Grâce à la blockchain, Blockstack redessine Internet

Grâce à la blockchain, Blockstack redessine Internet La start-up américaine développe un nouveau protocole de nom de domaine, décentralisé, via lequel les utilisateurs conservent la maîtrise de leurs données.

Fondée en 2013, la start-up new-yorkaise Blockstack a commencé à jeter les fondations d'un Internet décentralisé. Reposant sur les mêmes technologies que l'Internet historique (notamment IP), il s'articule autour d'un système de gestion de noms de domaine alternatif. Baptisé Blockstack Name System (BNS), ce dernier présente pour principale originalité de recourir à la blockchain. Adossé à une chaîne de blocs publique (en l'occurrence Bitcoin) doublée d'un réseau en peer-to-peer, il met en œuvre par-dessus une couche de blockchain virtuelle pour gérer la correspondance entre noms de domaine et adresses de serveur web. Ce système est complètement indépendant de l'ICANN, l'organe de gestion des noms de domaines Internet classiques. Etant décentralisé à la différence de ce dernier, il se veut par ailleurs plus résilient et donc plus robuste. Pour surfer sur ce réseau, Blockstack a mis au point son propre navigateur, Blockstack Browser.

Parmi ses principaux points forts, le réseau Blockstack stocke localement, sur le terminal de l'internaute, toutes les données personnelles (coordonnées, documents, mails, photos…). En parallèle, il propose un réseau de stockage (baptisé Gaia), lui-même décentralisé, pour en réaliser des sauvegardes. Un réseau qui est compatible avec divers services clouds de stockage (Amazon S3, Microsoft Azure, Dropbox, Google Drive...). Les sites web consultés ne pourront accéder aux contenus personnels sans autorisation. Tous sont d'ailleurs chiffrés. "Cela vous permet de transporter votre identité avec vous et d'en conserver la pleine maîtrise", explique Muneeb Ali, cofondateur de Blockstack. Revers de la médaille, les applications web seront exécutées directement sur l'appareil de l'utilisateur, rendant la performance logicielle dépendante de sa puissance. "En général, les composants applicatifs seront légers, et par conséquent peu contraignants en termes de ressources machines. Et en cas de besoin, il sera toujours possible de recourir à de la puissance informatique décentralisée", argue-t-on chez Blockstack.

Pour faire émerger son Internet alternatif, Blockstack va naturellement devoir convaincre les éditeurs d'y lancer des applications web. La start-up a plusieurs arguments à mettre en avant : une infrastructure 100% open source qui se veut robuste, mais aussi et surtout un environnement qui évite d'avoir à se soucier de la gestion des données personnelles.

72 000 noms de domaines enregistrés

Et la dynamique semble plutôt bien partie. Blockstack affiche déjà 72 000 noms de domaines enregistrés, et une vingtaine d'applications ont été créées par des start-up sur son réseau. Elles se recrutent dans plusieurs domaines. Par exemple la gestion des données personnelles de santé (avec Afia), la location de logements (avec Casa) ou encore la diffusion de podcasts (avec Dotpodcast). "Nous avons aussi un partenaire qui a recours à Blockstack pour accompagner ses clients dans leur mise en conformité RGPD", complète Muneeb Ali.

"Notre objectif principal est de fédérer un maximum d'éditeurs pour enrichir l'offre applicative de Blockstack"

Parmi ces applications, Blockstack met également en avant Graphite, une suite de productivité en mode SaaS, combinant traitement de texte, tableur, gestionnaire de contacts et outil de partage de fichiers. "C'est une alternative à Office et G Suite, qui, grâce à notre blockchain, crypte l'intégralité des données et documents créés, et les stocke de manière décentralisée pour permettre d'y avoir accès de partout", explique Muneeb Ali. La solution commence à percer aux Etats-Unis comme le montre Wired dans un récent article. En s'adossant à la couche de cryptage de Blockstack, Graphite s'assure que les contenus partagés ne sont accessibles qu'aux personnes autorisées.

En attendant, Blockstack compte bien se donner les moyens de son ambition. En août dernier, la jeune pousse annonçait un tour de table de 25 millions de dollars réalisé auprès de divers fonds d'investissement. En décembre, elle bouclait une ICO d'un montant équivalent à 52,8 millions de dollars, avec à la clé une nouvelle série de fonds d'investissement dans l'opération, mais aussi des investisseurs privés de renom, dont Michael Arrington (fondateur de TechCrunch) ou encore Kevin Rose (fondateur de Digg).

Un statut de "public benefit corporation"

"Après le premier travail de R&D réalisé, notre objectif principal aujourd'hui est de fédérer un maximum d'éditeurs. Dans cette optique, nous organisons des événements partout dans le monde pour expliquer l'intérêt de notre technologie et comment l'utiliser. Nous étions la semaine dernière à Berlin. C'est un chantier d'évangélisation que nous allons poursuivre", insiste Muneeb Ali. "Nous pourrions par la suite mettre en place des équipes pour accompagner les entreprises dans leur projet Blockstack. Mais cela viendra plus tard." En parallèle, la société a commencé à plancher sur la prochaine génération de sa blockchain. Son objectif ? Aboutir à une infrastructure qui se veut plus robuste, et capable d'encaisser des pics de trafic massifs. Autre projet de développement évoqué : celui d'étendre Blockstack au-delà des applications web, aux applications natives sur smartphones. Pour mener à bien ses travaux, la jeune pousse peut compter sur une équipe de 20 salariés. A cela s'ajoute une communauté de contributeurs bénévoles bien fournie (la chaîne communautaire Slack de Blockstack compte quelque 5 000 abonnés).

Pour clarifier son positionnement, Blockstack a récemment fait évoluer son statut d'entreprise vers celui de "Public Benefit Corporation". Une forme de société (spécifique aux Etats-Unis) qui s'inscrit dans une mission d'intérêt public, en plus du profit. Dans le cas de Blockstack, la mission en question consiste (sans surprise) à promouvoir un Internet ouvert et décentralisé. "Dans la même logique, nous avons également contribué à créer en lien avec Microsoft une fondation qui a pour but d'œuvrer à l'adoption de notre technologie. L'objectif étant, à l'image de l'Internet historique, qu'elle devienne un standard sur le marché", explique Muneeb Ali. Baptisé Decentralized Identity Foundation, cette organisation fédère à ce jour une cinquantaine d'acteurs.

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