Yves Tyrode (BPCE) "Nous avons effectué un gros travail de mise en qualité de la data"

A l'approche de la Nuit du Directeur Digital, le CDO du groupe BPCE (Banque Populaire Caisse d'Epargne) revient pour le JDN sur le chantier majeur qu'il conduit pour transformer le groupe.

JDN. Quel est votre projet le plus innovant mené en 2017 ?

Yves Tyrode, CDO de BPCE. © Greg Gonzalez/BPCE

Yves Tyrode. 2017 a été l'année de la construction du projet digital que nous voulions mettre sur pied, à la fois côté business et transformation interne. Après l'annonce de notre plan digital, en février 2017 – je suis arrivé fin 2016 – nous avons mis en place l'organisation nécessaire pour le délivrer. Nous avons aussi créé un nouveau process afin de prioriser les principales initiatives que nous voulions développer en étroite collaboration avec nos Caisses d'Epargne et nos Banques Populaires. Nous avons fait le choix de rythmer cette transformation par des saisons de six mois. Chaque semestre, nous lançons de nouvelles salves de projets, de manière à ne pas être ensevelis sous une quantité énorme d'idées que nous n'arriverions pas à concrétiser. Et pour réaliser ces projets, nous avons construit une équipe, constituée de plusieurs ensembles. A savoir une équipe de pilotage, composée d'une centaine de personnes – des product owners, UX, data scientists –une digital factory, comprenant 300 développeurs des équipes IT des Banques Populaires et Caisses d'Epargne, pour que le digital soit directement intégré à nos établissements en région. Ce dispositif est complété par un réseau de digital champions, en charge de la transformation digitale au sein de leur établissement en région ou en filiale, et un réseau de data managers, chargé de la mise en qualité des data, également au sein de chaque établissement du groupe.

Combien de temps avez-vous passé sur cette réorganisation ?

"Tous les six mois, nous lançons de nouvelles salves de projets"

C'est une organisation industrielle réalisée en moins de six mois, c'est-à-dire en un temps record par rapport à ce que j'ai pu constater dans d'autres industries. Surtout, ce dont je suis très fier, c'est que nous avons panaché les savoir-faire, les compétences au sein de notre direction digitale. Nous avons, par exemple, fait venir des experts du digital issus de mon réseau. Des personnes comme Frédéric Burtz qui était mon DGA lorsque j'étais patron de Voyages-sncf.com et qui est aujourd'hui mon adjoint. Nous avons aussi pris des personnes de l'univers de la banque, comme Vincent Schricke, le patron de la data, qui était chez Natixis. Plus de 90% des collaborateurs qu'on a intégrés dans cette organisation viennent des Caisses d'Epargne, des Banques Populaires et de Natixis.

Quelle difficulté avez-vous rencontrée dans la mise en œuvre de cette nouvelle organisation ?

"Nous avons complètement revu le processus de déploiement des produits au niveau groupe"

Notre organisation est très focalisée sur le delivery. On est allé très vite sur le développement, mais le déploiement dans toutes les Caisses d'Epargne et les Banques Populaires s'est avéré plus compliqué, notamment en raison d'informatiques privatives locales, qui faisaient que des droits restaient bloqués. Cela nous a amenés à revoir complètement le processus de déploiement au niveau groupe.

Ensuite ?

"La compliance est un sujet qui s'est avéré encore plus complexe que ce que j'imaginais"

Sur la compliance. On m'en avait beaucoup parlé, mais ça s'est avéré encore plus complexe que ce que j'imaginais. Je ne juge pas la compliance, entendons-nous bien. Il faut lutter contre le blanchiment, le terrorisme etc. Il n'y a pas de débat. La troisième difficulté est liée à la data, qui nécessite la mise en place d'un outillage assez lourd de mise en qualité. Ce n'est pas que la data soit de "mauvaise qualité", mais il faut qu'elle soit homogène dans tous les établissements. Lorsque vous faites saisir les informations par les conseillers sans système de contrôle serré, votre data n'est pas toujours optimale. Pas parce qu'ils font mal leur travail mais, parfois, ils ne voient pas l'intérêt de l'information et ne la saisissent pas correctement. Si on prend par exemple le sujet du crédit immobilier, qui peut courir sur 25 ans, la réglementation évoluant, certaines données qui n'étaient pas nécessaires le deviennent.

Qu'avez-vous fait pour remédier à ce problème ?

"Nous avons mis en place des outils de traçabilité de la data"

Nous avons créé un réseau de data managers, qui sont partout. Nous avons également un patron de la gouvernance de la data, qui m'est rattaché, et nous avons mis en place des outils de traçabilité de la data. Chaque data stratégique figure dans un dictionnaire et nous suivons la vie de la data client par client. Nous utilisons Collibra, un outil qui nous permet d'avoir une traçabilité totale de la data sur les mêmes définitions.

Quel a été votre apport au groupe BPCE depuis votre arrivée ?

"On a le droit d'utiliser des nouvelles technologies. C'est même nécessaire"

Je pense que j'ai apporté une expertise et une expérience. J'ai eu la grande chance de connaître beaucoup d'entreprises et beaucoup d'industries. J'ai toujours travaillé dans la conception de produits, mais j'ai aussi géré des business units. J'ai notamment dirigé pendant sept ans tous les produits d'Orange. Grâce à mon expérience dans le e-commerce, j'ai amené de la méthodologie très orientée client et la volonté de simplifier les choses notamment sur les parcours digitalisés. Et aussi l'idée qu'on a le droit d'utiliser des nouvelles technologies. C'est même nécessaire. Dans mon métier, je fais trois choses : de l'expérience client, des business process et de la techno. Et tout ça dans le but d'améliorer la productivité et la performance de l'entreprise. C'est ça, l'équation. Et la data est une variable de cette équation, au sens où elle nourrit les process et les parcours clients.

Résumé du projet :

  • En quoi est-il innovant ?

"Parce que nous avons transformé l'ensemble de notre banque en ligne en construisant la stratégie digitale et l'organisation digitale du groupe en même temps".

  • En quoi est-il stratégique ?

"Parce qu'il est au cœur de l'expérience du client au jour le jour et au cœur de la génération de valeur pour la banque dans les années à venir".

  • En quoi est-il transformateur ?

"Parce que ce n'est pas seulement le projet de l'équipe du digital ni le mien mais celui de la banque : des dirigeants, des conseillers... De tous les métiers de la banque et donc du risque, de la conformité, de la finance, de l'IT… Ça touche absolument tout le monde".

  • En quoi est-il accélérateur ?

"Parce qu'on n'a pas le choix. Parce que le terrain, les utilisateurs, c'est-à-dire les clients et les collaborateurs, le demandent".

Le JDN propose pour la quatrième année consécutive le 19 juin prochain un événement destiné à récompenser les meilleurs chief digital officers de France. Pour en savoir plus : la Nuit du Directeur Digital.

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