Emmanuelle Filiberti (Lextenso) "Le rapprochement avec C.H.Beck permettra à Lextenso d'accélérer dans l'IA"
Emmanuelle Filiberti, directrice générale de l'éditeur juridique Lextenso, revient sur l'acquisition de l'entreprise par son homologue allemand C.H.Beck, annoncée fin septembre.
JDN. Pouvez-vous présenter Lextenso ?
Emmanuelle Filiberti. Lextenso est un acteur français de l'édition et de la prestation juridique. Nous publions des revues et proposons aux professionnels du droit des bases de données documentaires. En septembre 2025, nous avons lancé Consult IA, un outil d’intelligence artificielle qui fournit des réponses juridiques argumentées et sourcées. Nous avons également une activité de services juridiques, notamment dans la publication d’annonces légales et l’accompagnement dans les formalités. Nous nous adressons à l’ensemble des professionnels du droit : avocats, notaires, juristes d’entreprise, juridictions... Lextenso compte 240 salariés et réalise 49 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Qu’est-ce qui a motivé ce rapprochement avec C.H.Beck ?
C.H.Beck est en quelque sorte notre jumeau allemand. C’est une maison d’édition juridique familiale et indépendante avec laquelle nous partageons une culture et des valeurs communes, notamment la volonté de garder la maîtrise de nos données. Ces dernières années, Lextenso s’est beaucoup développé, ce qui en a fait une cible potentielle pour des acquéreurs. Ce rapprochement nous permet de nous adosser à un groupe de plus grande taille et d'accélérer dans l'intelligence artificielle, ce qui nécessite des investissements importants et réguliers. C’est un moyen de poursuivre notre croissance tout en pérennisant notre activité. C.H.Beck est un acteur majeur du marché allemand, présent dans plusieurs pays européens, et dispose déjà d’une expérience en matière d’acquisitions.
Comment va fonctionner la nouvelle entité ?
Les équipes et la direction de Lextenso restent en place, avec un certain degré d’autonomie. Les spécificités du droit français et du droit allemand imposent de conserver des organisations distinctes. Ce rapprochement doit nous permettre de bénéficier de moyens supplémentaires pour accélérer notre développement. La nouvelle entité comptera 2 650 collaborateurs et réalisera 700 millions d’euros de chiffre d’affaires. Nous avons aussi beaucoup à apprendre les uns des autres, à travers le partage d’expériences et la mise en place de synergies.
Comment expliquez-vous la multiplication des fusions-acquisitions dans le secteur de l’IA juridique ces derniers mois ?
Plusieurs rapprochements ont effectivement eu lieu ces derniers mois. Ils s'expliquent notamment par la nécessité d'accélérer dans l'IA, alors que les grands acteurs technologiques se positionnent sur le marché juridique. Pour les éditeurs spécialisés, la valeur ajoutée réside dans la fiabilité de leurs fonds documentaires, qui leur permet de proposer des réponses juridiques sourcées et de se différencier des outils généralistes.