Gaspard G (Créateur de contenu) "Gaspard G aujourd'hui, c'est 1 million d'euros de chiffre d'affaires annuel, en hausse de 100% comparé à 2024"

Le youtubeur Gaspard G multiplie les collaborations avec les médias traditionnels, dont TF1, avec qui il coproduit des interviews en vue de la présidentielle et dont la première diffusion, avec Jean-Luc Mélenchon, est imminente.

JDN. Le youtubeur Gaspard G, c’est aujourd’hui une boîte de production employant une dizaine de personnes. Comment expliquez-vous votre développement ?

Gaspar G. © Gaspard G.

Gaspard G. Dix salariés m’accompagnent en effet, 18 en équivalent temps plein parce que je travaille aussi avec des pigistes et des indépendants. Mon développement s’est fait de manière très progressive : j’ai commencé à embaucher il y a cinq ans, alors que ma chaîne YouTube est active depuis 2013. Aujourd’hui, sur Gaspard G, on gagne entre 20 000 et 30 000 nouveaux abonnés par mois, une croissance continue qui s’observe à ce rythme depuis quatre ans. Je l’explique à la fois par le type de contenu que je propose et par la prise en compte des exigences des algorithmes des plateformes, qui évoluent.

Quelle est votre proposition éditoriale et le profil de vos 1,55 million d’abonnés sur YouTube ?

Gaspard G, c’est du magazine d’information : je ne couvre pas l’actualité chaude, j’essaye plutôt de donner à mes audiences les grandes clés de lecture pour mieux appréhender l’actualité à travers des récits documentaires, des reportages de terrain et des interviews en grand format. Les créateurs de contenus ne disposent pas des moyens des grandes rédactions pour couvrir l’actualité chaude. Ils sont en revanche bien positionnés auprès des jeunes générations pour leur permettre de décrypter ce qui est véhiculé par la presse. Nous sommes très complémentaires sur ce point.

Le gros de mon audience se trouve chez YouTube. Nous sommes également positionnés dans les dix premiers podcasts Spotify depuis un an. Sur les réseaux sociaux, notre deuxième plus grosse audience se trouve sur Facebook (440 K), plateforme de référence encore chez les jeunes d’Afrique francophone, puis sur Instagram (157 K). Au total, je suis suivi à 65% par des Français et l’âge moyen de mes audiences est de 31 ans. La tranche d’âge la plus représentée est les 24-34 ans, suivi des 18-24 ans. Les très jeunes, les collégiens et les lycéens, ne me connaissent pas parce que je parle de politique. C’est naturel sur ce genre de sujets !

Comment concilier une proposition éditoriale de qualité et l’exigence des algorithmes justement ?

Ce n’est pas simple et je pense que si je faisais davantage de contenus cherchant à attirer du monde et de manière moins déontologique, par exemple en exploitant la peur des gens, j’aurais sans doute un développement beaucoup plus fulgurant. Certaines de mes vidéos ne font qu'un tiers de vues comparé à mon nombre total d’abonnés. Mais il me semblait important de traiter ces sujets-là. Il n’y a pas de magie, surtout quand on se concentre sur la construction d’une audience qualifiée sur le temps long.

Combien gagnez-vous aujourd’hui et selon quel modèle économique ?

Gaspard G aujourd’hui, c’est 1 million d’euros de chiffre d’affaires annuel, en hausse de 100% comparé à 2024 et assuré à 80% par la publicité. Des recettes publicitaires, un tiers m’est reversé par les plateformes, c'est-à-dire surtout YouTube, suivi plus loin de Spotify. YouTube me reverse 55% des recettes obtenues par sa régie publicitaire avec de la vidéo instream. Je suis bien rémunéré par YouTube : mon revenu pour 1 000 vues est assez intéressant comparé à la moyenne des autres créateurs, sans doute parce que je m’adresse à une audience plutôt qualifiée.

Les autres deux tiers de mes recettes publicitaires sont le fruit d’intégrations que mon agence assure en direct avec les annonceurs, selon un modèle de sponsoring classique : je relaye un message publicitaire d’une durée d’une minute pour financer chaque vidéo.

Une partie des autres 20% qui composent vos recettes viennent de vos accords avec d’autres médias : TF1 notamment s'est associé à vous pour produire du contenu politique dans le cadre de la présidentielle 2027. Où en êtes-vous ?

Notre toute première interview, avec Jean-Luc Mélenchon, sera diffusée dans les prochains jours. C’est inédit parce qu’il s’agit non seulement d’une coproduction mais aussi d’une codiffusion. L’entretien sera diffusé sur YouTube via le cross-post, une fonctionnalité récente de la plateforme qui permet des logiques de partage de la propriété intellectuelle : la vidéo, qui dispose du même identifiant et du même compteur de vues, sera diffusée pour la première fois de manière exclusive et simultanée à la fois par ma chaîne et celle de TF1 Info. TF1 dispose également des droits pour transmettre ces contenus sur TF1+, y compris en linéaire s’ils le souhaitent)

Et vous avez vu juste : ce type de partenariat m’intéresse surtout parce qu’il me permet de financer mes contenus sans que j’ai à faire appel à la publicité. Je n’ai pas spécialement envie de dépendre de la publicité pour des contenus politiques. Je suis très heureux de cette collaboration avec TF1, qui s’adosse à ma société de production pour financer ce programme.

Vous avez collaboré avec France Inter en tant que chroniqueur en 2024. Pourquoi avoir arrêté ?

Une chronique quotidienne, surtout très tôt le matin, c’était très prenant et de plus en plus incompatible avec un emploi de temps très chargé qui m’oblige à finir très tard. Il y avait également chez certaines personnes chez Inter une drôle d’expectative : que je quitte mes activités sur internet pour les rejoindre en tant que salarié à temps plein. Or, ma conviction profonde est que demain les audiences viendront d’abord de YouTube et des réseaux sociaux. Ces canaux sont donc ma priorité. Sans compter qu’en 2024, j’avais déjà une quinzaine de salariés dans mes deux boîtes. Inimaginable donc d’arrêter mes activités ! J’ai décidé de mettre en pause cette collaboration d’abord en leur proposant que ma chronique devienne hebdomadaire, ce qu’ils ont hélas décliné pour une question de grille des programmes. Mon arrivée a également créé du chahut auprès des syndicats de Radio France, qui craignaient l’uberisation de France Inter. Moi, j’étais Uber, eux les taxis. Si je comprends leurs peurs, j’y ai vu une forme de conservatisme qui empêche, je crois, de toucher le jeune public. Mais ce n’est pas très grave. J’ai beaucoup appris chez France Inter et je ne regrette absolument pas cette expérience.

France Inter puis TF1… Les médias historiques collaborent de plus en plus volontiers avec les créateurs pour renouveler leurs audiences. Quel est l’avenir des médias historiques d’après vous ?

Je trouve que les créateurs et les médias historiques d’information sont complémentaires et que leur avenir continuera d’être lié. Avoir une rédaction, cela coûte cher, cela implique des reporters sur le terrain pour couvrir l’actualité chaude, notamment à l’international. Quant aux médias historiques, ils ont besoin de renouveler leurs audiences, d’où leur intérêt de faire appel à des créateurs. Pour renforcer leurs marques auprès des 15-30 ans, les médias historiques ont besoin de changer de tonalité, de forme et de manière de produire car les jeunes plébiscitent une autre grammaire, d’autres codes et d’autres intervenants. Je suis convaincu que les groupes médias qui sauront opérer ce changement de support, par exemple en travaillant avec des boîtes de production qui savent définir les tendances auprès des nouvelles générations, ont un bel avenir devant eux.

En revanche, je crois que ce raisonnement ne vaut pas pour le créneau du divertissement, qui lui n’a pas besoin des acteurs historiques : il leur suffit de trouver un bon sponsor pour se financer.

L’histoire des médias est faite de cycles. Au début des années 2000, vous aviez des animateurs qui produisaient leurs contenus pour les vendre aux diffuseurs, et de temps en temps aux annonceurs. Le modèle des créateurs de contenus sur YouTube et les réseaux sociaux, c’est plutôt l’inverse : nous sommes également des créateurs/producteurs, mais nous vendons nos espaces aux annonceurs et, de temps en temps, nous collaborons avec des diffuseurs.

Vous êtes également le fondateur et le président exécutif d’Intello, une agence de créateurs. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Onze personnes travaillent chez Intello. J’ai lancé cette agence il y a cinq ans, seul d’abord, puis j’ai été rejoint par Vladimir Vinograd, un copain d’école, et Xavier Niel, à travers son fonds d’investissements, Kima Ventures. Nous représentons 25 créateurs de contenus liés au savoir et à la culture (information, développement durable, agriculture, culture, etc.). Nos créateurs respectent nos valeurs : ils sont sérieux, qualifiés et rigoureux sur le plan éditorial. Certains sont nés dans le numérique, comme moi ou César Culture G, d’autres viennent de la télévision, comme Claire Chazal et Stéphane Bern. Nous sommes à la fois leurs producteurs et leur régie publicitaire. Nous avons travaillé avec 125 annonceurs en 2025, dont de nombreuses entreprises du CAC 40, des institutions publiques et des groupes médias de référence. C’est Intello qui assure la production exécutive de A à Z des émissions de Claire Chazal et de Stéphane Bern sur YouTube et les réseaux sociaux de certaines de mes productions sur internet. Intello est en forte croissance : notre CA annuel est de 3 millions d’euros, il a été multiplié par deux en 2025 et cette dynamique de croissance s’observe depuis le début.