Open Compute : une révolution pour l'industrie du matériel informatique ?

Open Compute : une révolution pour l'industrie du matériel informatique ? L'Open Compute Project permet aux data centers de se bâtir leur propre matériel performant. Lancée par Facebook, l'initiative bouscule certains ténors de l'informatique.

Comme pour beaucoup de belles histoires de la Silicon Valley, au début, cela pouvait faire penser à un petit rassemblement de bidouilleurs californiens éclairés. Mais aujourd'hui, cette initiative est en train de modifier radicalement la manière dont peuvent s'équiper les data centers, bousculant au passage des mastodontes du secteur comme Cisco, HP ou Dell.

Lancée par Facebook en 2011 dans une relative indifférence, cette initiative, c'est l'Open Compute Project ou "OCP". Son but : montrer comment optimiser une infrastructure informatique pour qu'elle soit la plus efficace et économe en énergie possible. C'est autant la quête de performance que la transparence qui est ici visée. Les moyens qui permettent de bâtir ce matériel (serveurs, switch, stockage et globalement l'infrastructure d'un data center) sont détaillés, et gratuitement accessibles. Les membres du projet sont invités à partager et échanger. La démarche s'inscrit clairement dans une logique Open Hardware : elle se veut aussi ouverte et collaborative que peut l'être l'open source pour les logiciels.

Un mouvement qui a pris une ampleur considérable

ocp 2015 summit
Un stand lors d'un Summit de l'OCP en 2015. © Capture - Chaîne Open Compute Project de YouTube

Intel, Microsoft, AMD, HP, Dell, Salesforce, VMware... 4 ans après son lancement, un nombre impressionnant de poids lourds de l'informatique ont fini par rejoindre le projet, y compris ceux pas franchement connus pour leur attirance envers l'open source. Et la liste continue de s'allonger, avec cette année les arrivées notables d'Apple, Cisco et Juniper notamment. Des événements portant sur la technologie Open Compute se tiennent désormais, aussi, régulièrement aux quatre coins du monde (même à Paris), et drainent des milliers de participants.

De nombreuses réalisations nées de l'OCP ont d'ores et déjà été présentées : des serveurs "Open Compute" avec des technologies Intel, AMD ou ARM, des nouveaux standards ouverts de rack de serveur, des systèmes de stockage, de gestion d'électricité... Même les switchs et le matériel réseau ont été abordés. A chaque fois, l'OCP publie les spécifications, et donne gratuitement toutes les informations nécessaires pour se bâtir son propre matériel hautement performant et économe en énergie. Et pour ceux qui n'ont pas les compétences pour se lancer dans le projet, des entreprises proposent de réaliser pour eux le matériel OCP.

 

L'OCP, ce n'est pas que de la théorie, ou du matériel-vitrine.

Des grands noms s'en servent

Et la mayonnaise a pris, ce n'est pas que de la théorie, ou du matériel-vitrine. Bien sûr, Facebook, à l'origine du projet, se sert de ce matériel "customisé" dans ses data centers, et notamment celui de Prineville, l'un des plus efficaces et économes au monde en matière d'énergie. En tout, le réseau social affirme avoir pu économiser 1,2 milliard de dollars sur 3 ans grâce à l'OCP. Mais il n'est pas le seul. Le spécialiste des jeux vidéo Riot Games a expliqué que le matériel de l'OCP lui avait permis de réduire ses coûts de moitié. Bank of America a aussi expliqué au Wall Street Journal que son infrastructure informatique allait bientôt grandement reposer sur du matériel imaginé par l'OCP. Goldman Sachs fait aussi partie des utilisateurs, et figurent même au Board de l'Open Compute Project.

Un écosystème est également en train de naître autour de l'OCP. Le site officiel du projet liste plusieurs entreprises fournissant des solutions OCP, comme Hyve, Amax, Penguin Computing, Quanta, Itochu, ou Stack Velocity. Des membres comme HP ou Dell en proposent aussi, tout comme certains fabricants en Asie. Le switch "Wedge", inventé par Facebook pour son réseau est désormais en vente via l'entreprise Accton. Une start-up est même née de l'OCP : Coolan. Lancée par un ancien de Facebook qui travaillait au data center de Prineville, cette jeune pousse propose de facturer l'accès à une plateforme communautaire fournissant des aides pour configurer du matériel, ainsi que des indicateurs permettant d'améliorer la performance des centres de données.

Un équilibre changé, des géants menacés

ocp summit frank frankovky 370
Frank Frankovsky est vice-président, chargé du Hardware et des opérations Supply Chain chez Facebook, mais aussi président de la fondation dédiée à l'Open Compute Project. © Capture - Chaîne Open Compute Project de YouTube

Evidemment, en dévoilant les moyens de se bâtir son propre matériel performant, l'OCP permet de se passer des fournisseurs classiques comme HP, Dell ou Cisco... Trois acteurs qui ont pourtant rejoint le projet. Les deux premiers tirent parti des technologies OCP pour proposer de bâtir du matériel basé sur les spécifications du projet. Mais si l'OCP continue de prendre de l'importance, une pression croissante va s'exercer sur ces fournisseurs quant à la valeur ajoutée justifiant leurs prix plus élevés. En outre, ils peuvent se conforter en rétorquant que l'OCP n'intéresse pour l'heure que ceux qui gèrent d'assez grands data centers. C'est vrai, du moins pour le moment, mais ce n'est déjà pas rien, car ce sont bien ces énormes data centers qui ont vu leur importance s'envoler avec le cloud computing.

Cisco aussi peut se méfier. En mars dernier, lors d'un Summit de Open Compute Project, Facebook a bien précisé que son switch Wedge allait pouvoir fonctionner grâce aux logiciels de Cumulus ou Big Switch, deux acteurs misant sur l'open source pour sérieusement concurrencer Cisco. Quant à la puce de ces switchs, elle va être réalisée grâce à Broadcom, avec qui Facebook a réussi à conclure un accord pour que cette puce soit aussi ouverte que peut l'être un tel matériel, rapporte Business Insider. Enfin, les équipes de Mark Zuckerberg ont mis au point une solution (OpenBMC) qui permet de surveiller ces switchs et émettre des alertes. En résumé : ceux qui le souhaitent peuvent donc bâtir un switch, charger le logiciel qui le pilote et le surveille ... et finalement un peu devenir leur propre Cisco.

Annonces Google