Piégé par une clause de sa location auto, il obtient un arrêt de cassation historique contre son obligation de réparation
Victoire juridique : la Cour de cassation juge abusive la clause forçant le locataire à certifier l'état mécanique d'un véhicule. Une protection vitale contre les pannes.
Cette mésaventure aurait pu arriver à n'importe quel automobiliste. Fort heureusement, cet arrêt de la Cour de cassation vous met désormais à l'abri. Pour tout comprendre, il faut remonter au 7 mai 2020, lorsqu'un conducteur originaire du sud-ouest conclut un contrat de locationde voiture avec la société Magi. Le bail, d'une durée de 10 mois, incluait une clause de reconnaissance de l'état du bien. Comprenez que l'automobiliste reconnaissait le bon état de la voiture qu'il louait. En apposant sa signature, le particulier acceptait cette disposition contractuelle. Malheureusement pour lui, elle va se transformer en piège juridique.
Quelques semaines après la location, le véhicule subit une avarie mécanique importante. La Cour de cassation précise dans sa décision qu'au moment où la voiture a été louée, les vices étaient non apparents. Concrètement, rien ne laissait présager que la voiture avait un problème. Il était impossible pour l'automobiliste de déceler ce défaut interne à l'œil nu. Malgré l'existence de ce vice caché, le conducteur se retrouve piégé par les clauses du contrat de location. Il est contraint de payer les réparations sous peine de perdre sa caution. Il débute alors un bras de fer juridique avec la société Magi estimant ne pas être responsable de la panne.
Le 2 juillet 2020, la société assigne le locataire en justice pour obtenir le paiement des réparations. De son côté, l'automobiliste fait trois demandes majeures. Il réclame l'annulation du contrat de location initialement conclu pour 10 mois ainsi que le paiement de 7 700 euros de dommages et intérêts. Enfin, il conteste la validité de la clause du contrat de location dans laquelle il a reconnu que le véhicule était dans un "état satisfaisant aux conditions imposées par le code de la route". Pour lui, cette clause l'obligeait à accepter l'état du véhicule sans réellement connaître son état. Estimant avoir été abusé, il réclame la nullité du contrat.

Après une défaite en première instance, l'automobiliste se heurte à la cour d'appel de Bordeaux le 15 mai 2023. Les magistrats estiment que le client devait examiner le véhicule et que rien ne lui interdisait d'appeler un mécanicien pour s'assurer que tout était en état de marche en cas de doutes. De plus, le conducteur n'a aucune preuve que la société est responsable de la panne. Le juge ajoute que la société de location l'avait mis en garde et que par conséquent le client n'avait rien lui à reprocher.
L'automobiliste refuse d'entendre ces arguments et forme un pourvoi en cassation. La Haute juridiction rend sa décision finale le 17 décembre 2025. Elle casse partiellement la décision de la cour d'appel estimant qu'il y a un déséquilibre majeur entre le locataire et la société. Elle estime qu'une clause sur "l'état satisfaisant" du véhicule loué implique de ne pas reprocher à l'automobiliste les pannes éventuelles. La Cour de cassation juge disproportionné que le consommateur doive contrôler la mécanique d'un véhicule au moment de le louer.
Avec ce raisonnement juridique, la Haute juridiction rend un verdict avec la volonté de protéger les locataires de véhicule. Elle déclare la clause "non écrite", ce qui signifie qu'elle disparaît du contrat comme si elle n'avait jamais existé. Elle va plus loin en inscrivant cette pratique sur la "liste noire" des clauses abusives prévue par l'article R.212-1 du Code de la consommation. Ce précédent protège désormais tous les usagers de la route : le loueur ne peut plus transférer la charge des vices de maintenance sur le client. Une décision qui garantit une location plus sereine pour les locataires de véhicules.