Souveraineté numérique : pourquoi le drapeau ne suffit plus face à l'usage
Les drapeaux français et européens pèsent moins lourd que les attentes des usagers.
Depuis plusieurs années, la souveraineté numérique est dans tous les discours mais dans les faits, la grande bascule n'a pas encore eu lieu. Cette résistance s’explique par un constat simple : les drapeaux français et européens pèsent moins lourd que les attentes des usagers dans leurs outils de travail.
Les tensions géopolitiques récentes et la concurrence accrue des acteurs numériques mondiaux ont fait de la souveraineté un thème majeur des discours politiques. Un consensus a vite émergé sur l’urgence pour l’Europe et la France d’adopter des solutions souveraines afin de maîtriser nos données et nos infrastructures.
Pourtant, sur le terrain, le changement semble piétiner. Les organisations publiques comme privées, continuent de s’appuyer largement sur des technologies développées hors d’Europe, y compris dans des environnements sensibles. L’écart entre ce qui est proclamé et ce qui est fait mérite d’être regardé de près. Car non, il ne s’agit pas d’une question de paresse intellectuelle ou d’endoctrinement.
Idéologie, offre… et réalité du terrain
Les discussions publiques abordent surtout l’offre, en vantant des solutions et en mettant en avant des initiatives industrielles souveraines. Ce coup de projecteur ne suffit pourtant pas aux organisations pour passer le cap de l’adoption.
La facilité consiste à accuser les DSI de ne pas connaître le marché ou de ne pas faire d'efforts. Ce que l’on observe sur le terrain, c’est avant tout de fortes craintes des utilisateurs, de rupture des habitudes et processus de travail qui pourraient nuire à l’organisation. C’est aussi un manque cruel de temps à dédier à tout changement, notamment vis-à-vis d'outils qui donnent satisfaction aujourd'hui.
Une étude menée par Lecko et Ipsos en 2026 a révélé que seuls 12% des utilisateurs pour le public et 16% pour le privé déclarent la souveraineté comme un critère de choix pour leurs solutions collaboratives, alors que plus de 60% choisissent avant tout les outils qui correspondent le mieux à leur manière de travailler. Ainsi, les solutions s’évaluent en premier lieu par rapport à l’usage avec une attention prédominante sur la simplicité de prise en main et d'intégration à l’existant.
Les DSI ne sont donc pas feignants, ils sont responsables opérationnellement et au service des utilisateurs ! Pour qu’une solution souveraine soit adoptée, il faut donc assurer une continuité de ses fonctionnalités et éliminer ou limiter toutes frictions liées au changement. C’est notoirement le cas pour la messagerie électronique.
Une responsabilité des éditeurs souverains
Il est primordial de comprendre que ce ne seront pas les clients qui s’adapteront. Concrétiser la sortie des messageries de Microsoft passe donc, du point de vue des utilisateurs, par la continuité : changer, sans changer !
C’est au fournisseur de faire l’effort pour qu’un changement progressif d’usage soit possible. Comment réaliser ce paradoxe ? En répondant aux deux demandes fondamentales des utilisateurs : tout d’abord permettre de continuer d’utiliser des interfaces connues et leurs très nombreuses fonctionnalités clés, au moins de façon transitoire sur les premières années. Ensuite, proposer une migration la plus fluide possible en limitant toutes les frictions.
Embarquer les utilisateurs nécessite donc un outil de migration éprouvé pouvant reprendre l’ensemble des données, gérer la transition, avec des capacités de déploiement préservant le contexte de l’utilisateur.
Les débats sur la souveraineté réunissent souvent des convaincus qui peinent à comprendre pourquoi les utilisateurs ne suivent pas. En s’immisçant dans la peau de l'utilisateur, on comprend clairement que pour adopter une alternative souveraine, il est primordial de partir des besoins réels du terrain et de garantir une continuité d’usage. Cela engendre un travail considérable pour les éditeurs, mais c’est à ce prix que nous transformerons l'ambition de la souveraineté en une réussite durable.