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Sur
les traces des business angels
2) Les premiers maillons de la chaîne de financement |
| Constituant
l'une des rares sources d'amorçage, les business angels accompagnent
l'entreprise jusqu'au bout. Pour le meilleur et pour le pire.
(23/02/2005)
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De façon traditionnelle, les business angels interviennent
essentiellement lors de la phase d'amorçage, c'est-à-dire au
premier stade de financement d'une société. Ils s'inscrivent
au capital en amont des fonds de capital-risque, avec lesquels
ils sont complémentaires, parfois concurrents. Très actifs au
cours de la phase la plus critique de la vie d'une entreprise,
leur rôle apparaît donc essentiel dans la chaîne de financement.
Pour cette raison, la structuration et le développement de leur
activité sont jugés comme des facteurs clefs pour le
dynamisme économique.
"Au démarrage de l'activité d'une entreprise innovante, les
banques et les capital-risqueurs sont exclus, explique Claude
Rameau, président de l'association France Angels. Ils n'investissent
pas, car le niveau de risque est trop élevé. Ils ne pourraient
pas justifier cette prise de risque auprès de leurs actionnaires
et mandants. Restent les business angels, les incubateurs, les
aides locales ou régionales, l'Anvar, et les organismes de prêt
sans intérêts ni garanties. Ceux qu'on appelle fonds d'amorçage
interviennent en fait souvent plus tard, ce qui entretient l'ambiguïté.
Cela dit, certains en font un peu plus que d'autres, comme I-Source."
Selon l'enquête 2003 de France Angels, 61 % des
business angels ont investi pour développer une société de moins
de trois ans d'âge et 85 % pour créer une nouvelle entreprise.
31 % seulement ont investi dans le but de développer une société
de plus de trois ans. Ces investisseurs jouent donc un rôle
capital, de chasseur de têtes pour les fonds. "Les fonds
n'aiment pas tellement investir dans l'amorçage, confirme Christophe
Chausson, président fondateur de Chausson Finance. Chaque année,
ils financent 200 à 300 sociétés seulement, qu'ils sélectionnent
en fonction de critères de rentabilité pointus. Les business
angels nous permettent d'élargir ce vivier, en amenant les entreprises
à atteindre la bonne taille."
Mais ce n'est pas leur seule fonction. Si les business angels
investissent des sommes moins importantes que les fonds de capital-risque,
ils apportent d'autres valeurs tout aussi essentielles : leurs
compétences techniques et leur capital social, la plupart du
temps sans contrepartie. 82 % des investisseurs interrogés par
France Angels déclarent apporter leur appui aux dirigeants,
et 67 % mettent à leur disposition leurs relations professionnelles.
"Le business angel est là pour conseiller le manager, souligne
Pierre Kosciusko-Morizet, Pdg de Priceminister, pas pour gérer
son entreprise à sa place, comme c'est parfois le cas des fonds."
| Trouver
des défis à relever |
Cette implication contribue à la croissance de l'entreprise,
au même titre que le capital économique. Christophe Chausson
étaye cette analyse : "La complémentarité avec les fonds de
capital-risque est très forte quand les investisseurs privés
sont actifs. L'intérêt d'une start-up, c'est de faire entrer
dans ses tours initiaux des personnes qui vont lui apporter
leur expérience, trouver des clients, faire embaucher les bons
collaborateurs. Cela institutionnalise la société vis-à-vis
des fonds et sous-entend qu'elle a été repérée par des professionnels."
Pour accepter de s'impliquer autant, et sans certitude d'un
retour sur investissement, les business angels souhaitent également
vivre une expérience et trouver des défis à relever. "Il faut
plus tabler sur l'aventure humaine, qui est passionnante, que
sur des plus-values fantastiques", lance Michel de Guilhermier,
Pdg de Photoways et business angel. Ce côté "humain" de la relation
entre entrepreneurs et business angels se retrouve dès la sélection
des dossiers. Selon France Angels, la confiance inspirée est
le premier critère de sélection. "Les business angels que j'ai
rencontrés y vont beaucoup au feeling, ajoute Pierre Kosciusko-Morizet.
Ils ne raisonnent pas en multiples comme les fonds, dont les
décisions sont dictées par des automatismes, des comparables
et des prévisions de cash flow."
| Des
business angels moins "moutonniers" |
En termes de secteur, la spécificité des business angels est
moins évidente. Si les fonds de capital-risque sont très présents
dans les nouvelles technologies, cela ne signifie pas que le
secteur ait moins besoin des business angels. La rentabilité
y étant relativement élevée, ces derniers y trouvent également
leur compte. De plus, la mise au point d'un "prototype" de site
Web ou de service en ligne, par exemple, demande moins de capital
que dans l'industrie par exemple, ce qui ouvre les portes à
de plus petits investissements. L'effet multiplicateur des réseaux
implique par ailleurs que la vitesse de croisière est atteinte
plus rapidement, autre point positif pour les business angels,
qui investissent en général sur de plus courtes périodes que
d'autres types d'investisseurs. Enfin, les business angels étant
moins sensibles aux effets de mode, le secteur de l'Internet
en particulier a bénéficié de leurs apports au moment ou plus
aucun fonds ne souhaitaient y investir un centime.
Dans les phases ultérieures du développement des entreprises
innovantes, la complémentarité des business angels et des fonds
de capital-risque se transforme parfois en coexistence. Au moment
de l'entrée des fonds au capital de l'entreprise, les business
angels signent un nouveau pacte d'actionnaires, déterminant
notamment des clauses de sortie, et qui peut s'avérer assez
lourd pour eux. D'autant plus qu'à cette étape, c'est le fonds
qui devient généralement l'interlocuteur principal du chef d'entreprise,
et qui va décider de la stratégie avec lui. Mécaniquement, les
business angels perdent du poids dans le capital au fur et à
mesure des tours de table, à moins de pouvoir suivre.
| Premiers
rentrés, rarement premiers sortis |
Premiers rentrés au capital, il est rare que les business angels
sortent avant les fonds. L'horizon de sortie s'établit autour
de cinq ans. En pratique, les différentes possibilités de sortie
pour un business angel sont le rachat par une entreprise, l'introduction
en Bourse, le rachat par un autre business angel ou un dirigeant,
le LBO (ou leverage buy-out, rachat par la création d'une
holding financée par l'emprunt), et dans le pire des cas…la
disparition de l'entreprise. "Les capital-risqueurs ne rachètent
jamais les parts des business angels, explique Claude Rameau.
Ils n'amènent que du capital de développement."
Dans les mois qui viennent, le rythme des sorties va être déterminant
pour la santé du secteur du capital-risque dans son ensemble,
y compris les business angels. "Si les sorties s'accélèrent,
on va voir revenir tout le monde, estime Christophe Chausson
: les fonds et les business angels." Quoiqu'il en soit, même
si l'activité du business angel fait moins rêver qu'il y a cinq
ans, les opportunités sont là. Ces investisseurs devraient pouvoir
profiter notamment de la chute des valorisations, tout en jouant
un rôle actif très attendu. "Nous venons de traverser
une période de bas de cycle anormalement longue, explique Yves
Delacour, président de Leonardo Finance. Les investisseurs réclament
déjà du chiffre d'affaires pour investir, et la chaîne du financement
est grippée à cause du manque de dynamisme de la Bourse. Les
fonds se tournent vers les LBO, s'internationalisent, deviennent
des méga-fonds à la recherche de méga-deals. Les business angels
doivent donc reprendre le flambeau pour relancer la machine." |
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