Les marques ne peuvent plus ignorer la seconde main, elles doivent reprendre le contrôle

Deda Stealth

La seconde main est devenue un levier stratégique que les marques doivent reprendre en main pour préserver leur valeur.

Qui contrôle la valeur d’un produit une fois qu’il a quitté les rayons ? Longtemps délaissée par les marques, cette question revient au premier plan. La seconde main n’est plus un simple marché de niche, c’est un marché incontournable pesant des milliards de dollars[1]. Quand les consommateurs s’interrogent sur leurs achats, l’enjeu pour les marques est de comprendre ce marché, d’en mesurer les dynamiques et d’en reprendre la maîtrise, afin de ne plus subir les règles des autres acteurs.  

Un marché qu’on ne peut plus ignorer

Les acteurs de la mode commencent finalement à prendre conscience de l’importance du marché de la seconde main. Pendant des années, cet écosystème s’est développé en dehors de leurs radars. Ce n’est que très récemment, d’abord aux États-Unis, puis en Europe, que les marques s’interrogent sur ce qui se passe sur ce secteur.

Aujourd’hui, la seconde main représente une véritable opportunité. Avec des volumes en baisse et une inflation qui durcit les arbitrages pour les consommateurs, certains se tournent vers l’ultra fast fashion, qui fait aujourd’hui l’objet de régulation avec la loi « anti fast-fashion » entrée en vigueur le 1er septembre 2026[2]. Alors, comment trouver de la croissance ? En augmentant les prix ? C’est difficile à justifier dans notre contexte. Ce nouveau marché répond à plusieurs enjeux : élargir sa cible, générer des revenus complémentaires, et surtout piloter la valeur de ses produits sur l'ensemble de leur cycle de vie.

Car souvenez-vous de l’émergence de l’e-commerce. À l’époque, beaucoup d’entreprises avaient laissé les multimarques en ligne s'emparer du canal digital, avant de réaliser qu'elles perdaient le contrôle de leur distribution, de leurs prix, et de leur relation client. Elles ont fini par internaliser l'e-commerce, mais après avoir cédé du terrain. Avec le marché de la seconde main, l’histoire risque de se répéter, à moins de reprendre le contrôle.

Authenticité, traçabilité et data : trois conditions indispensables

Reprendre la main sur la seconde main demande de maîtriser des leviers essentiels : authenticité, traçabilité et data. 

Les marques doivent comprendre le fonctionnement du marché de l’occasion. Une mauvaise gestion peut avoir des conséquences lourdes : perte de contrôle de son image, revente sauvage, dévalorisation ou encore la contrefaçon, toutes ces répercussions sont dissuasives pour le consommateur. À l’inverse, garantir l'authenticité et la traçabilité d'un produit permet d’en sécuriser l’achat et d’en renforcer la valeur, au point que des consommateurs soient même prêts à payer davantage. L'arrivée du passeport numérique des produits en 2027 va accélérer cette dynamique en permettant une certification fiable à grande échelle.

Mais la confiance ne suffit pas à structurer le marché. Les enseignes ont besoin de données pour savoir le lire. Comment les produits se comportent sur le marché de la revente ? À quel prix se revendent-ils ? À quelle vitesse circulent-ils ? Sur quelles plateformes ? etc. Ces informations sont essentielles pour comprendre la valeur réelle d’un produit dans le temps. La donnée devient à la fois un outil de pricing et de positionnement : elle leur permet aux de prendre des décisions éclairées sur leur présence dans cet écosystème, plutôt que de le laisser se structurer sans elles.

L'impératif d’une reconfiguration stratégique

La seconde main impose aux marques de repenser leur rôle. Il ne s’agit plus seulement de vendre un produit, mais d’en piloter la valeur dans le temps. Cela passe par une reprise en main progressive de ce marché.

C’est aussi l’opportunité d’adopter une stratégie de prix différenciée et d’élargir sa base de clients sans dévaloriser le produit. Prenons l’exemple de l’automobile, le neuf et l'occasion coexistent sans se cannibaliser. Une marque qui maîtrise son circuit de revente peut maintenir le premium sur le neuf tout en proposant un accès contrôlé à l'occasion.

Mais au-delà de la logique de prix, Il y a une dimension émotionnelle à intégrer. Les jeunes générations n'achètent pas de la seconde main uniquement pour des considérations économiques, elles cherchent l'émotion de porter un vêtement ou un sac autrement inaccessible. C'est ce qui explique le paradoxe de consommateurs qui achètent à la fois chez Shein et sur Vinted.[3]

En réalité, la seconde main agit comme un révélateur, elle force l’industrie de la mode à regarder en face ce que les consommateurs valorisent vraiment. Les gagnants ne seront pas les plus « durables » au sens marketing, mais les plus lucides. Ceux qui savent lire leurs données pour anticiper, adapter, et décider. Dans un secteur en pleine recomposition, la donnée n'est plus qu’un outil de reporting, c'est un levier de compétitivité.


 

[1] BCG x Vestiare Collective « Resale’s next chapter » Report 2025

[2] Entreprendre Service Public - La loi « anti-fast-fashion impose un nouveau cadre de vente

[3] Étude de l’ADEME, Juin 2025