Projet Gaia-X : quelles seront les clés du succès du cloud européen ?

Soutenu par la France, le projet Gaia-X a pour ambition de devenir une alternative sécurisée, performante et de confiance pour que les entreprises européennes puissent retrouver la souveraineté de leurs données.

Le ministre allemand de l’économie Peter Altmaier annonçait le lancement du premier projet de cloud souverain à l’échelle européenne, appelé Gaia-X. L’objectif est d’offrir aux entreprises européennes plus d’indépendance et de sécurité dans la gestion de leurs données, mais aussi une plus grande disponibilité de celles-ci. Mais que penser de ce nouveau projet porté par l’Allemagne et soutenu par la France ?

Depuis maintenant plusieurs années, le marché du cloud public est relativement stable. On constate un certain oligopole, avec la présence de cinq acteurs majeurs (Amazon, Microsoft, Alibaba, Google et IBM) se partageant 75% du marché total. Les entreprises européennes n’ont donc pas d’autre choix que de confier leurs données à un – ou plusieurs – de ces fournisseurs. Ces dernières sont de fait souvent stockées sur le sol américain ou chinois, malgré les inquiétudes que cela peut soulever vis-à-vis de la sécurité. 

Plus de sécurité et une meilleure souveraineté

Pour remédier à cette situation, le projet Gaia-X a pour ambition de devenir une alternative sécurisée, performante et de confiance pour que les entreprises européennes puissent retrouver la souveraineté de leurs données. Le but est de créer un réseau compétitif et coopératif pour la gestion des données en s’appuyant sur les serveurs de nombreux fournisseurs européens, quelle que soit leur taille. Ainsi, l’objectif final du projet serait de faire émerger un véritable « écosystème européen » capable de fournir, consolider, connecter et partager les données. 

Les questions liées à la sécurité, la conformité et la souveraineté des données sont, depuis plusieurs années maintenant, au cœur des préoccupations des entreprises, qu’elles soient européennes ou non.  Une étude récente a montré que 68% des 150 directeurs généraux interrogés considèrent la sécurité des données comme le plus grand défi de la transformation digitale. Dans ce contexte, le bien-fondé du projet Gaia-X ne fait aucun doute et ce dernier mérite un soutient global, cependant l’implémentation de ce cloud européen pourrait quant à elle poser problème. 

Le cloud ne représente que les premières pierres de l’édifice

Lorsqu’on parle de sécurité, qu’elle soit informatique ou non, il faut prendre en compte l’ensemble des paramètres et menaces pour se protéger efficacement. Le fait de placer l’infrastructure cloud sur notre sol n’est pas suffisant pour assurer un haut niveau de sécurité et de souveraineté, ni même pour garantir un flux de données rapide et fiable. Au mieux, une infrastructure cloud implantée sur le territoire européen constituerait les premières pierres nécessaires à la construction d’un édifice solide. 

Pour réussir, le projet nécessite avant tout une gestion des données agile et sécurisée. En d’autres termes, une approche DataOps est indispensable à son bon fonctionnement.  Cette pratique instaure une coordination optimale de l’ensemble des acteurs, des procédés et des technologies impliqués, dans le but de mettre en place une gestion des données agile et automatisée – engendrant ainsi un gain de temps, d’efficacité et de productivité.

Gestion durable des données

Il est également primordial d’adresser l’ensemble des aspects d’une infrastructure IT moderne et durable. De nos jours, rares sont les entreprises ne comptant que sur un seul cloud. Les environnements hybrides et multi-cloud sont légions et exigent une gestion des données particulièrement rigoureuse. En effet, pour permettre aux données de communiquer entre elles, il est indispensable d’interconnecter les différents services de cloud et autres data centers. Les données ont un rôle crucial pour les entreprises actuelles, mais elles se retrouvent souvent bloquées dans des silos et ne peuvent donc pas être judicieusement exploitées. Seule une approche DataOps permettra aux utilisateurs de garder une visibilité constante sur leurs données et de s’assurer qu’elles sont accessibles et capables de communiquer entre elles. 

De plus, considérer le cloud comme un coffre-fort inviolable serait une erreur. La donnée est souvent en mouvement, c’est pourquoi la sécurité et la protection de cette dernière doit être maintenue lors de l’ensemble des flux, et ce à travers l’intégralité de l’infrastructure. Le data masking répond à cette problématique. Cette technologie reconnait automatiquement les données critiques et les masque de manière permanente et en temps réel. Il en résulte un accès aux données très simple pour les collaborateurs tout en conservant une sécurité et une protection des données optimales. 

Succès ou échec pour Gaia-X ?

Il est difficile de savoir si ce nouveau projet de cloud européen sera une réussite ou s’il n’aura été qu’un simple effet d’annonce. Toutefois, il est certain que pour offrir à Gaia-X une chance de réussite, il faut qu’il soit en mesure de concurrencer dès son lancement les mastodontes du secteur en matière de performance et d’expérience utilisateur. C’est pourquoi les mandataires du projet devraient miser sur des partenariats stratégiques afin de s’assurer d’offrir le meilleur des technologies européennes et mondiales.    

En attendant de savoir si le projet Gaia-X sera couronné de succès ou non, les entreprises européennes peuvent déjà s’appuyer sur des technologies existantes pour renforcer leur sécurité, leur conformité, leur agilité et leurs capacités d’innovation tout en conservant une certaine indépendance vis-à-vis des fournisseurs utilisés. Qu’ils soient initiés par des gouvernements, des administrations ou des entreprises, seuls les projets informatiques basés sur ce type de technologie moderne pourront être menés à bien et assurer la pérennité des entreprises à l’heure de la transformation digitale.