Ce miel "français" vient en réalité de Hongrie : 78% des clients ne voient pas la différence
Derrière le bleu, blanc, rouge français, le rouge, blanc, vert hongrois. L'origine du miel, pour trois quarts des Français, est le critère numéro un pour choisir son pot. Quelle ironie quand on sait que la grande majorité des consommateurs sont parfaitement incapables de distinguer un miel français d'un miel étranger. La faute à des emballages trompeurs qui brouillent les pistes.
C'est l'institut de sondage indépendant, FLASHS, qui livre ces chiffres pour la marque de soins dermatologiques, Alvadiem. Ils ont présenté à 2 000 consommateurs un pot de miel étranger, mais qui présentait plusieurs mentions pouvant porter à confusion (adresse française, référence à une région française). Résultat : trois quarts des Français ne savent pas reconnaître que ce miel vient de l'étranger, en l'occurrence de Hongrie.
Ironie du sort, près de huit Français sur dix disent bien comprendre les mentions d'origine sur les pots de miel. Comment reconnaître ces miels ? Henri Clément, porte-parole de l'Union nationale de l'apiculture française, nous fait une piqûre de rappel.

"Le problème principal, c'est ce packaging remarquablement bien fait pour tromper les consommateurs", peste Henri Clément. Les industriels utilisent des termes comme "mis en pot dans les Pyrénées", "artisanal", "tradition" et misent sur des couleurs et des illustrations au rendu volontairement traditionnel. Parfois, ils poussent le détail jusqu'à afficher la photo d'un apiculteur au dos du pot. "Bon, ce n'est pas toujours très soigné. Je me souviens d'un pot qui indiquait que le miel avait été récolté par un Jean-Pierre, et sur la photo, c'était une femme… Ça m'avait bien fait rire."
Les pots qui posent souvent problème sont composés de mélanges de miels. Pour des raisons de coût, il est en effet moins cher de couper du miel français avec du miel argentin, hongrois ou bulgare que de vendre un produit 100% made in France. "Pour un apiculteur français, le coût de revient d'un kilo de miel est autour de cinq euros. Le miel importé est plutôt autour des deux euros. La différence est telle que les conditionneurs préfèrent mélanger les miels", regrette Henri Clément.

Prenons ce pot de la marque Miel l'Apiculteur. Sur le devant, en grand, la mention "Miel d'Acacia" est accompagnée de celle du "Domaine Saint-Georges" et d'un écusson joliment illustré. La calligraphie soignée du nom de marque complète ce packaging résolument artisanal. Au dos, on lit une ode au miel : "une merveille de la nature", récoltée et extraite "avec la plus grande attention pour préserver ses saveurs et toutes ses qualités". Pourtant, dans l'étude, seuls 22% des consommateurs ont vu que ce miel est 100% hongrois. La provenance du pays est pourtant écrite noir sur jaune.

Second exemple, avec un pot de marque "La Ruche aux Délices". Ce miel certifié Agriculture Biologique et "mis en pot dans les Pyrénées" vient tout droit des ruches bulgares et brésiliennes. Précisons qu'il n'est pas possible de généraliser la provenance du miel à l'ensemble d'une marque. Elle varie d'un produit à l'autre, et d'une année à l'autre.
Mais prendre le temps de lire attentivement l'étiquette ne suffit pas toujours. Selon la composition du miel, les industriels n'ont pas toujours l'obligation d'en indiquer la provenance. "En vertu du principe de reconnaissance mutuelle, il maintient la possibilité pour les miels en mélange conditionnés hors de France, de remplacer la mention des pays d'origine par les mentions 'Mélange de miels originaires de l'UE', 'Mélange de miels non originaires de l'UE' ou 'Mélange de miels originaires et non originaires de l'UE'", indique la Direction générale de la concurrence.
Mais cette réglementation va bientôt évoluer. À partir du 14 juin 2026, les règles introduites par la directive européenne dite "Breakfast" s'appliquent. "Si le miel est originaire de plusieurs pays, les pays d'origine où le miel a été récolté sont indiqués sur l'étiquette dans le champ visuel principal, par ordre pondéral décroissant, avec le pourcentage que chacun de ces pays d'origine représente", indique le décret d'application.
Pour simplifier l'achat, Henri Clément conseille de ne pas prendre de miel de mélange. "Une véritable aberration", selon lui. "Je prends souvent l'exemple du vin. Qui accepterait de boire un mélange de vins moldave, argentin et algérien ? Personne. Tout comme le vin, le miel est un produit noble qu'il faut respecter."