"Je voulais lui confier les clés de l'entreprise" : comment choisir le bon CEO pour sa start-up
Construire une barque pour naviguer en eaux douces est une chose, manœuvrer un paquebot en haute mer en est une autre. Aussi talentueux soit-il, le capitaine du premier voyage n’est pas toujours le mieux armé pour le second. Vient alors le moment de passer la barre et surtout, de choisir à qui la confier.
Arriver à ce choix nécessite une certaine lucidité et une petite dose d'humilité. Car il n'est pas facile d'admettre qu'on n'est plus l'homme de la situation. "Mon rôle de fondateur est de savoir ce dont l'entreprise a vraiment besoin pour performer", indique Rodolphe Ardant, fondateur et ancien CEO de Spendesk, la licorne spécialiste de la gestion des dépenses professionnelles. "Je suis plutôt expert dans le démarrage et dans la vision produit. Je me suis rendu compte que je passais davantage de temps dans la gestion, qui n'est pas un domaine où j'excelle", confie celui qui a confié la fintech à Axel Demazy, qui a passé huit ans au BCG.
"Souvent, les fondateurs ressentent un certain niveau de fatigue et de lassitude et comprennent qu'ils n'ont plus les épaules pour amener l'entreprise à la prochaine étape", ajoute de son côté André Farah, cofondateur de Licorne Society, un cabinet de recrutement qui a accompagné une petite dizaine de start-up pour choisir un nouveau CEO.
Si Rodolphe Ardant estime que le bon moment pour passer les manettes "est propre à chaque fondateur", le passage à la recherche de rentabilité a constitué pour lui un cap décisif : "Au début, le fondateur est indispensable pour son expertise sur le product market fit. Mais lorsque l'entreprise atteint une taille critique et qu'il faut se mettre dans un schéma de croissance durable, c'est un autre paradigme qui se met en place. Je suis assez conscient de mes zones d'excellence et de celles où je suis limité. Je devais laisser le pilotage de Spendesk à une autre personne pour me focaliser sur le produit, là où je peux vraiment apporter de la valeur à la boîte".
Un process de recrutement comme un autre ?
Une fois ce travail d’introspection mené et le bon moment identifié pour passer la main, reste l’essentiel : définir les critères qui guideront le choix du successeur. "Une start-up, même si elle a grandi, reste une entreprise à taille humaine. Il faut donc trouver une personne qui a une vision stratégique mais aussi une vision opérationnelle et qui est prête à mettre les mains dedans. Ce n'est pas juste du pilotage comme un grand groupe", explique André Farah. "Il faut choisir quelqu'un de pluridisciplinaire, compétent sur plusieurs sujets et qui vient du même secteur au sens large, à savoir BtoB ou BtoC".
Quant au process de recrutement, s'agit-il d'un process classique ? "Une différence majeure est que les investisseurs ont leur mot à dire et que le candidat doit les convaincre", note André Farah. "Aussi, le recrutement se fait très souvent par approche directe via le réseau. C'est plutôt logique car le recrutement d'un CEO est confidentiel donc il n'y a pas d'annonce".
"On est passé par une agence qui avait Axel Demazy dans son réseau", raconte Rodolphe Ardant. "J'ai parlé avec lui pendant quatre mois et je me suis rendu compte que je voulais lui confier les clés de l'entreprise. Il n'y a pas eu d'entretien. C'est moi qui ai mené le process mais j'ai quand même sollicité les membres du board car au final la décision leur revient". Au final, Axel Demazy a été nommé en octobre 2024 et Spendesk a annoncé avoir atteint la rentabilité en juin 2025. De quoi valider le choix du nouveau capitaine.