Médéric de Buyer-Mimeure (Dealabs) "Dealabs permet de savoir quelles sont les vraies promos des marchands"

Qui est cet acteur lyonnais qui a importé en France le concept de partage de bons plans et s'impose, mois après mois, aux côtés des sites de coupons ? Explications de son cofondateur.

JDN. Quand avez-vous créé Dealabs et que proposez-vous exactement ?

Médéric de Buyer-Mimeure, cofondateur et PDG de Dealabs. © S. de P. Dealabs

Médéric de Buyer-Mimeure. Mon cousin Hugues de Buyer-Mimeure et moi avons lancé Dealabs il y a cinq ans. A l'époque étudiants, nous utilisions le site britannique HotUKDeals et regrettions qu'il n'existe pas aussi en France un site permettant de savoir quelles étaient les vraies promos, parmi celles que proposent les marchands. Nous avons commencé par générer nous-mêmes les contenus, puis avons développé une communauté qui, au bout d'un an, a pris le relais.

Concrètement, chacun peut publier un bon plan trouvé en ligne ou en magasin. Ceux qui s'inscrivent peuvent voter pour les deals, votes qui se matérialisent par une température. Lorsqu'elle dépasse 100°C, le deal est placé en haut de la page d'accueil. Nous fournissons en outre un gros travail de modération pour vérifier toutes les informations du deal : le code promo, les frais de livraison, le vrai prix d'origine auquel le marchand substitue parfois le prix constructeur en tant que prix barré…

Comment vous développez-vous ? Avez-vous des concurrents ?

En France nous étions les premiers sur ce créneau du partage de bons plans. Au début, pour croître, nous nous sommes focalisés sur la qualité du contenu et de la plateforme. Pendant les trois premières années, nous n'avons fait aucune dépense marketing. Notre croissance est entièrement venue du bouche-à-oreille. Désormais nous développons notre présence sur les réseaux sociaux et travaillons notre SEO. Mais 60% des visites restent directes, ce qui est une bonne chose. Nous avons une dizaine de concurrents, mais leurs communautés sont bien plus petites. Dealabs est donc leader de ce marché, assez loin devant les autres.

"15 millions de visites par mois entre le site et les apps"

Comment évolue votre audience ?

En 2016 elle n'a pas vraiment évolué mais depuis la fin de l'année, c'est incroyable. Février et mars marquent habituellement des creux après la période de Noël et des soldes. Or cette année nous avons continué à progresser. Actuellement nous comptons 250 000 membres inscrits qui peuvent voter. Mais n'importe qui peut utiliser les deals. Nous enregistrons 15 millions de visites par mois entre le site et les apps. Nous partageons environ 13 000 deals par mois, à 90% à valoir online, et publions 230 000 commentaires.

Continuez-vous à alimenter vous-mêmes le site ?

Oui, nous publions toujours des offres que trouvent nos équipes – environ 5% des bons plans du site -, mais aussi des offres transmises par nos partenaires marchands lorsque nos modérateurs les valident. Les deals partenaires, comme les autres bons plans, s'empilent en page d'accueil lorsque leur température dépasse 100°C. Et lorsqu'ils sont très intéressants, nous pouvons proposer au marchand d'acheter une place fixe sur la page d'accueil. Parmi nos partenaires figurent les plus gros marchands, nous travaillons avec à peu près 70% du top 30 de l'e-commerce français.

Comment vous rémunérez-vous ?

A la performance. Nous prenons une commission de 2 à 5% environ sur le montant des ventes générées sur les sites partenaires, que les deals aient été remontés par la communauté, par nos équipes ou par le marchand. Environ 60% de nos contenus sont monétisés.

Les marchands se défient de plus en plus des sites de coupons qui leur font "racheter" des internautes déjà sur le point d'acheter chez eux. En outre, ils s'orientent de plus en plus vers des promos personnalisées, moins coûteuses pour eux que les promos valables pour tout le monde. Votre avenir n'est-il pas compromis ?

Notre positionnement diffère de celui des sites de coupon car notre trafic arrive directement sur Dealabs. Nos visiteurs n'ont pas nécessairement une intention d'achat, ils ne sortent pas d'un site marchand pour trouver le moyen de réduire la note. Nous apportons donc des ventes incrémentales.

"Nous avons toujours été autofinancés et rentables"

Par ailleurs les marchands nous utilisent beaucoup dans une logique de déstockage, pour lequel la personnalisation est bien moins pertinente.

Comment allez-vous continuer à vous développer ?

Nous nous sommes regroupés avec des homologues d'autres pays pour former le réseau Pepper, présent au Royaume-Uni, en Allemagne, au Mexique, en Inde…. Tous étaient détenus par leurs fondateurs. Pepper est donc détenu par nous tous, les fondateurs de HotUKDeals étant majoritaires.

L'objectif était d'abord de mutualiser nos ressources. Cela se traduira par la mise en place, cette année, d'une plateforme commune pour tous les pays. Ensuite, chaque développement ou avancée profitera à tous. Dealabs est également en charge du développement des apps mobile pour tout le groupe. Par ailleurs, disposer d'une entité commune nous est utile vis-à-vis des marchands qui, depuis un pays, peuvent facilement proposer une offre pour un autre pays.

Pepper sera-t-il aussi plus intéressant à acquérir que les petits sites qui le composent ?

C'est exact, mais ce n'est absolument pas à l'ordre du jour.

RetailMeNot et consorts détiennent les ressources, le savoir-faire et la volonté nécessaire pour venir vous concurrencer. Cela ne vous inquiète-t-il pas ?

Ils le feront en effet. RetailMeNot, par exemple, nous suit de près et a déjà réalisé des essais. Mais ces acteurs possèdent des investisseurs et doivent leur rendre des comptes à relativement court terme. Or il est souvent difficile d'avoir des résultats rapides avec des business basés sur des communautés.

Nous sommes beaucoup plus libres. Durant les deux premières années, Hugues et moi ne nous sommes pas versé de salaire et n'avons pas recruté. Nous n'avons commencé à embaucher et à utiliser du capital qu'à partir de 2014. Aujourd'hui nous sommes 25 personnes : dix modérateurs, huit développeurs, des community managers et des chargés de partenariats. Mais nous avons toujours été autofinancés et rentables.

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