Si t'as pas levé, t'as raté ta vie ?

« X a levé 3 millions » « Y devient une licorne »… On ne compte plus le nombre d' articles sur le sujet. À croire que la levée de fond représente un aboutissement dans la vie d'une start-up. Et si on replaçait le curseur au bon endroit ?

Chaque mois, les chiffres tombent : 327 millions d’euros levés au mois de novembre 2019, 460 millions au mois d’octobre. Ce que les journalistes appellent un « produit porteur », un sujet de d’audience et de visibilité.
Il est étonnant de constater à quel point cette phase du développement a pris le pas sur les objectifs de profitabilité, de long terme, de croissance raisonnée. 
Il est encore plus étonnant de constater que cette opération de levée de fonds soit passée d’un statut de moyen nécessaire à son développement à un statut d’accomplissement. Pour le fondateur de l’entreprise mais également pour les médias, qui se font les relais de cette course aux millions. L’écosystème « start-up nation », semble ainsi avoir formalisé un modèle de pensée unique valorisant le principe de la levée de fonds et orientant, de facto, toute une génération de jeunes entrepreneurs vers un modèle qui ne leur correspond pas forcément.

Et si on replaçait le curseur au bon endroit ?   

La levée de fonds est un moyen, souvent nécessaire, pour accélérer sa croissance. Elle ne saurait être destinée à combler les carences d’un business model non viable. Elle fait - souvent- partie de la vie d’une jeune entreprise, mais pas n’importe comment, pas avec n’importe qui, pas à n’importe quel moment de son développement et, surtout, pas à n’importe quel prix.

Alors, quelles sont les bonnes questions à se poser avant de se lancer dans un processus de levée de fonds ?
 

1.     Ai-je vraiment envie de cette levée ?

Il existe une première règle basique, levée de fond = souhait et/ ou possibilité de croissance exponentielle. 
Est-ce votre cas ? Avez-vous profondément envie de devenir le prochain Airbnb et de disrupter tout un écosystème, ou souhaitez-vous « plus simplement » créer une entreprise qui croît de manière organique chaque année ? 
Vous avez répondu oui à la première question ? Très bien, voici la seconde question : croyez-vous réellement que votre modèle économique garantisse un exit multiplié par 5 au fonds d’investissement qui se risquera à investir chez vous ? Êtes-vous prêt à vivre avec cette contrainte au quotidien ?

  2.     Quels sont mes besoins ?

Avez-vous besoin de mener à bien des levées régulières ou un investissement de départ peut se révéler suffisant pour donner l’élan nécessaire à votre projet ? 
Avez-vous besoin de vous rapprocher de structures industrielles déjà bien implantées pour bénéficier de leurs infrastructures / carnet d’adresses et ainsi grossir plus vite ? 
Vos besoins déterminent le type de partenaires à aller chercher : étudiez les fonds / industriels à qui vous souhaitez pitcher votre projet, n’envoyez pas votre business plan à tous les fonds du moment si votre proposition de valeur n’est pas pertinente par rapport à leurs besoins / types d’investissements. Rappelez-vous : le quoi détermine le qui.

  3.      Suis-je prêt à « vivre » avec mes investisseurs ?

La relation post-levée avec les investisseurs n’est pas forcément chose aisée. On passe d’un état de contrôle total (cette liberté chère à tout entrepreneur) à un état de « partage ».
Certaines décisions doivent être soumises à l’approbation des investisseurs qui ne partagent pas forcément vos convictions profondes, et ne perdent jamais de vue « l’exit » qu’ils ont prévu concernant votre start-up. Vos projets vont de pair avec leur souhait ? Parfait. Dans le cas inverse, il peut être difficile d’avoir le dernier mot sans risquer de mettre à mal votre entente avec eux.

  4.     Ai-je préparé dans les meilleures conditions cette nouvelle étape ?

Une levée de fond structure l’entreprise. L’entrepreneur n’est plus l’unique incarnation de son projet, c’est l’entreprise qui devient le projet. 
L’enjeu ne peut donc plus uniquement consister à faire reposer la structure sur la vision ou l’énergie du ou de ses fondateurs. Un tout nouvel éventail de compétences organisationnelles et de gestion doit être mis en place rapidement pour accompagner cette levée et le fondateur doit prendre le temps de se demander s’il est toujours la bonne personne pour gérer cette étape. SI ce n’est pas le cas, quel profil senior faire rentrer pour assurer cette transition ? Quel partage des tâches assurer entre le fondateur, représentant officiel, et le directeur général, directeur financier, etc.

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Pour être tout à fait clair, il ne s’agit pas de remettre en cause le principe des levées de fonds, bien évidemment. Mais simplement de positionner ce levier dans la bonne temporalité et dans les bonnes conditions de réussite.   
Vous pouvez apporter des réponses claires à ces 4 questions ? Foncez.  Les fonds d’investissements peuvent représenter une chance unique de faire de votre projet une entreprise pérenne. 
Sinon ? Démarquez-vous autrement, il parait que l’entrepreneur est plein de ressources pour ça.