de défaillance des entreprises étant en baisse. Mais la prudence doit rester de mise, car le risque zéro n'existe pas. "Mieux vaut répartir la somme que l'on souhaite investir dans ce type de placements sur plusieurs projets", conseille le dirigeant d'Unilend. "Il faut adopter la stratégie du sucre en poudre et non en morceau en diversifiant son portefeuille. Ainsi, vous augmentez le taux de rentabilité global en réduisant le risque", ajoute-t-il.

Les prêts aux promoteurs immobiliers, en vogue mais prudence

"Les rendements promis sont élevés, de 6 à 10% en moyenne, mais les risques aussi"

Le crowdfunding immobilier a plus que jamais le vent en poupe : en 2017, le prêt aux promoteurs immobiliers a signé son année record avec plus de 100 millions d'euros collectés et 220 projets financés sur les plateformes de financement participatif. "Pour un prêteur, la pierre revêt toujours une dimension de sécurité forte qui le rassure", commente Nicolas Lesur. D'autant que les rendements promis sont très élevés, entre 6 et 10% en moyenne pour des durées d'immobilisation du capital courtes, entre 1 et 2 ans.

Toutefois, ce type de placements est loin d'être exempt de tout risque, comme en témoigne l'affaire Terlat, survenue en 2017, et qui a causé à certains investisseurs une perte totale en capital. "Tout d'abord, il faut se rappeler qu'avec ce type de placements, un seul secteur d'activités est concerné : l'immobilier. Tant qu'il se porte bien, il ne devrait pas y avoir de problème, mais, s'il recule, cela peut faire un effet domino sur vos investissements", prévient le dirigeant d'Unilend. Et même en situation de marché dynamique, si le programme concerné par l'opération financée ne se vend pas bien, ou si le projet n'arrive pas à terme, ou encore si la holding créée pour l'occasion fait défaut, alors c'est tout le capital du particulier qui peut être perdu. "Il faut donc investir avec parcimonie, ce qui est tout à fait possible étant donné que les tickets d'entrée démarrent à quelques centaines d'euros", précise le conseiller en gestion de patrimoine. "Pour davantage de sécurité, il faut prêter à différents projets, se renseigner sur la holding derrière l'opération et ne pas hésiter à se faire accompagner car ces placements sont souvent complexes", conclut-t-il.

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