Comment protéger les agriculteurs face à la nouvelle réalité climatique

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Face à la chaleur record de 2026 en France, l'agriculture de précision et l'IA réduisent déjà jusqu'à 30% l'usage d'engrais. Ce qui se traduit par une économie de 80-100 €/ha.

L’été 2026 a été exceptionnellement chaud en France. Le 24 juin, la température moyenne quotidienne à l’échelle du pays a atteint 29,9 °C, dépassant le record absolu de 29,4 °C établi en 2003 et resté inégalé jusqu’en 2019. La sécheresse et les incendies qui ont suivi ont durement touché l’agriculture : de nombreux agriculteurs ont déjà subi des pertes de récoltes. Sur l’ensemble de l’année, les pertes pourraient atteindre 30 % pour le maïs, 50 % pour les carottes et 60 % pour le houblon.

Les épisodes de chaleur extrême pourraient devenir la nouvelle norme, préviennent les spécialistes.

Cela signifie que, dans des régions où les précipitations étaient encore abondantes récemment, les sécheresses pourraient devenir de plus en plus fréquentes. Il faudra donc adapter les méthodes de travail. On parle beaucoup de la nécessité de diversifier les cultures, notamment en privilégiant des espèces plus résistantes à la chaleur, comme le sorgho, ou encore de travailler les sols de manière à ce qu’ils retiennent l’humidité plus longtemps. Mais un autre aspect reste souvent négligé : la gestion des ressources dans son ensemble.

De nombreux agriculteurs continuent en effet à gérer leurs ressources à partir de valeurs moyennes calculées à l’échelle de la parcelle : ils irriguent et fertilisent de manière uniforme. Or, la baisse du potentiel de rendement qui accompagne inévitablement le manque d’eau impose une gestion beaucoup plus économe des ressources. Dans les régions humides, il existe une certaine « marge de sécurité » : on peut se permettre quelques erreurs. Dans les régions sèches, le seuil de rentabilité est beaucoup plus proche et il est facile d’arriver à l’équilibre, voire de basculer dans le rouge. Il faut donc travailler avec beaucoup plus de précision. Cela signifie avant tout éviter d’apporter inutilement des ressources là où elles ne sont pas nécessaires, notamment lorsque le rendement est limité par d’autres facteurs, comme le relief ou la nature du sol.

Pour y parvenir, il faut étudier les parcelles et identifier les zones à faible et à fort potentiel de productivité. Le faire manuellement est difficile, surtout en période de crise : on ne voit pas le territoire d’en haut et on ne se souvient pas forcément avec précision de ce qui s’est passé l’année précédente ou deux ans plus tôt. Il est possible d’utiliser des moissonneuses-batteuses équipées de systèmes de cartographie, qui enregistrent les rendements des différentes zones d’une parcelle. Mais seuls les grands exploitants peuvent se permettre ce type de matériel. De plus, cette approche demande du temps : pour obtenir une image suffisamment précise, il faut combiner les cartes de rendement d’au moins trois ou quatre années.

C’est pourquoi nous assisterons probablement, dans les prochaines années, à une hausse de la demande pour les services d’agriculture de précision : plateformes numériques, applications mobiles permettant de surveiller les parcelles, d’analyser l’état des cultures à partir d’images satellites et de gérer les machines agricoles. Ces outils permettent de visualiser l’historique d’une parcelle, son relief et les différents types de sols et, à partir de ces données, d’identifier rapidement les zones de productivité et de formuler des recommandations. Les assistants basés sur l’intelligence artificielle vont également se développer : les agriculteurs pourront échanger avec eux par la voix sur les interventions à réaliser dans une parcelle en fonction de son état actuel et des prévisions météorologiques pour les jours à venir.

Cette approche numérique de l’agriculture donne déjà des résultats. Un agriculteur a ainsi réussi à réduire de 48 % son utilisation de régulateurs de croissance grâce aux cartes de productivité. Par ailleurs, selon les données de l’INRAE(Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), l’application de précision permet de réduire jusqu’à 30 % l’utilisation d’engrais azotés sur les céréales et les oléagineux, sans perte de rendement. Un agriculteur du Pas-de-Calais qui utilise cette méthode sur ses 270 hectares estime réaliser environ 80 €/ha d’économies aux prix actuels des engrais. Selon nos données internes, ces économies peuvent atteindre 100 € par hectare.

En Ukraine, par exemple, dès cette année, un agriculteur a récolté du blé sur une parcelle au relief complexe en suivant les recommandations d’un assistant IA. Il a dirigé la moissonneuse-batteuse vers les zones les plus sèches et laissé pour la fin celles où le taux d’humidité était encore élevé.

À terme, ces outils pourront être utilisés à l’échelle d’un pays entier. Ils permettront, par exemple, d’évaluer à distance les besoins réels de l’agriculture en eau et en autres ressources dans les différentes régions tout au long de l’année, aussi bien en période normale qu’en situation de crise.