À Monaco : soleil, paillettes et commerce agentique

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Reportage au salon One to One Retail Ecommerce 2026, où vingt start-up tentent de redéfinir le commerce à l'ère des agents IA.

Il y a quelque chose d'irrésistiblement cocasse à venir parler de réduction des coûts dans la principauté la plus chère d'Europe. Mais Monaco, c'est ça : on y parle d'argent sans complexes, on y rêve grand, et on y fait des affaires entre deux palmiers et quelques immeubles rutilants.

L'IA, l'IA, l'IA — et encore l'IA

Si vous gagniez un euro à chaque fois que le mot "intelligence artificielle" a été prononcé sur scène, vous pourriez vous offrir une villa à Cap-d'Ail. L'IA est partout : dans les visuels marketing, le service client, la prévision des ventes, la rédaction des fiches produits, l'optimisation du checkout, l'analyse des avis Google, et — tenez-vous bien — elle va bientôt acheter à la place de vos clients.

Ce dernier point constitue la trame de fond de presque tous les pitches de cette édition : le commerce agentique. L'idée est simple : si 70 % des consommateurs utilisent déjà ChatGPT ou Gemini pour préparer leurs achats, le jour où ces assistants passeront commande pour eux est imminent. Les marques absentes des réponses de ces agents n'existeront tout simplement pas — comme ne pas être référencé sur Google en 2010, en beaucoup plus rapide. Ce constat a engendré une catégorie entière de start-up qui n'existaient pas il y a deux ans.

La guerre du nouveau SEO

Getmint, Smalk AI et Dialog partagent le même problème fondamental — comment exister dans les réponses des IA conversationnelles — mais l'abordent différemment. Getmint analyse quelles marques sont citées par les assistants et promet d'influencer ces résultats. Smalk AI va plus loin avec le SEA pour agents IA : identifier les pages qui font autorité sur le web, y placer des contenus éditoriaux sponsorisés susceptibles d'être repris dans les réponses générées. Une publicité qui s'adresse à des robots pour influencer des humains — la mise en abyme est vertigineuse, mais la logique imparable. Dialog joue sur un autre terrain : ramener l'expérience conversationnelle directement sur les sites marchands, où l'utilisateur se retrouve souvent face à des catégories et des filtres inchangés depuis 2010. Avec 300 marques clientes et des taux d'interaction à 15 % contre moins de 2 % pour les chatbots classiques, la start-up semble avoir trouvé sa place.

Le service client : le grand chantier oublié

Le service client est cassé. Tout le monde le sait, personne ne l'a vraiment réparé, et trois start-up se proposent de le faire.

Achille AI attaque le problème à la racine : l'enjeu n'est pas de mieux traiter les tickets, mais d'en avoir moins. Leur couche d'analyse remonte les causes profondes des problèmes clients, et leur modèle économique — payer uniquement les tickets réellement résolus par l'IA — impose une honnêteté bienvenue sur la performance. Yuma arrive avec la même promesse mais dans une posture plus "enterprise" : 80 % de tickets automatisés, disponibilité 24/7, ROI annoncé entre 3 et 4 fois le coût actuel, avec un accent mis sur la qualité des réponses plutôt que sur leur seul volume.

ReviewCollect complète le tableau avec une approche moins visible mais essentielle : la gestion des avis. Le taux de collecte annoncé — jusqu'à 39 %, contre 7 à 8 % pour Trustpilot — laisse pantois s'il se confirme. La mécanique : multiplier les canaux de contact et rediriger les clients mécontents vers le support plutôt que vers la notation publique. Dans 95 % des cas, ils choisiraient "obtenir de l'aide". Si ce chiffre tient à l'échelle, c'est une petite révolution, d'autant que les IA lisent désormais les avis pour guider les achats.

Voir sans être vu, personnaliser sans connaître

Kahoona s'attaque au problème central : comprendre les visiteurs anonymes — soit 96 % du trafic. Leur approche analyse non seulement les clics, mais la façon dont l'utilisateur scrolle, zoome ou navigue, collectant jusqu'à 15 fois plus de signaux que les solutions traditionnelles. Vue de l'extérieur, ça ressemble à de la magie — ou à une surveillance très bienveillante, selon votre sensibilité. Humind joue dans un registre similaire via une IA conversationnelle intégrée au parcours : blocs d'expérience (FAQ dynamique, assistant cadeau, quiz remplaçant les filtres), +13 % de conversion et +19 % d'ajout au panier — mais surtout, une boucle de connaissance client que les heatmaps ou les taux de rebond ne génèrent jamais.

Le checkout, ce moment de vérité jamais résolu

Just débute avec une statistique que personne n'a résolue en vingt ans : un visiteur sur deux abandonne au checkout. Leur réponse : un checkout hyper-personnalisé par IA prédictive, analysant 300 signaux pour adapter l'interface à chaque acheteur. Avec 500 marchands et 2 millions de shoppers, le +10 % d'impact annoncé est convaincant sans être pharaonique — c'est justement ce qui le rend crédible.

La production visuelle se réinvente

Abyssale génère jusqu'à 200 000 assets par semaine à partir de "masters" qui garantissent la cohérence de marque. AutoRetouch orchestre intelligemment la production entre shootings traditionnels et IA, sans forcer les marques à tout changer d'un coup. Power XYZ (prix du jury) propose une troisième voie : scanner les produits en 3D une seule fois, puis générer automatiquement vidéos, packshots et déclinaisons à l'infini, sans déformation sur les zooms 360° — un argument décisif pour la joaillerie ou l'horlogerie.

La supply chain sort du chaos

Metreecs arrive avec une proposition presque désarmante de rationalité : beaucoup de marques gèrent encore leurs stocks sous Excel, sans anticipation réelle de la demande. Des modèles de prévision annoncés à 90 % de précision, intégrant météo, saisonnalité et activité touristique, permettent d'automatiser réassort, rééquilibrage et planification des achats. Discret, sérieux, méthodique : le genre de start-up dont on parle peu mais qui transforme silencieusement les opérations.

Le post-achat : le grand oublié

Prolong propose peut-être l'idée la plus originale du salon : digitaliser entièrement les services post-achat — réparation, entretien, reconditionnement — que les marques n'ont pas d'infrastructure pour gérer à grande échelle. Le post-achat devient un terrain de différenciation, et une source de revenus à part entière. Tratrak s'attaque au moment où la marque perd habituellement la main : la livraison. Reprendre le contrôle des notifications transporteurs et les transformer en communications de marque, c'est convertir un email logistique — ouvert à plus de 80 % — en opportunité marketing que la plupart des marques laissent encore au transporteur.

Les inclassables

Keyban (blockchain + passeport digital produit + fidélité décentralisée) est la start-up la plus complexe et peut-être la plus prophétique. Le DPP européen — obligation progressive d'ici 2030 — y devient un outil de relation client, d'authentification et d'interopérabilité avec les agents IA. Speeral s'attaque à l'angle mort des plateformes C2C, où jusqu'à 30 % du CA potentiel de certains distributeurs circulerait sans qu'ils en profitent. Charlie, enfin, ambitionne d'être l'OS omnicanal des marques Shopify : mise en place en 24 heures, zéro CAPEX, et un nom inspiré de Où est Charlie ? — coup de génie ou blague d'entrepreneur, le produit répond à un besoin réel.

Ce qu'on retient

Les agents IA deviennent de nouveaux canaux de distribution. Le post-achat s'impose comme le prochain grand chantier. La personnalisation sans identification devient le nouveau graal. Et le service client commence enfin à être traité comme un levier stratégique.

Les start-up présentes sont globalement solides. La difficulté est ailleurs : l'IA ne s'ajoute pas simplement aux architectures existantes, elle force souvent à les repenser. Certaines briques historiques — moteur de recherche, support client, checkout — deviennent soudainement obsolètes. Empiler de nouvelles couches d'IA par-dessus les anciennes, ou réécrire les fondations : c'est le choix délicat qui attend les marques.

Mais ça, très probablement, ce sera le sujet du salon de l'an prochain.